Le dernier trimestre, soit d’avril à juin, est venu apporter la confirmation que l’industrie du tourisme traverse une zone de forte turbulence et que les perspectives pour les prochains mois ne sont guère brillantes. Les deux plus importants porte-drapeaux de ce secteur d’activités économiques – le groupe Beachcomber et la Sun Resorts Resorts Limited – ont complété ce trimestre avec des soldes négatifs de Rs 172,3 millions et Rs 145,8 millions, respectivement. La marge pour un éventuel redressement est extrêmement faible en raison des problèmes d’ordre structurel auxquels fait face cette industrie.
Devant la gravité de la situation, Herbert Couacaud, Chief Executive Officer du groupe Beachcomber, a pris l’initiative de signer l’éditorial du bimestriel BeachNews pour situer l’enjeu. S’adressant aux membres du personnel, il ne va pas de main morte. « La destination mauricienne est prise dans une spirale descendante dangereuse. Elle paie le prix d’une braderie qui a transformé le pays en une Discount Destination avec perte d’identité, conduisant même les voyagistes à chercher d’autres destinations pour assurer leur croissance. L’heure est grave », fait-il ressortir.
« Souhaitons que les décideurs arrivent à reconnaître clairement les vraies priorités et à prendre les décisions énergiques qui seules pourront permettre à notre industrie de survivre à cette conjoncture extrêmement difficile », poursuit le CEO de Beachcomber. Auparavant, il est revenu sur le retard accumulé pour réaliser l’objectif de deux millions de touristes d’ici 2015. « A cet effet, à la fin de 2011, il manquait 400,000 touristes par an. Au cours de la seconde moitié de 2012, cette inadéquation va s’accentuer car 2,500 lits additionnels seront en opération dans l’hôtellerie et encore un certain nombre dans la para-hôtellerie », fait-il comrendre en regrettant la politique de suppression des dessertes aériennes sur l’Europe.
Le CEO du groupe Beachcomber prévoit une baisse dans le nombre d’arrivées touristiques pour la seconde moitié de cette année. Commentant la performance au cours de ces premiers six mois, il souligne que « les arrivées touristiques ont stagné sur le plan national. Au cours de cette même période, Beachcomber a quand même réussi à progresser de 15% au niveau des journées hôtelières vendues. »
De son côté, Robert de Spéville, le directeur commercial, se montre très critique à l’encontre de « l’éparpillement des initiatives de promotion commerciale décidées à la va-vite et qui n’apporte pas grand’chose à la destination. Ces initiatives ne contribuent aucunement à soigner l’image de la destination, qui ne cesse de se dégrader. » Il s’appesantit sur la nécessité d’une redéfinition des priorités et d’un refocussing des actions à mener sur les marchés à l’étranger: « Il faudrait davantage de concertation entre les acteurs de l’industrie pour lancer des actions de promotion et de marketing ciblées sur les marchés porteurs. »
Commentant les principales raisons derrière la décroissance annoncée jusqu’au moins mars 2013, le directeur commercial de Beachcomber mentionne le problème d’accès aérien. « Sur les marchés où Air Mauritius a supprimé ses vols directs, soit l’Allemagne, l’Italie et la Suisse, et qui représentent 60,000 places, nous constatons, à travers nos prises de réservations, une baisse dès ce mois-ci. Tout porte à croire que cette tendance ira en s’accentuant », laisse-t-il entendre.
Un autre handicap se trouve au niveau des tarifs aériens excessifs pratiqués faute de places sur des avions. Robert de Spéville prend à témoin les prix pour un vol Paris/Maurice comparativement à un reliant Paris aux Maldives. « Le tarif moyen en classe économique est de 2,000/2,100 € pour Maurice et de 1,100/1,200 € pour les Maldives. En classe affaires, les informations que nous avons reçues font état d’un tarif de 9 500 € pour Maurice, alors qu’il est de 5 000 € pour les Maldives. Le fait que Maurice est à deux heures de vol supplémentaires n’explique pas cette différence de tarifs », commente-t-il.
Le solde négatif de Rs 172,3 millions enregistré par Beachcomber entre avril et juin est la conséquence du taux de change défavorable de l’euro car le nombre de guest nights a augmenté de 15% en moyenne. Ainsi, les profits pour les premiers 9 mois de l’exercice financier en cours sont de Rs 754,5 millions contre Rs 801,9 millions pour la précédente période correspondante. Le chiffre d’affaires pour les 9 premiers mois est de Rs 6,4 milliards contre Rs 5,9 milliards à pareille époque en 2011.
Les prévisions s’annoncent difficiles car le groupe soutient que « the difficult trading conditions are likely to worsen due to combined effects of an increased disequilibrium between air and bed capacities, the economic problems prevailing on source markets and unfavourable exchange rates. »
Que ce soit du côté du groupe Beachcomber ou de Sun Resort Limited ou encore au sein du Naïade Group, l’unanimité qui se dégage est que l’industrie touristique fait face à des perspectives sombres exigeant un véritable sursaut de la part des décideurs même si du côté de la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA), l’on ne semble trop enclin à s’aligner dans la même logique…