En réunissant dans son rituel hip hop et poésie, la musique d’Oscar Lezar (auteur-compositeur français né en 1984 à Nancy) ne peut être qu’un creuset bouillonnant. Ce talentueux musicien, qui signe sous le label de 7ptik Records depuis 2012, allie sens de l’aventure, maîtrise des mots et fêlure.
Heureux praticien des logiciels d’enregistrement, du slam et de la poésie, Oscar Lezar est l’auteur de trois albums : Lettres ouvertes (2006), Oscar Lezar (2011) et Rec au calme, (2013). Digne descendant de Nirvana et autres représentants du rock alternatif, Oscar nous entraîne vers des sommets d’interaction entre poésie et constat implacable du mal-être de la société. Entre colère et émotion, l’écriture est pour lui une sorte de catharsis. « La musique est pour moi une transposition et les mots sont un moyen de constater… », déclare le chanteur. Il ajoute que l’envie d’écrire a toujours été présente chez lui. Il a évolué auparavant dans diverses formations rock (Basse-guitare et musique par ordinateur). Les rappeurs Fuzati du Klub des Loosers, Sage Francis l’ont fortement inspiré mais c’est la rencontre avec Peter Madman qui devient décisive. Oscar enregistre 10 morceaux pour le plaisir. Le ton est incisif mais Oscar Lezar s’illustre avec son deuxième album (réellement le premier), Oscar Lezar, en totale autoproduction (50 exemplaires réalisés dans son petit home studio… Le Lez Stud en octobre 2011). Il enchaîne avec deux concerts plutôt encourageants et la rencontre avec le label 7ptik Records « qui m’aide à me professionnaliser », dit-il. Prix coup de coeur du jury au tremplin de la chanson à Nancy, les morceaux de ce compositeur atypique ont posé nul doute une esthétique où la poésie ne renie pas un certain attrait pour l’énergie et déverse des laves contestataires pendant les premières années. Si Oscar sait se souvenir de ses amours avec le rock, aujourd’hui il évolue dans un univers hip hop alternatif. En France, on le connaît surtout pour sa qualité d’écriture et ses superbes trouvailles : « Introspection en guise d’introduction, trop peu de questions réduisent fortement ton attraction. Un délit d’intention délie les langues et demande pardon. La foudre tombe en abondance quand le passé te trompe en silence. Ces courtes réussites peuvent avoir de longues conséquences, une bourde fortuite résonnant encore sous le feu d’une condoléance, car à trop vivre dans l’espérance, rance deviennent nos sens. Éblouit par la nostalgie. L’impression de vivre plusieurs vies. Héritage ou simple reliquats, relie tes cas les uns aux autres et nie catégoriquement rentré dans des quotas.. Pas le choix, tous ce que tu as gagné, on te l’ôte, ma catharsis n’est que celle d’un homme parmi les autres… » (Écran noir)
Oscar Lezar brise toutes les barrières et donne à écouter une musique euphorique. Il bénéficie d’une expression unique. C’est dans le dénuement de ses complaintes que cet artiste donne toute la mesure de son talent de compositeur — des allers-retours entre lyrisme et agressivité percussive. Au final, une musique libertaire qui séduit par ses ondulations développées. Oscar invente une musique décalée alternant plaintes distendues et prose posée avec une insistance et une régularité rythmique qui marquent son travail. Un phrasé nerveux, des mots acides, des fulgurances : on demeure médusé par la couleur de ses compositions et improvisations. Loin des grincheux, on trouve une voix à la tessiture resserrée, délicate… Dans la galaxie du hip hop, il a une place à part. Ses mots permettent de mesurer l’élégance d’un esthète. Chaque morceau repose sur un thème obsessionnel, voire répétitif. Lorsqu’il se produit avec son frère de scène Mo Mystik, on nage dans l’émotion d’une conversation chaleureuse alliant des morceaux ludiques et des morceaux sans complaisance (Longtime, clip sur Youtube). Deux coleaders virevoltants et une rythmique pleine d’idées.
Oscar Lezar a su trouver un équilibre entre un sens inné de la poésie et des préoccupations sociales — une tentative de re-création de couleurs musicales (l’homme qui phrase, qui colore) qui font merveille : « Noir, un traitement de faveur accordé à certains plutôt que de voir, voir un monde qui devient de plus en plus noir alors quoi, le noir de vos yeux ou le noir de nos yeux. J’préfère être aveugle et plein d’espoir, histoire de contempler et vérifier que derrière vos lunettes se cachent bien des yeux rouges. « 
L’expérience vaut la peine d’être vécue.