Dans un souci d’équité et de transparence, Week-End a sollicité le président de la Fédération mauricienne de Basket-Ball (FMBB), Hedley Han, pour cerner toute cette question qui secoue le basket féminin depuis un mois. Soit le transfert des joueuses de l’USBBRH vers le Real, club dont il est lui-même trésorier. Selon lui, la fédération n’a fait que suivre les règlements de la Fédération internationale de Basket-Ball (FIBA) étant donné, a-t-il précisé, que les amendements apportés aux statuts de la FMBB en novembre 2018, n’ont pas force de loi. Et ce, en raison, selon lui, du fait qu’ils n’ont jamais été enregistrés auprès du Registrar Of Associations par le comité directeur qui était en place à l’époque. En revanche, il reconnaît que son comité a fauté pour n’avoir pas pris les mesures nécessaires pour rectifier le tir, alors que ses membres et lui sont au pouvoir depuis quatre ans.

I L’USBBRH conteste le fait que les règlements de transferts n’ont pas été appliqués dans le cas des joueuses qui ont signé au Real cette saison. Qu’avez-vous à dire cela ?

— Les règlements dont il est question n’ont pas force de loi. Nous avons fait comprendre que les joueuses étaient libres étant donné qu’il n’y a pas eu de compétition pendant deux ans. Or, l’USBBRH pense le contraire. Une rencontre a été organisée (Ndlr: 11 février) dans le but de trouver un compromis. Philippe Boudou a indiqué qu’il y avait un règlement interdisant les transferts de ces joueuses dans ces conditions, il a été appelé à le produire, mais il n’a pas été en mesure de le faire. Il a indiqué d’appliquer ceux de la FIBA étant donné que cette clause ne figurait pas dans ceux de la fédération. Les licences ont expiré fin 2017/18 et il n’y a pas eu de compétition en 2018/19. Le fait que le club n’a pas renouvelé leurs licences et qu’il n’avait pas de contrat avec le club, font que les joueuses sont libres.

I Vous parlez de renouvellement des licences. Mais comment le faire si la FMBB n’a pas organisé de championnat au cours de ces deux dernières 

saisons ?

— La loi est clair à ce sujet et stipule que même s’il n’y pas de championnat, vous devez renouveler les licences. C’est la FIBA qui le dit. Si les licences ont expiré fin saison 2017 et qu’elles n’ont pas été renouvelées, les joueuses sont libres.

I Comment ces joueuses ont-elles pu alors défendre les couleurs de Maurice aux Jeux des Iles si leurs licences n’étaient pas renouvelées ?

— Ces joueuses ont joué lors de la saison 2017/18 avec l’USBBRH.

I Il n’empêche qu’elles n’ont pas disputé de saison en 2018/19 et n’avaient donc pas de licences. Avaient-elles alors le droit de disputer les JIOI ?

— Elles n’avaient pas de licences, mais avaient le droit de jouer cette compétition étant donné que leurs licences précédentes étaient de 2017/18. Elles étaient donc toujours des licenciées de la fédération. Les règlements des Jeux le permettent.

I Vous parlez des règlements de la FIBA, mais que dit au juste les règlements de la FMBB à ce sujet ?

— Le hic dedans c’est que des règlements, dont celui des transferts, ont été approuvés lors d’une assemblée générale en 2012. Malheureusement, ces règlements n’ont jamais été déposés au Registrar Of Associations, donc pas enregistrés.

I La faute à qui alors ?

— Aux dirigeants qui étaient en place à l’époque. Malheureusement, ces règlements n’ont jamais été enregistrés et forcément, ils n’ont pas force de loi. Cela fait qu’on ne peut s’appuyer dessus.

I Il faut tout de même reconnaître que l’assemblée générale est suprême…

— Pas nécessairement. Pour que les règlements de 2012 aient force de loi, il faut qu’ils soient d’abord enregistrés au Registrar Of Associations.

I En tant que dirigeants élus, les membres de la FMBB, dont vous en particulier, n’avaient-ils pas le devoir de s’assurer que les règlements soient à jour ?

— C’est ça le hic. Nous n’avons pas porté attention à cela. Mais lorsqu’il y a eu ce cas, c’est à ce moment que nous avons passé en revu nos statuts pour voir si nous sommes en conformité avec le Sports Act ou pas.

I Et cela fait combien de temps depuis que votre comité a été élu ?

— Cela fait quatre ans.

I N’était-il pas important de faire un état des lieux avant d’enclencher ce mandat ?

— Je suis d’accord avec vous. C’est là où le bât blesse. Nous n’avons pas fait attention à cela. Vous savez, cela fait des années que c’est comme ça…

I…Mais reconnaissez qu’il était aussi important de changer les habitudes…

— Oui, c’est là-dessus que nous sommes en train de travailler maintenant. Lorsque nous avons constaté des loop holes comme ça, nous avons décidé de faire un brainstorming session. Nous ne sommes pas en conformité avec le Sports Act et un travail a déjà débuté en ce sens. Nous avons déjà envoyé une copie de notre dernière constitution aux clubs, il y a six mois pour leur demander leurs opinions là où des amendements sont nécessaires.

I  Il faut tout de même reconnaître que ce travail aurait dû être fait aussitôt élu…

— C’est vrai. Je suis d’accord.

I Car se retrouver avec ce problème, quatre ans après, prouve que la fédération a fauté. Vos commentaires…

— Je suis d’accord. Il y eu des loop holes et il faut maintenant y accorder priorité la dessus.

I Les joueuses de l’USBBRH ont été déclarées libres de jouer pour Real, mais pas ceux recrutés par Malherbes Harlems, qui a dû payer pour cela deux transferts ! Comment expliquez-vous cette situation ?

— Il y a eu une erreur à ce niveau. La nouvelle secrétaire a effectivement pris l’argent de Malherbes Harlems pour deux transferts, sans prendre en considération les règlements. Le comité a reconnu que nous avons fait une erreur là-dessus. Une décision a déjà été prise et le remboursement va être fait.

I Sauf qu’il y a contradiction. Le paiement de Malherbes Harlems a été fait en septembre et ce n’est que maintenant, six mois après que la FMBB réagit…

— Je suis d’accord avec vous, sauf qu’il y avait une nouvelle secrétaire et qu’elle ne comprenait pas encore les rouages.

I Certes, mais n’était-ce pas la fédération qui approuve les transferts en dépit du fait que la secrétaire a accepté le paiement ?

— C’est sûr que c’est la fédération qui approuve les transferts. À cette époque, c’est Leslie Chérubin qui avait la responsabilité des transferts. Malheureusement, il était « busy » avec le BAL (Ndlr: Basket-Ball Africa League) et a aussi été pris par ses engagements d’arbitres au niveau international. Il n’a pas porté trop attention à cela. C’est comme-ci un poisson s’est glissé entre les filets. Nous reconnaissons l’erreur et Malherbes Harlems sera remboursé.

I Vous êtes bien le trésorier et représentant du Real au sein de la FMBB ?

— Oui, c’est bien cela.

I Vous avez quand même assisté à la réunion du 11 février dernier et ensuite à la prise de décision avec le comité directeur concernant l’issue du championnat féminin. C’est bien cela ?

— Oui, c’est ça.

I Ne pensez-vous pas qu’il y a eu conflit d’intérêt étant donné que votre club est directement concerné par cette affaire ?

— Comme je l’ai fait comprendre. J’avais enlevé mon chapeau de représentant du Real pour assumer celui de président de la FMBB. Le but de la fédération était de permettre aux filles de jouer au basket après deux ans.

I Logiquement, ne deviez-vous pas vous retirer pour éviter d’être à la fois juge et partie prenante au moment où la décision a été prise de poursuivre le championnat ?

— En quelque sorte oui, mais mon but était de mettre le basket-ball en avant et d’aider à trouver une solution. Je précise qu’il n’y a pas eu de décision à l’issue de cette réunion. La décision avait déjà été prise avant ce conflit. Soit au début de la saison et c’est pour cette raison pour laquelle nous avons avalisé les transferts.

I Leslie Chérubin a aussi participé à cette réunion, alors que son épouse était concernée dans cette affaire…

— Il aurait dû « step down » et ne pas participer à cette réunion.

I Pourquoi la fédération n’a pas répondu aux trois courriels de l’USBBRH ?

— L’USBBRH a envoyé deux courriers. Nous n’avons pas répondu au premier étant donné que nous avions déjà fait part de notre position sur ce sujet (Ndlr:11 février). J’ai accusé réception du deuxième courrier, mais il était trop tard pour prendre une décision par rapport à leur position de ne pas jouer face au Real. C’est vrai que Philippe Boudou m’a appelé le 23 février et je lui ai dit que la fédération ne travaille pas le dimanche et que je n’ai reçu aucun courriel. Je lui ai fait comprendre que je n’étais pas chez moi et que je n’avais pas de connexion, donc je n’ai pas eu l’occasion de lire son mail en temps voulu. Il ne pouvait pas jouer ce match et je ne pouvais en faire autrement. Cela fait une semaine que l’USBBRH était au courant de ce match et on ne peut à 11h le jour du match venir dire qu’on refusait de le jouer.

I La protestation de Malherbes Harlems face au Real a été rejetée, alors que les dirigeants du club estiment avoir agi dans les règles. Pourquoi ?

— Le règlement technique stipule que l’arbitre doit en être informé pendant le match. Le match terminé, le club protestataire doit confirmer sa démarche. La raison de la protestation doit suivre, en écrit,  une heure après le match et signé par le capitaine. Malheureusement, cette procédure n’a pas été suivie. L’arbitre a signé la feuille de match avant de partir. Ce n’est qu’après que le capitaine de Malherbes Harlems est venu signer le « protest » sur la feuille de match qui était toujours sur la table. Aucune lettre n’a suivi, même si le lendemain, un paiement a été fait. Les procédures n’ont pas été suivies et nous n’avons fait qu’appliquer les règlements de la FIBA. Ce sont des règlements techniques qui ne se trouvent pas dans les bylaws et il s’appliquent au monde entier.

I Pour conclure, que compte faire maintenant la fédération ?

— La fédération avait prévue de se rencontrer mercredi dernier, mais faute de quorum en l’absence de trois membres, cette réunion n’a pas eu lieu. Il faut savoir que Malherbes Harlems a protesté auprès de la fédération avec copie au ministère de la Jeunesse et des Sports, à la FIBA et à l’Ombudsperson for Sports. Étant donné que ce dernier a été averti, mon avis personnel, est que le championnat a été mis en suspens en attendant sa décision. Malheureusement, ce sont les basketteuses qui sont les plus grandes perdantes.