La saison hippique 2012 est passée à vitesse grand V. A peine les premiers coups de sabots annonçant le début de la saison entendus que nous voilà arrivés à l’heure du bilan. Si pour certains la saison a été mi-figue mi-raisin voire catastrophique dans des cas spécifiques, pour d’autres elle a été tout bonnement exceptionnelle. A ce chapitre, ce n’est pas l’écurie Gujadhur qui nous contredira. La plus vieille écurie du turf, qui ces deux dernières années n’a pas lésiné sur le moyens pour bâtir un effectif homogène, a enfin vu ses efforts récompensés. Avec 40 victoires et Rs 15,7M comme stakes money, elle s’est vue attribuer le titre de champion 36 ans après son dernier sacre. Ce titre restera à jamais gravé dans la mémoire collective dans le sens qu’il a été obtenu en l’année où le Mauritius Turf Club a fêté son Bicentenaire.
Donnée favorite pour le titre à l’ouverture des hostilités en mars dernier, l’écurie Gujadhur n’a pas laissé ses nombreux partisans tomber . Si en termes de victoires elle a fait moins bien que la saison 2011 où elle avait obtenu 53 réussites, on notera que ce sont pour les épreuves aux dotations fort importantes que la bande à Ramapatee Gujadhur a manifesté un intérêt particulier. En effet, pour jouer le titre, il fallait absolument faire sentir sa présence dans ce genre d’épreuves. Ces courses dites de Groupe, l’écurie Gujadhur en remporta 5 dont deux dotées d’un label de Groupe 1 à savoir le Barbé avec Il Saggiatore et la Coupe d’Or avec Tandragee. Le premier nommé, acheté à prix d’or, remporta aussi la Duchesse et deux autres épreuves avant de se voir infliger sa première défaite par un certain Ice Axe dans le Trophée du Bicentenaire, une course de Groupe 1 également. De cette défaite, le champion de la famille Gujadhur ne s’en remettra jamais car il n’a pu passer la ligne d’arrivée en premier dans ses sorties subséquentes, se faisant  battre à chaque fois par son rival de toujours. Mais avec Rs 3,9M comme stakes money, Il Saggiatore a réussi une belle première année à Maurice. Espérons qu’il se remet de sa blessure contracté aux ligaments de son antérieur droit et qu’il retrouve vite ses bonnes sensations afin d’assurer encore le spectacle la saison prochaine. En sus de l’illustre fils de Galileo et de Tandragee, un petit champion en devenir, l’écurie Gujadhur a pu compter sur un Eskimo Roll complètement transformé après sa castration et qui à lui seul a ramené 6 victoires à son établissement. Il a été de loin le coursier le plus prolifique la saison passée.Sa contribution s’élève à  près de Rs 1,5M et avec Tandragee et Il Saggiatore, ils ont ramené 43,6% du stakes money de leur formation.
S’il eut un petit flottement après le limogeage de Robbie Burke après la 20e journée, l’écurie Gujadhur se faisant même ravir la première place au profit de l’écurie Rousset, elle devait vite retrouver sa vitesse de croisière avec l’arrivée de Noël Callow. Le fantasque jockey Australien pilota 15 gagnants pour son nouvel employeur non sans que Rye Joorawon et Tandragee eurent scellé le sort des écuries Rousset et Maingard en faisant leur la Coupe d’Or.
Ces deux formations aurait pu inquiéter plus sérieusement l’éventuel champion mais pécha par des fortunes diverses. Triple champion en titre, l’écurie Rousset n’a pu étrenner un quatrième titre consécutif. A l’image de Gujadhur, la bande à Gilbert Rousset avec 47 victoires a fait certes moins bien qu’en 2011 (54 victoires) mais on constatera qu’en dépit d’un effectif de petit calibre, elle a lutté jusqu’au bout. Qu’on ne s’y méprenne pas: Green Keeper (Champion Sprinter 2012) et Intercontinental demeurent d’excellents chevaux, mais ils  n’ont pu faire oublier un certain Disa Leader. A cette cruelle vérité doit s’ajouter l’incapacité de cette formation à se faire représenter dans les championnats de 3 et de 4 ans. Dans ces conditions, il était presque impossible d’envisager un titre de champion surtout face à des chevaux de la trempe d’Il Saggiatore et d’Ice Axe. Si le titre de champion lui a échappé, le titre d’entraîneur champion est toujours la propriété de Gilbert Rousset qui a bouclé son calendrier avec 47 réussites. Le jockey de l’écurie, Johnny Geroudis, fort de ses 37 victoires, s’est emparé de sa toute première Cravache d’Or sur le turf mauricien. A voir le recrutement qu’est en train de faire l’écurie Rousset en vue du prochain exercice, tout porte à croire qu’elle veut reprendre son sceptre de leader le plus vite possible.
Ice Axe Cheval de l’Année
Si Rousset a péché par manque de coursiers de valeur, on ne peut en dire autant pour l’écurie Maingard. Avec des chevaux portant le nom d’Ice Axe, Master Mascus, Rudi Rocks, Eagle Squadron et autres Solar Captain et un jockey de la trempe de Gaëtan Faucon, tous les ingrédients étaient réunis pour que cette formation joue les premiers rôles. Alors que tout marchait pour le mieux, Ricky Maingard devait voir tous ses espoirs anéantis lorsque Gaëtan Faucon chuta lourdement sur Alitalia lors de la 29e journée. Ne pouvant compter sur son jockey attitré pour la Coupe d’Or, l’entraîneur qui a exercé pendant de longues années en Afrique du Sud fit appel à Keagan Latham pour piloter Ice Axe dans la dernière classique de la saison. Mais le jeune Sud-Africain ne put se montrer à la hauteur de la tâche qui l’attendait en montant une course que Ricky Maingard a du mal à digérer jusqu’à maintenant. C’est du reste la seule défaite d’Ice Axe pour la saison régulière – sa deuxième intervenait lors du Week-End International – en 7 sorties. Mais 4 victoires et des gains de Rs 4,1M, le crack de Ricky Maingard a marqué de son empreinte la saison 2012. A son tableau de chasse figurent trois Groupe 1, le Trophée du Bicentenaire, le Mauritian Derby , le Maiden et un Groupe 2, le Supertote Golden Trophy. Il termine l’année sur la plus haute marche du podium et son titre de champion n’est nullement usurpé.
Disqualification de 5 ans pour l’apprenti Bheekary
Avec à eux seules, 122 des 292 courses à pourvoir, les écuries Gujadhur, Rousset et Maingard ont dominé de la tête et des épaules la saison 2012. Loin derrière ce trio on retrouve Merven qui malgré ses 34 réussites n’a pu faire le poids ayant remporté plutôt des épreuves dites de moindre importance. La déception est définitivement venue de Foo Kune qui a eu du mal à sortir des boîtes de départ alors qu’elle faisait du titre sa priorité. Cette formation a connu une première moitié de saison très moyenne – son compteur affichant 8 petites victoires après vingt journées de compétition – à tel point que son Stable Manager a dû faire appel à l’expérimenté Bud Gujadhur et le Malais Benedict Woodworth pour remettre la barque à flots. Au final, c’est une modeste sixième place qu’elle occupe à l’arrivée. Loin de se laisser gagner par le découragement, cette écurie a encore une fois été très active sur le marché et on aurait tort de le sous estimer en 2013.
Quant aux autres formations, d’aucuns estiment qu’elles sont à leur place. Petite mention pour l’écurie Mahess Ramdin qui avec cinq petites victoires et des gains de Rs 2M peut s’estimer chanceuse d’être toujours de la partie la saison prochaine.
Si d’un point de vue sportif, la saison a été correcte dans l’ensemble, comment passer sous silence le spectacle affligeant dont nous a gratifié l’apprenti Roby Bheekary sur le cheval Isipho lors de la 36e journée. Il faut monter à loin dans le temps  pour voir une monte aussi insultante, grotesque si ce n’est puant la corruption. Si l’apprenti a reconnu avoir délibérément privé sa monture de la victoire vu qu’il avait placé une mise de Rs 10 000 sur l’éventuel vainqueur Mc Naught, qui lui même vit sa victoire lui être retiré pour cause d’urine anormale quelques semaines plus tard, on retiendra qu’il écopa de la plus lourde suspension jamais infligée à un jockey au Champ de Mars, soit une disqualification de 5 ans. Cette affaire, ainsi que les deux cas de dopage enregistré (Day Of Reckoning et Mc Naught) et le déjeuner de Chamarel ont été les points noirs qui ont terni un peu plus l’image des courses maurciennes en 2012.