La hausse des prix des légumes qui ont été affectés par les intempéries entraîne son lot d’inconvénients non seulement pour les consommateurs mais aussi pour les maraîchers qui se sont retrouvés contraints à fermer plus tôt hier… cela en raison du manque de marchandises et des difficultés à écouler les produits qui se vendent au prix fort.
Les étals affichent triste mine ces derniers temps dans les marchés de l’île. Un petit tour au marché central ce matin à permis de relever plusieurs paniers vides et des étals moins garnis que d’habitude alors que d’autres occupants avaient tout simplement recouvert leurs étals vides de sacs de jute. « L’après-midi ce sera pire », affirme Isoop Soobedur, président de la Market Traders Association (MTA). Ce matin son étal ne proposait que des aubergines et des brèdes petsai. Habituellement, ce dernier propose une variété plus élargie de légumes.
L’appauvrissement des stocks de légumes suite aux pluies torrentielles fait non seulement des malheureux du côté des consommateurs mais également du côté des maraîchers. Tandis que l’aubergine, le giraumon et le chou — dont le stock ne s’est pas amenuisé de manière conséquente — demeurent relativement abordables, les maraîchers ne peuvent compter sur la vente des laitues, épices et brèdes qui sont parmi les légumes les plus abîmés. « Nounn gagn zis 50 laitues dan enn caro Vacoas kot abitie gagn 1 000 laitues, lerla oblize mont prix ; kot abitie vann Rs 15 ine vine Rs 30-35 », se lamente Teelwah Veeraj, maraîcher. N’ayant que peu à fournir aux consommateurs, celui-ci se retrouve ainsi contraint de plier bagages plus tôt qu’à l’accoutumée. Ce déclin des opérations se fait d’autant plus sentir que le coût de la main-d’oeuvre se doit d’être couvert par des revenus amoindris.
Beaucoup préfèrent ne pas prendre de gros risques à l’instar de Prem. Après s’être approvisionné hier à l’encan, ce dernier confie son hésitation à se procurer un nouveau stock de pomme d’amour à l’épuisement du stock actuel. « Pas pou kapav fer face », dit-il. Son voisin, Dissen, s’est montré encore plus prudent. Il a pour habitude de vendre des pommes d’amour et les légumes pour faire de la soupe mais ce matin son étal ne proposait rien que des brèdes songes. « Mo prefere pa hazarde. Mo kapav perdi casse », témoigne-t-il. Anand, qui approvisionne son étal pour un montant moyen de Rs 15 000 par semaine, s’est retrouvé pour sa part à dépenser le double depuis les grosses averses.
Alors que certains essaient de s’en sortir tant bien que mal, d’autres ne s’en retrouvent que plus mal. Sanjay a ainsi été forcé de fermer ses trois étals hier pour manque de légumes. Aujourd’hui, il tente de se débrouiller avec concombres et melons d’eau. Ces articles, dont les prix ont été revus à la hausse, sont cependant loin de garnir ses étals quasi vides.
Le maraîcher se veut toutefois optimiste, comptant sur ses clients réguliers pour se maintenir à flot et espérant que la situation se stabilisera à nouveau dans trois semaines. D’ici là, « bizin tini tini », confie-t-il.
Jayen, marchands de fines herbes, nous montre pour sa part un stock de coriandre acheté à Rs 125 le kilo auprès des planteurs. « La dan la moitié pa bon inn gate ar la pli. Pou sa vinn koumsa (NdlR : il nous montre une botte qu’il a triée) pa fasil », dit-il. Avec les plantations abîmées suites aux pluies torrentielles, une botte de fines herbes au marché central se vend à Rs 10.
Compte tenu de la situation qui sera appelée à devenir de plus en plus critique dans les jours à venir, la Market Traders Association réclame une aide gouvernementale sous forme de facilités de prêts pour aider à relancer les activités des maraîchers après les intempéries. Isoop Soobedur évoque les subsides accordés aux planteurs après les intempéries et souhaite qu’un système similaire soit mis sur pied pour les maraîchers.