Noemi Alphonse en pleine séance de travail avec son bidon de lessive

Les bidons de lessive et autres parpaing (bloc), utilisés comme « équipements » de musculation

Rester cloîtrer pendant la période de confinement qui aura, pour l’heure duré un mois, surtout lorsqu’on est un athlète de haut niveau, est un calvaire. Pour faire face à la situation, ils sont nombreux à improviser afin de poursuivre leur préparation, à l’image de Noemi Alphonse. La porte-drapeau du Club Maurice aux 10es Jeux des Iles de l’Océan Indien de 2019 à Maurice a trouvé des alternatives pour compléter les équipements de musculation, soit les récipients vides ou remplis de liquides lessives. D’autres, avance-t-elle, se sont carrément rabattus sur les blocs de béton. Comme quoi, les sportifs ont trouvé des moyens ingénieux pour rester en forme.

La handisportive souffrant d’une déficience physique et spécialiste de la course en fauteuil se préparait activement à décrocher sa qualification pour les Jeux paralympiques de Tokyo et ce, après avoir déjà réalisé les minima au 100m, 400m, 800m, 1500m et 5 000m. Avec la décision de l’International Paralympics Committee de reporter les Jeux pour l’année prochaine (24 août au 5 septembre), alors qu’ils étaient initialement prévus du 25 août au 6 septembre prochain, Noemi Alphonse a dû revoir ses plans. Mais dans des conditions auxquelles elle ne s’attendait certainement pas. « Ce n’est guère évident de s’entraîner à la maison et sincèrement, la piste me manque, aussi bien que mes camarades d’entraînement. On ne peut cependant rien faire et dans ces conditions il faut bien improviser », déclare-t-elle.

Si ces entraînements sont toujours assurés, via WhatsApp, par son entraîneur personnel et la préparatrice physique, Audrey Grandcourt, en revanche, ce sont les équipements, notamment pour la séance gym, qui font défaut. « J’ai quelques équipements qui m’aident à rester en forme. J’ai dû donc me rabattre sur les bidons gris de lessive machine, afin de pouvoir m’accommoder. C’est amusant, mais cela m’aide. D’autres, à l’image de Denovan Rabaye – athlète souffrant d’une déficience intellectuelle – travail, lui, avec les blocs de construction (parpaing) pendant la séance de musculation. Cela peut faire rire, mais en ce temps de confinement, ces objets trouvent forcément une autre fonction et tant mieux », fait-elle ressortir.

Noemi Alphose dit suivre sur les réseaux sociaux le quotidien des athlètes de haut niveau et sait qu’ils sont nombreux à faire preuve d’ingéniosité en ce moment très difficile. « Je salue le courage et la détermination de tous les athlètes qui continuent à travailler avec les moyens du bord. Je leur dis à tous bon courage et surtout : kontinye manz ar li », avance-t-elle.

Noemi Alphonse
s’entraînant à domicile
sur son fauteuil adapté dans de telle situation

D’autre part, Noemi Alphonse dit faire de son mieux pour continuer à s’entraîner deux fois par jour. Le matin, c’est surtout séance de gym pour les autres athlètes de son groupe, sous la direction d’Audrey Grandcourt. Cela se fait par vidéo WhatsApp, suivi des consignes en écrit. Selon l’entraîneur Jean-Marie Bhugeerathee, pour ceux souffrant d’une déficience visuelle, nommément Rosario Marianne et Anndora Asaun, une bande audio leur est mise à disposition. « Pour ce qui est des séances à pratiquer, nos athlètes sont suffisamment bien aguerris pour le faire seul et ce, après plusieurs années de pratique », explique-t-il.

En revanche, pour ce qui est de l’entraînement en fauteuil, en mode statique, seule Noemi Alphonse peut le faire, disposant du matériel nécessaire. « C’est un plus de pouvoir utiliser mon fauteuil à la maison. Certes, ce n’est pas pareil comme en entraînement sur la piste, mais l’avoir en cette période me permet de poursuivre ma préparation », fait-elle remarquer.

Jeux paralympiques – Du temps additionnel pour se qualifier

La préparation menant aux Jeux paralympiques de Tokyo a été stoppée brutalement à la suite de la décision du gouvernement de passer en couvre-feu le 20 mars dernier. Pour Noemi Alphonse et Jean-Marie Bhugeerathee, c’est un mal pour un bien. « Avec les performances non-homologuées de janvier dernier en Australie, étant donné que ma licence n’était pas renouvelée, et l’annulation ainsi que le report dans certaines compétitions internationales, on peut considérer la situation actuelle comme un mal pour un bien. La fin des qualifications avait été fixée au 1er avril et cela aussi nous posait problème », déclare Noemi Alphonse. Désormais, elle a le regard déjà tourné vers 2021 et espère valider, au plus vite, sa qualification pour Tokyo. « Tout ce que je souhaite, c’est que cette pandémie fasse très vite partie du passé et que la vie retrouve son cours normal », dit-elle. Même son de cloche du côté de son entraîneur, qui avoue que cette période est très difficile à vivre, notamment par rapport au gros travail qui avait été effectué. « Nous recommençons à zéro avec le travail physique. La présente saison est désormais close et l’objectif est de nous qualifier pour les Jeux paralympiques de l’année prochaine », conclut Jean-Marie Bhugeerathee.