La confirmation des étapes initiales du projet de construction du Harbour Bridge avec le tracé de cette route enjambant le port sur une distance maximale de quatre kilomètres, où le ministère des Terres procède à l’acquisition obligatoire de 63 portions de terrain appartenant à des individus ou des entités privées principalement dans la région des Salines, provoque la colère. Plus d’une cinquantaine d’habitants se mobilisent pour faire pression contre la section 6 du Land Acquisition Act. Ils affirment que ce serait tout à fait par hasard qu’ils seraient tombés sur cette notice dans le Government Gazette récemment.
« Nous avons déjà retenu les services d’un avoué et d’un avocat. Une fois la confirmation obtenue, nous logeront une injonction. Non, personne ne bougera d’ici. Nous sommes nés ici et nous mourons ici », déclare sans ambages Robin Tharanee, porte-parole des habitants de Les Salines. Pour lui, rien ne justifie ce projet qui ne serait pas économiquement viable, pas même une compensation. « Certains d’entre nous sont là depuis plus de 50 ans. D’autres sont âgés de plus de 75 ans, certains sont presque centenaires. C’est totalement irrationnel de nous déraciner ici. Aucune compensation ne justifiera un tel déracinement », dit-t-il.
Le tracé de la route menant au Dream Bridge — celui-ci fera bien entendu partie du « Port Louis Toll Road Network » au coût de Rs 20 le kilomètre, selon la Banque Mondiale —, démarre de la Nationale à la hauteur du Royal College de Port-Louis en direction de la Mer-Rouge. Il coupe au travers d’une région résidentielle, qui inclut également des activités économiques en opération au moins au cours de ce dernier quart de siècle.
Selon le porte-parole, des arpenteurs auraient pris d’assaut les cours des habitants sans aucune permission au préalable, alors que la plupart se trouvait au travail. « J’ai été informé par ma domestique et quand je leur ai parlé au téléphone, il m’ont dit qu’ils ne faisaient que faire une constatation », déplore Robin Tharanee.
Si, au début, les habitants ont entendu dire par différentes sources que les deux côtés de la route Réserves seraient concernées, ce n’est que la semaine dernière qu’ils ont reçu la confirmation qu’uniquement les maisons et autres bâtiments commerciaux du côté gauche qui seraient concernés.
« Nous avons toujours vécu ici et jamais nous nous en irons. Tous les sacrifices que j’ai pu faire iront en fumée. Mon business, tout sera anéanti. Aurai-je la force et l’opportunité de tout reconstruire? J’en doute », lâche une boutiquière. Plus loin, le garage Sunashee, qui a construit sa réputation depuis belle lurette, est lui aussi menacé. Ce garage emploie directement une trentaine de personnes dont cinq ouvriers étrangers. « J’innove le garage chaque année. Je crains non seulement pour l’avenir de mon entreprise familiale, mais également pour l’avenir de mes employés. Ici bien bon pou rester. Kot nou pou alé? Nou tou kuma enn fami dan lendroit », dit le propriétaire, Sam Sunashee.
« Je me demande à qui ce projet Private Public Partenership (PPP) profite. De plus, c’est une stratégie déloyale. Qui pourra habiter ici avec tout le tapage qu’il y aura? La quiétude pour laquelle notre village est reconnue ne sera plus qu’un souvenir un jour », renchérit Robin Tharanee. Pour lui, il y a bien d’autres alternatives. « L’échangeur du Caudan aurait pu être utilisé comme alternative du Harbour Bridge. Si le terrain de NeoTown a été évalué à Rs 300 000 la toise, combien le gouvernement évaluera-t-il le nôtre? », s’interroge-t-il. Ne mâchant pas ses mots, Robin Tharanee affirme que rien ne justifiera un déracinement aussi arbitraire. Les habitants continuent de se mobiliser pour contrer les ordres d’évacuation.
Rappelons qu’en parallèle aux démarches officielles du ministère des Terres, la Road Development Authority (RDA) met les bouchées doubles pour le choix du consortium en vue de la mise à exécution du projet Harbour Bridge selon la formule « Design, Construct and Operate » du Public-Private Partnership (PPP). Trois groupes étrangers, Bouygues de France, Five d’Afrique du Sud et China Harbour Engineering Group de la République populaire de Chine, sont en lice en vue de décrocher ce contrat de plus de Rs 10 milliards. Ces trois firmes présélectionnées ont jusqu’à août prochain pour soumettre officiellement leurs propositions, en termes de design et de montage financier de ce projet. En sus de la construction du Dream Bridge, le promoteur, qui sera choisi par le Central Procurement Board, décrochera une concession de 30 ans pour gérer le péage dans la capitale.