Une employée s’estimant lésée compte recourir à l’Equal Opportunities Commission
Après Dhiraj Singh Khamajeet (DSK), le député travailliste de Flacq/Bon-Accueil enregistré à son insu, alors qu’il promettait des emplois dans la fonction publique à des sympathisants, une autre affaire encore fondée sur un enregistrement caché pourrait faire grand bruit dans les prochains jours. Il s’agit, cette fois, d’une conversation téléphonique privée dans laquelle deux personnalités proches du pouvoir – un ancien président d’un organisme gouvernemental et un ancien membre du Board de direction de la même institution – s’échangent des confidences tendant à établir qu’un des deux aurait entretenu des relations extraprofessionnelles intimes avec une employée dans le cadre de ses fonctions. Le hic serait que ces relations auraient eu des retombées sur la gestions des affaires de l’organisme !
Au cours de la conversation, l’ancien président ayant laissé échapper comme un regret de n’avoir pu, de son côté, mater une employée, son interlocuteur, l’ancien directeur, lui dit en ricanant : « Oui ! To ti bizin finn fer sa… » Les noms des employées sont cités.
L’enregistrement, gravé sur un CD, a été envoyé à plusieurs ministres, au leader de l’Opposition, à l’ICAC et au Centre d’assistance juridique et d’action citoyenne (la Cajac), une instance liée à Transparency International. Le National Security Service (NSS) a également ouvert une enquête dont les conclusions, apprenons-nous, seront déposées auprès du Bureau du Premier ministre. Un des membres du gouvernement mis au parfum de l’affaire serait, dit-on, très en colère. Et pour cause, un de ses parents occupe actuellement une importante position au sein de l’organisme concerné.
Un combat d’origine syndicale
Cette affaire risque de faire des vagues, vu que le principal personnage impliqué, l’ancien président du Board, serait sur le point d’être nommé conseiller au sein d’un ministère important.
À l’origine de l’affaire se trouve Georges Sooprayen, le négociateur de la Statutory Bodies and Employees Union, un syndicat affilié à la Federation of Parastatal Bodies and other Unions (FPBOU). Depuis le 14 septembre , en recevant une copie de l’enregistrement, le syndicaliste avait immédiatement écrit une lettre au ministre responsable de l’organisme en question pour lui demander d’enquêter. Sa démarche n’avait pas eu de suite, mais cette semaine, M. Sooprayen a reçu la visite d’un membre des services de renseignements de l’État, le NSS, qui a voulu en savoir plus.
Or, toujours selon le négociateur syndical, « l’enregistrement serait un élément très valable pour soutenir ce qu’une employée citée dans la conversation avait de tout temps affirmé ». « Cette employée s’était effectivement toujours plainte d’avoir été privée de ses droits à une promotion, et même de la confirmation à son poste pendant une dizaine d’années, parce que, entre autres raisons, elle avait repoussé des avances. Particulièrement, celles venant de l’ancien président du Board. À cet effet, elle avait adressé des correspondances avec force détails à son syndicat. »
Le négociateur syndical s’est lui-même longuement battu afin que l’employée en question, une professionnelle qualifiée dans son domaine, soit nommée au poste qu’elle méritait, et ce, dès la fin de sa première année de service. Toutefois, ce n’est que l’année dernière, soit après onze années d’un long combat, que cette professionnelle avait pu trouver sa place au sein du personnel permanent de l’institution.
Recours prévu à l’Equal Opportunities Commission
Dans le passé, l’employée avait porté plainte pour harcèlement sexuel contre un haut-cadre auprès de la Commission des droits humains. Elle avait soutenu avoir été l’objet de menaces, et la Commission lui avait donné l’assurance que son cas allait être traité avec sérieux et dans son intégralité. Cependant, rien n’avait été fait, et la plainte avait été redirigée vers le ministère du Travail. Ce ministère n’avait rien trouvé de mieux que de référer le dossier au… Board de l’organisme visé !
L’employée, qui a elle aussi en main une copie de l’enregistrement de la conversation téléphonique, considère qu’elle détient maintenant « une preuve » qui devrait lui permettre d’obtenir réparation. Elle se déclare d’autant plus revigorée dans son combat, avec la décision prise au Conseil des ministres récemment, de déposer à l’Assemblée Nationale l’Equal Opportunities (Amendment) Bill. Ce projet d’amendement prévoit l’institution d’une commission censée réparer les torts causés aux citoyens dans le cadre de leur travail.
« Enfin ! Je vais peut-être pouvoir disposer d’une plate-forme pour me faire entendre. C’est peut-être devant cette commission que je vais enfin pouvoir dévoiler tout ce que j’ai subi. Ils m’ont fait tant souffrir, j’ai dû recevoir à ce jour plus de 500 mémos pour de soi-disant manquements à mon poste, qui n’étaient, en fait, que des menaces déguisées de licenciement, parce que je ne voulais absolument pas accepter certaines choses. Ils ont essayé de détruire ma famille en répandant de fausses rumeurs sur mon compte, et sur ce CD, ils se racontent toute leurs saloperies. Je le ferais auditionner par la commission pour enfin rétablir mon honneur et, surtout, obtenir ce qui m’est dû », dit-t-elle.
———————————————————————————————————————————
L’ancien président visé : « Une fabrication »
Interrogé par Week-End, l’ancien président du Board visé a déclaré tout ignorer de l’affaire, et il se demande qui aurait bien pu enregistrer une conversation supposée avoir eu lieu entre une autre personne et lui. « Ce doit être une fabrication », a-t-il soutenu, tout en se posant les questions « Qui a enregistré ? Où ? Et quand ? »
« Je suis très serein devant ces accusations. Harcèlement ? Je sais que ce n’est pas ma façon d’agir. Je me tiens prêt à collaborer à toute enquête interne, publique, nationale ou internationale. Mais je trouve étrange que cette accusation sorte juste au moment où je suis appelé à conseiller un ministère important », a-t-il ajouté.
Affaire à suivre !