La boîte de production Harbour Music est une nouvelle fois dans la tourmente. Elle est accusée d’avoir exploité de manière illégale trois albums (de Berger Agathe, Gérard Bacorilall et Kaya) de Méli Mélo. Ce n’est pas la première fois que cette maison de disques se retrouve dans cette situation. Des “accusations” de piratage planent sur cette agence musicale depuis des années.
On ne compte plus les plaintes ou les descentes de l’APU dans les magasins Harbour Music Shop, à Rose-Hill ou à Port-Louis. Souvent prise en contravention pour possession de disques sans timbres de la MASA, ou de copies de disques d’artistes internationaux, Harbour Music est dans le collimateur de l’Anti Piracy Unit (APU) depuis des années. Et cette nouvelle interpellation, la semaine dernière, fait resurgir d’autres rumeurs ou accusations la concernant.
Mauvaise réputation.
L’ombre du piratage plane toujours sur la maison de disques. Elle s’est faite une réputation qui fait tâche dans le milieu. Parmi les artistes locaux, il y a ceux qui sont “pro-Harbour”, et les “anti-Harbour”. On retrouve ainsi parmi ceux qui soutiennent Kailesh Persand, le patron de Harbour Music, Don Panik, Ras Mayul, Jean-Alain Résidu, Double K, Wilson Félix… “Harbour Music pe fer boukou pou artis lokal, mo pa konpran kifer pe bizin atak li koumsa. Mo dimann mwa eski APU pe travay byen, ou eski ena kit magouy derier”, déclare Alain Résidu. D’autres le considèrent pourtant comme “un baron du piratage”. Le personnage suscite ainsi des avis contrastés dans le paysage musical mauricien.
Bande-mère.
L’arrestation de la semaine dernière fait suite à une déposition de Bee Vedachellum (Méli Mélo) contre Kailesh Persand. Il reproche à ce dernier d’avoir exploité et commercialisé trois de ses bandes-mères, entre 2007 et cette année. Pour l’opus de Kaya, il avait logé une injonction en cour dès 2007 pour réclamer l’interdiction de la vente du Best of Kaya (Mo enkor la) par Harbour Music Shop. Mais la plainte avait été rejetée car les ayant-droits des chansons de l’artiste décédé, à savoir Véronique Topize, son épouse, et Percy Yip Tong, l’éditeur, avaient donné leur autorisation. “Mais Harbour Music avait utilisé la bande-mère que moi j’avais financée en studio. Il n’a pas respecté les Producer’s Rights. Et c’est moi qui possède ces droits sur les trois albums”, affirme Bee Veedachellum.
Casier.
Ce cas n’est pas la première accusation logée contre Harbour Music. Dans le passé, la maison de disques a eu à plusieurs reprises des démêlés avec l’équipe d’Hector Tuyau (APU). En avril 2011, 200 disques internationaux devaient ainsi être saisis chez Harbour Music. Kailesh Persand ne devait pas être inquiété pour autant, car c’est un de ses employés qui avait alors été accusé. “Je n’ai rien à voir dans cette affaire. C’est un des vendeurs qui agissait en mon absence”, avait soutenu le patron de Harbour Music, face à la presse. D’autres interpellations devaient encore avoir lieu, avec la saisie de timbres de la MASA.
Clarel Armelle fait partie de ceux qui ont eu des soucis avec la maison de disques. C’était à propos d’une de ses chansons, qu’il avait enregistrée en studio, mais qui avait été exploitée sur une compil de Harbour Music sans son autorisation, bien qu’ayant lui-même financé le recording. Clarel Armelle est le producteur de la chanson, mais pas le compositeur. “La chanson devait paraître sur l’album de l’artiste et sur la compilation de Harbour. Mon avocat étudie le cas, avant de savoir quelles procédures enclencher”, dit-il.
Réplique.
De son côté, Kailesh Persand se défend bec et ongles de ces accusations. Dans le cas présent, il soutient que les droits de commercialisation de ces trois disques lui ont été fournis par la MASA. “Kifer apre sink an ki misye Tuyau vinn kot mwa pou sezi bann CD-la ? Mo trouv sa byen drol”, se demande-t-il. Kailesh Persand maintient : “Gérard Louise m’avait délivré toutes les autorisations nécessaire pour ces albums. Je n’ai rien à me reprocher. Même dans les autres cas, je n’ai pas été trouvé coupable.”
En cour, l’affaire a été renvoyée au mois de mai. Pour l’instant, les disques de Kaya, Berger Agathe et Gérard Bacorilall ont été saisis dans tous les magasins de Harbour Music, jusqu’à la fin de l’enquête.
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MASA : Nouvelle présidente et ralentissement des opérations
Meera Mohun est depuis peu à la présidence de la Mauritius Society of Authors. Elle remplace Gérard Télot, qui a soumis sa démission en novembre 2011. C’est suite à l’arrestation du directeur par intérim, Harold Lai, que cette nomination a été précipitée. Certes, elle arrive à un moment “où la situation est critique”, comme elle le dit elle-même. Mais elle a promis de faire en sorte que “les opérations à la MASA ne soient pas entravées par ces derniers chamboulements”.
Force est de constater que les choses bougent pourtant au ralenti à la MASA. Bon nombre d’artistes sont en effet encore dans l’attente de l’autorisation pour le pressage de leur disque. Les sorties d’albums ou de DVD ont été suspendues. “Personne ne veut prendre le risque de signer un document d’autorisation, de peur de subir des représailles. C’est bizarre cette manière de faire”, lâche un artiste frustré.
Depuis l’arrestation d’Harold Lai, qui aurait fauté en donnant l’autorisation à Habour Music de commercialiser les albums de Kaya, Berger Agathe et Gérard Bacorilall, sans avoir pris en considération les Producer’s Rights, et avec le cas de Sony Music encore dans les esprits, personne ne veut plus prendre de risque à la MASA.