Coup de théâtre dans le cadre de la controverse qui a émergé cette semaine autour du projet Heritage City. Le ministre des Services financiers et de la Bonne gouvernance, Roshi Bhadain, qui pilotait le projet, a annoncé à la presse à Ébène hier soir, qu’il avait demandé au Premier ministre de ne pas aller de l’avant avec le projet de construction de nouvelles infrastructures immobilières destinées à abriter le Parlement, le bureau du Premier ministre ainsi que plusieurs ministères clés. « L’allégation selon laquelle une éventuelle rupture du barrage de Bagatelle Dam mettrait en peril l’Heritage City a jeté un doute sur ce projet de grande envergure », a affirmé le ministre des Services financiers et de la Bonne gouvernance. Par ailleurs, il a fait une sortie contre le senior adviser au ministère des Finances, Gérard Sanspeur, considérant qu’il n’a aucune leçon de bonne gouvernance à recevoir de lui, et s’interrogeant par là même sur son
« locus standi » pour remettre en cause un ministre du gouvernement.
Très remonté et sous le coup de l’émotion, Roshi Bhadain s’est adressé à la presse autour de 18h45 hier pour annoncer d’emblée qu’après la diffusion d’informations non fondées, qui a créé « une confusion », il a demandé, en tant que ministre du gouvernement, au Premier ministre de ne pas aller de l’avant avec le projet de Heritage City. Roshi Bhadain accuse ses détracteurs d’avoir essayé de décrédibiliser le projet et l’allégation la plus grave, à son avis, a été celle relative à l’éclatement éventuel du Bagatelle Dam qui inonderait toute la région où doit être construite Heritage City.
Le ministre de la Bonne gouvernance a fait une chronologie du projet. Lors de la visite du Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, à Dubaï en compagnie du VPM, Showkutally Soodhun, et lui-même, il avait rencontré le Sheik Ahmed afin de réclamer une assistance pour la création de Heritage City. Le sheik avait recommandé les services de Saeed Ahmen Saeed, qui avait été associé à la création de Palm islands au large de Dubaï ainsi qu’à des projets comme Pétronas, en Malaisie, et New Trade Centre, à New York. Roshi Bhadain a expliqué que le choix définitif de ce dernier avait été précédé d’un exercice de due diligence. Par la suite, a poursuivi le ministre, tout le projet de Heritage City avait été soumis à un High Powered Committee composé du Sollicitor General, du Financial Secretary et du secrétaire au Cabinet. Il avait été convenu qu’un système intégré de design et de master plan serait élaboré. Le projet avait ensuite été approuvé par le Cabinet.
Le ministre Bhadain a relaté comment le Stree Consulting a conçu un projet unique, « un bijou pour Maurice qui aurait attiré des touristes ». Le projet intégré, a-t-il relaté, devait comprendre en plus du parlement et des bâtiments pour abriter plusieurs ministères, une dimension non commerciale et résidentielle. Le ministre a aussi avancé avoir négocié avec le gouvernement indien en vue d’obtenir une aide financière pour financer le projet. Toutefois, selon Roshi Bhadain, alors qu’il attendait le Budget pour que le projet soit validé et le lancement d’Expression of interest, il avait commencé à recevoir des appels venant des médias lui demandant si le gouvernement ira de l’avant avec le projet de Heritage City. Roshi Bhadain a dit avoir à chaque fois répondu qu’il fallait attendre le Budget. Une semaine avant sa présentation, le ministre de la Bonne gouvernance a révélé avoir reçu une note de Gérard Sanspeur, lui indiquant qu’il n’était pas impressionné par le projet de Stree et qu’il fallait arrêter tout paiement.
« Inacceptable…»
« Je me suis demandé pourquoi cette remarque d’autant qu’aucun paiement n’avait été effectué à Stree. Je lui avais répondu que s’il a des suggestions à faire ou des éclaircissements à demander, j’étais à sa disposition », a-t-il déclaré en se souvenant que des remarques avaient également été publiées sur le site web de Mauritius Finance géré par Gérard Sanspeur.
Par la suite, le Budget du ministre des Finances a validé le projet en annonçant qu’un montant de Rs 2,7 milliards à partir d’un don de Rs 12,7 milliards sera consacré au projet, et qu’un montant de Rs 1,5 milliard sera déboursé durant la première année. « Comme nous travaillons très rapidement, j’ai demandé aux consultants de venir à Maurice dès dimanche afin de présenter le projet au High Powered Committee et aux membres du Cabinet afin qu’on puisse faire un choix final sur le type de bâtiments.  C’est ainsi que les consultants sont arrivés. Une présentation a été faite lundi au ministère des Finances, en l’absence de Gérard Sanspeur. Une nouvelle présentation a été faite au Premier ministre en présence de plusieurs ministres. Afin de faire avancer le travail, on a fait une présentation au conseil d’administration d’Heritage City mais à l’heure des questions, Gérard Sanspeur, qui est devenu membre du conseil d’administration d’Heritage City, a commencé une série de questions, notamment sur le professionnalisme de Saeed Ahmed Saeed et sur Stree, au point que ce dernier s’est senti humilié », a expliqué le ministre. Roshi Bhadain s’est demandé comment le senior adviser aux Finances a pu se permettre de poser de telles questions puisqu’il n’a jamais été impliqué dans la réalisation d’un bâtiment moderne. « C’est inacceptable qu’une personne qui n’occupe pas une fonction officielle comme un ministre ou un officier du gouvernement se soit sentie autoriser à humilier un pays ami », a dit le ministre Bhadain. Évoquant le document diffusé dans la presse mercredi, il a affirmé que celui-ci n’est ni signé ni daté, et n’est donc pas légitime. Roshi Bhadain a de plus cité un courriel de Luxconsult affirmant qu’il n’est pas au courant de ce document. Ce avant d’indiquer que le projet de Heritage City coûtera USD 375 millions et que les frais des consultants devraient tourner autour de 2,55% du coût du projet.
Le ministre de la Bonne gouvernance a exprimé son étonnement devant le fait que les objections évoquées  contre le projet de Heritage City ne soient pas valables pour le projet Hermes, prévu à côté. Il a finalement expliqué comment les allégations concernant les risques d’inondation ont décrédibilisé le projet et fera fuir tous les investisseurs potentiels. « Devant de telles allégations, je ne peux pas prendre le risque de m’engager dans ce projet. J’ai demandé au Premier ministre de ne pas aller de l’avant avec le projet de Heritage City », a-t-il déclaré.
Interrogé par la presse, Roshi Bhadain a expliqué qu’une étude sur le risque de “dam breaking” est en cours et sera publiée dans trois mois. Ce qui selon lui constitue autant de temps de perdu. Le ministre de la Bonne gouvernance a refusé de dire à la presse si le dossier a été évoqué au Conseil des ministres.