Le « 7th biggest annual killer », les hépatites virales tuent quelque 2 millions de personnes chaque année à travers le monde. « Et elles tuent plus de personnes que le VIH/Sida ». C’est ce qu’a fait ressortir le ministre de la Santé, Anil Gayan, lundi, lors d’une conférence sur les hépatites, organisée par HEP Support. Le Dr Prithiviputh Rittoo, un des fondateurs de cette ONG, s’est pour sa part réjoui que « pour la première fois, le gouvernement participe à une conférence organisée par HEP Support ». Selon le médecin, « le rôle du gouvernement doit être d’orienter le système de santé de sorte que les virus ne se propagent pas ». Un dépistage gratuit par le ministère a également eu lieu à l’occasion de cette conférence à l’auditorium Octave Wiehe.
À la demande du Dr Rittoo, lundi, le ministre de la Santé a accepté d’être le patron de HEP Support le temps d’une conférence sur les hépatites à l’auditorium Octave Wiehe. Le ministère, selon Anil Gayan, se penche sur l’amélioration des moyens de prévention et de dépistage des hépatites virales. « We are turning the diseases from unknown, untested and uncured to known, tested and cured », a-t-il fait ressortir. Le ministre devait rappeler que l’OMS a reconnu les hépatites B et C comme un problème mondial. « Les hépatites tuent aujourd’hui davantage de personnes que le VIH », devait-il souligner, ajoutant que ces virus peuvent infecter n’importe qui, de n’importe quel âge, n’importe quel sexe et n’importe quelle race. Il a indiqué que son ministère se focalise sur les moyens de réduire les hépatites. Si des vaccins efficaces existent pour les hépatites A et B, tel n’est pas le cas pour l’hépatite C.
Pour le Dr Rittoo, la participation gouvernementale représente « le début de la fin du calvaire des patients d’hépatites. À Maurice, les médias ne parlent pas suffisamment de ce problème. Or, l’OMS recommande la sensibilisation de la population à travers la Journée mondiale qui y est consacrée chaque 28 juillet. Mais, on ne doit pas se cantonner à cet événement. Il faut plus de sensibilisation ».
Intervenant notamment sur le thème « Living with Hepatitis and staying safe » lors de cette conférence, le Dr Rittoo a indiqué que les hépatites sont causées par des virus A, B, C, D et E. Si dans le passé, à Maurice, suite à des inondations, il y eut une épidémie d’hépatite A – transmise par l’eau et la nourriture contaminée — tel n’est plus le cas aujourd’hui, selon le Dr Rittoo. La plupart des patients à Maurice souffrent des hépatites B et C. L’hépatite B se transmet au contact du sang contaminé ou du sperme et tout autre liquide biologique d’une personne infectée.
Hépatite C : la tueuse silencieuse
Mais, souligne le Dr Rittoo, « le virus le plus dangereux est l’hépatite C. On l’appelle le tueur silencieux. Il se transmet principalement au contact avec le sang d’une personne infectée. Les personnes touchées peuvent ne ressentir aucun symptôme ou alors des symptômes banals : grippe à intervalle fréquent, sautes d’humeur, démangeaisons, selle décolorée, urine colorée ». Alors qu’une vaccination est proposée dès la naissance par le ministère contre l’hépatite B, il n’y a pour l’heure pas de vaccination pour l’hépatite C.
Le Dr Rittoo rappelle que parmi les résolutions de l’OMS en mai 2014, figure la demande à tous les États de commencer à prendre des mesures pour empêcher des morts suite à une infection à l’hépatite. Il a plaidé pour une organisation d’une planification en ce sens auprès du ministre de la Santé. « Le rôle du gouvernement est d’orienter le système de santé de sorte que le public sache quoi faire pour ne pas propager le virus ». Piercing, extraction de dents, relations sexuelles non protégées, tatouages sont autant de moyens de contracter une hépatite. Il a cité l’exemple de Pamela Anderson, atteinte d’hépatite C mais qui ne l’a fait savoir que lorsqu’elle en a été guérie. Selon le Dr Rittoo, il existe beaucoup de tabous autour des hépatites qu’il convient de déstigmatiser. Il a proposé d’accroître la connaissance de la population au sujet des hépatites virales et d’augmenter les tests de dépistage. Il a suggéré au ministre un plan directeur sur la manière de commencer à lutter contre les hépatites à Maurice.
Auparavant, le président de HEP Support, Sanjay Bhowany, a rappelé que l’ONG a vu le jour en 2000 et qu’elle est membre de l’Alliance mondiale contre les Hépatites. « Les objectifs de HEP Support sont la sensibilisation, le diagnostic et la déstigmatisation. Notre but en tant que volontaires est de voir une île Maurice sans hépatite ». Chaque jour, selon lui, quelque 4 000 personnes meurent à cause d’une hépatite. Pourtant, « plusieurs hépatites sont curables si on les découvre à temps ». D’où l’importance de la sensibilisation de la population et des tests de dépistage.