Quarante ans de poésie que Michel Ducasse a décidé de célébrer à travers son recueil Enn Bouke Bwa Tanbour. Une note de fraîcheur, d’émotion à l’état pur et vingt-six poèmes en kreol morisien sous le charme ciselé, d’une plume aguerrie, celle de Michel Ducasse mettant en lumière Baudelaire, Césaire, Tagore, Blake, Prévert, Shakespeare et 16 lezot poet an kreol. Écouter Michel Ducasse conter les poèmes de ces grands qu’il revisite à sa manière dans la langue kreol et Daniella Bastien au son de la ravanne complétant l’accord mélodieux de ces vers qui montent en crescendo nous laisse admiratifs. Le lancement de Enn Bouke Bwa Tanbour s’est fait samedi à l’occasion de la Journée Internationale de la langue créole au Hennessy Park Hotel.
Enn Bouke Bwa tanbour, c’est aussi avoir le coeur en fête à se replonger dans l’univers de ces grands poètes qui ont bercé notre adolescence. Un patrimoine que nous lègue à sa manière Michel Ducasse qui a bénéficié de l’aide de Patrice Offman pour la conception graphique du recueil Enn Bouke Bwa tanbour, du coup de pinceau accrocheur d’Ennri Kums et de la préface signée Bruno Jean-François.
Michel Ducasse, à la fois tendre et rebelle, est avant tout un observateur de la vie. Les poèmes de Prévert, Césaire, Eluard, Baudelaire, Andrée Chedid, Damas, Maunick et autres, il les a restitués en kreol comme pour donner plus de poids aux mots. Un pari qui aurait pu être parsemé d’embûches mais qui au final s’est révélé payant. Le poète Michel Ducasse n’a pas besoin de se raconter, quand il écrit, il sait sonder les âmes et comme pour reprendre la traduction de William Shakespeare That time of year thou mayst in me behold, devenu « Seki to trouve dan mwa » pourrait s’appliquer à lui. À cette force des mots qu’il distille dans ses poèmes qui vibrent d’émotions. « Seki to trouve rann lamour pli for. Apresie li avan li rann lekor. » C’est en finesse, avec l’appel des mots en résonance que Michel Ducasse séduit son lecteur. Comme un souffle qui permet de ne pas sombrer… Son équilibre, il l’a trouvé aussi en sa compagne Delphine, en sa mère qui a su conserver jalousement son carnet de recueils d’adolescent et surtout en son père qui lui avait offert Les fleurs du mal de Baudelaire sans savoir qu’il avait déjà commencé à écrire.