Paul Bérenger, leader de l’opposition et du MMM juge que des questions relevant, entre autres, de la souveraineté nationale se posent autour des conditions du financement saoudien du projet Heritage City pour un montant de Rs 18 milliards comme annoncé par le vice-Premier ministre et ministre du Logement et des Terres, Showkutally Soodhun. Le chef de l’opposition ne manque pas d’associer à cela le « comportement » et le « langage » du ministre qui, trouve-t-il, aurait dû lui avoir valu d’être, depuis longtemps, sanctionné. Particulièrement virulent à l’encontre du numéro 3 du gouvernement, hier, Paul Bérenger devait, par ailleurs, demander à Showkutally Soodhun de dire clairement s’il a payé ou pas pour ses traitements à Apollo Bramwell en 2010 « plutôt que d’user de la police pour torturer les gens ».
Paul Bérenger ne manque pas d’ironiser sur le fait que les nouvelles inondations de cette semaine interviennent au moment même où les autorités se gargarisent de grandiloquents projets de Smart Cities. « Entre-temps, en un an, rien n’a été entrepris, surtout, par rapport à l’aménagement de drains », dit-il. Une absence de mesure qu’il met sur le compte du coup de vis porté au budget de développement de la National Development Unit (NDU) pour contenir le déficit budgétaire de l’Etat. Le chef de l’opposition trouve ridicule que ce ne soit que vendredi que le Conseil des ministres a jugé utile d’annoncer la mise sur pied d’un comité ministériel pour se pencher sur l’amélioration et le maintien de tout le système de drains.
Il soutient que le MMM, s’est longtemps battu depuis le temps du précédent gouvernement pour l’adoption d’un plan d’ensemble comme celui conçu par le gouvernement MSM/MMM de 2000/2005 pour sécuriser les risques associés aux drains, aux rivières, aux zones humides et autres « cuvettes » comme dans le cas de Grand-Baie. Dans le dernier cas, Paul Bérenger fait état d’un rapport d’experts « qui dort dans un tiroir ». Il accuse, notamment, le Premier ministre d’avoir, à l’Assemblée nationale, banalisé l’interpellation qui lui avait été alors adressée par le député MMM, Adhil Ameer Mea, au sujet des risques associés au non-entretien du Canal Anglais à Port-Louis.
Profits du CEB : « Que l’on me démente! »
Le leader de l’ppposition estime, par ailleurs, que la population a droit à la vérité par rapport à cinq questions précises. D’abord, si effectivement le Central Electricity Board (CEB) a été « contraint sur ordre gouvernemental », de puiser Rs 2 milliards de ses Rs 4 milliards de profits réalisés en 2015 pour le repaiement avant terme de ses dettes. Ce qui, trouve-t-il, équivaut à « punir » les consommateurs pour subvenir à la maladministration de la dette publique par le gouvernement. « Si cela est faut, que l’on me démente », réclame-t-il.
Paul Bérenger réclame, deuxièmement, « au nom de la vérité » la publication des propositions de DP World (Dubai Ports World). Il rappelle, à ce propos, que le Premier ministre adjoint et ministre responsable du port, Xavier Duval, a confirmé que ces propositions ont été soumises et sont en considération par le gouvernement. Pour lui, il serait « inacceptable » de permettre à cette société dubaïote d’acquérir, non seulement la Cargo Handling Corporation (CHC), mais l’ensemble du port au moyen d’un bail d’une durée de 99 ans. Il trouve que si cela s’avérait, le deal soulèverait, non seulement un problème de souveraineté nationale, mais serait aussi susceptible de poser des problèmes de sécurité.
La troisième question à laquelle il réclame réponse des autorités touche au projet Jinfei. Paul Bérenger rappelle, d’abord, que sous le précédent gouvernement PTr, son parti s’était vivement élevé contre l’allocation d’une parcelle de 500 arpents de terre à cette société chinoise. Alors que, souligne-t-il, le nouveau gouvernement Lepep avait repris ces terres, il avait été, dans un deuxième temps, convenu que 75 arpents allaient, quand même, être alloués à Jinfei. Il évoque une demande de 100 arpents additionnels faite par les promoteurs chinois. C’est ainsi qu’au nom du même « droit à la vérité », il veut savoir quelle superficie de terre sera, en fin de compte, allouée à Jinfei.
Paul Bérenger enchaîne, ensuite, avec les remboursements promis à ceux ayant investi dans les produits Super Cash Back Gold (SCBG) et de Bramer Asset Management de l’ex-groupe BAI. Alors que, selon lui, le gouvernement serait à court d’argent pour répondre à ces besoins de Rs 15 milliards de remboursements étalés sur cinq ans, une première tranche de Rs 3 milliards sous forme de debenchures viendra nécessairement gonfler la dette publique. Celle-ci, affirme-t-il, ne sera payée aux investisseurs lésés qu’à partir du mois de juillet, au début de la nouvelle année financière.
Au sujet du port de pêche de Bain-des-Dames, Paul Bérenger s’inquiète que ce projet chinois ne serve de relais dans le cadre du projet évoqué par l’ambassadeur chinois de nouvelle « Route Martime de la Soie du XXIe Siècle ». « Ne s’agira-t-il que d’un simple port de pêche ou est-ce que cette installation servira de relais aux Chinois dans le cadre de leur projet? Nous avons le droit de savoir, car, là encore, cela soulève à la fois des questions de souveraineté et de sécurité », déclare-t-il.
« Cadeau » non sans conséquence
Paul Bérenger enchaîne avec l’annonce faite par le ministre du Logement, Shokutally Soodhun, d’un financement saoudien de Rs 18 milliards pour le projet Heritage City. Il rappelle, à ce propos, qu’au départ, le ministre de la Bonne gouvernance avait préalablement annoncé que ce sont des investisseurs de Dubaï qui allaient, tout à la fois, être les « banquiers » et les « constructeurs » de ce projet. Revenant au financement saoudien évoqué par le ministre Soodhun, il  évoque l’affaire du financement saoudien de USD 680 millions offert au Premier ministre malaisien en marge des élections générales dans ce pays en 2013. Affaire qui a fait grand bruit et que Week-End a évoquée dans un récent numéro.
« Ce genre de cadeau ne saurait être sans conséquence pour la souveraineté nationale et la démocratie », déclare Paul Bérenger. Dans le cas particulier de Maurice, il ne manque pas d’évoquer les risques de déstabilisation. Paul Bérenger ajoute à cela le « comportement ainsi que le langage de Showkutally Soodhun, numéro 3 du gouvernement, avant même Ivan Collendavelloo ». Un « comportement » et un « langage » qui, selon lui, aurait dû longtemps lui valoir d’être sanctionné. Il ne manque pas, à ce propos, d’évoquer la liberté prise par le ministre, en mission à Ryadh, de « prendre fait et cause pour l’Arabie Saoudite contre l’Iran ».
Une démarche qui, explique-t-il, équivaut à « jouer avec le feu ».  « Ce n’est pas du rôle de Maurice de prendre position en faveur de l’un ou l’autre entre ces deux pays », soutient Paul Bérenger. Ne lâchant pas, dans la foulée, le ministre Soodhun, il accuse ce dernier de « jouer intentionnellement sur les mots en vue de noyer le poisson » dans l’affaire Ruhamally. Après la publication, hier matin, dans L’Express de l’information confirmant que le ministre a subi une intervention chirurgicale à l’Apollo Bramwell Hospital en 2010, Paul Bérenger insiste : « Plutôt que d’user et d’abuser de la police pour torturer les gens, il faut que Soodhun vienne dire, clairement, si oui ou non il a payé pour ces traitements. Et au cas où il aurait menti, ce serait une raison de plus pour qu’il ne soit plus ministre! »
Le leader du MMM conclut en évoquant le cas de l’agression du journaliste de MMM TV, Nitin Jeeha, sur fond d’incidents associés aux pluies torrentielles. Il qui allègue que l’agresseur serait le frère d’un ministre MSM pour lequel il dit avoir encore un peu d’estime et invite ce dernier à s’excuser au nom de son frère.