White River (Manoel Nunes) pour la postérité

La saison 2019, qui a pris fin officiellement le samedi 7 décembre dernier, est à mettre aux oubliettes au plus vite tellement elle a été d’une morosité sans précédente. Cela découle du bras de fer qui a opposé la GRA au MTC durant toute la saison alors que ces deux institutions étaient supposées travailler en bonne intelligence pour l’avancement des courses. Même Mike Rishworth, le tout nouveau Chief Executive Officer (CEO) du Club, a été impuissant face à cet état de choses, le Sud-Africain avançant, sans ambages, au cours d’une conférence de presse d’avant saison, que « we (ndlr : le MTC) are handcuffed ».

Tout ça pour dire que la nouvelle saison avait débuté du mauvais pied. Ajouter à cela les travers qui marquent habituellement l’hippisme mauricien, la saison 2019 a été loin d’être flamboyante. Heureusement qu’il y a eu White River, un compétiteur d’exception, qui a apporté un peu de couleur à cette saison livide en devenant le deuxième cheval après Winking (1934) à remporter les quatre classiques au cours d’une même saison.

Si elle avait été placée sous le signe de la continuité avec la reconduction, à l’unanimité, de Kamal Taposeea à la présidence du MTC pour la deuxième année consécutive, c’est dans la cacophonie la plus totale que la saison 2019 a débuté. Il y a eu d’abord les cas de dopage – au Zilpaterol concernant pas moins de 24 chevaux et au boldenone trouvé dans le système de cinq chevaux d’un même établissement – qui ont ébranlé l’industrie alors qu’on était en pleine préparation de la nouvelle saison. Il y a eu ensuite la communication, par la GRA, de ses nouvelles directives à 48 heures de l’officialisation du premier programme, rendant certaines d’entre elles inopérantes. C’est du reste under protest que le MTC a accepté ces nouvelles directives qu’il a contestées en justice avant qu’il ne décide de ne pas aller de l’avant avec l’affaire quelques mois plus tard.
Revers légaux

Cette même GRA a, pendant ce temps, subi de nombreux revers légaux justement pour ses décisions et autres réglementations contestables et contestées pour ne pas dire antidémocratiques. Comment oublier la claque reçue de la Cour suprême dans l’affaire de Judicial Review l’opposant aux bookmakers off-course qu’elle avait, de façon unilatérale, décidé de relocaliser au Champ de Mars. Dans un jugement motivé, les juges Rita Teelock et Nicolas Oh San-Bellepeau n’y sont pas allés de main morte en qualifiant la décision de l’instance régulatrice de « irregular, irrational and unresonable ».

La GRA n’a pas eu le temps de s’en remettre de ce revers qu’elle est passée à deux doigts d’un contempt of court concernant le paiement de la redevance réglémentaire d’un bookmaker pour sa licence d’off course betting. Elle est parvenue à s’en tirer d’affaire qu’à travers une confusion entourant un formulaire non-rempli concernant le renouvellement de la licence en question.

Cette même GRA a de nouveau fait parler d’elle quelques jours plus tard quand elle a informé les jockeys Cédric Ségeon, Imran Chisty et Derreck David, tous mariés à des Mauriciennes, qu’il leur était interdit d’exercer à Maurice car désormais tout étranger marié à un Mauricien devait se prémunir d’un permis de travail pour exercer sur notre sol. Il a fallu l’intervention du ministère du Travail et une interprétation de la loi, pour que les jockeys concernés respirent mieux.

Sur la piste, on en a eu pour tous les goûts, comme c’est le cas chaque saison. Chez les jockeys, Manoel Nunes, faute d’adversaires à sa taille, a dominé de la tête et des épaules les débats en enlevant la palme avec 43 victoires. En bonus, il s’est offert le Barbé, le Maiden et la Coupe d’Or et le challenge du Week-End International. Si le Brésilien a été au-dessus du lot, comment passer sous silence le cru moyen de jockeys qui a marqué cette saison 2019. Les prestations de certains d’entre eux n’ont vraiment pas fait honneur à l’hippisme et ce ne sont certainement pas les Randall Simons, Carlos Gomez et autre Eric Saziso Ngwane qui nous diront le contraire. Quant à Piere Strydom, qui devait être la principale attraction du dernier exercice, il a regagné l’Afrique du Sud par la petite porte, payant cash ses frasques sur Man From Seattle (six semaines de suspension et Rs 100 000 d’amende). On retiendra aussi les trois semaines de suspension de Pravish Horil trouvé positif au cannabis en début de saison.

Un premier titre pour Rameshwar Gujadhur

Chez les entraîneurs, c’est Rameshwar Gujadhur qui a terminé sur la plus haute marche du podium. Un premier titre de champion remporté par le doyen des entraîneurs dans une année symbolique puisqu’il fêtait ses 80 ans et son établissement, ses 15 ans d’existence. C’est White River qui l’a porté vers les sommets. Compétiteur d’exception, l’ancien élève de Brett Crawford a apporté un peu de couleur à une saison on ne peut plus morose en remportant les quatre classiques (Duchesse, Barbe, Maiden et Coupe d’Or) de notre calendrier au cours d’une même année, exploit que seule la jument Winking avait réussi il y a 85 ans. On retiendra aussi l’excellente saison de Shyam Hurchund, à la rue la saison dernière, mais qui s’est présenté sous un tout autre visage cette année jusqu’à se voir remettre l’Equidor d’entraîneur le plus prolifique cette saison avec 38 victoires.
Chez les chevaux, au-delà du phénomène White River (six victoires en six sorties), qui a ramené à ses propriétaires près de Rs 4 millions de gains, la saison a aussi été marquée par les brillantes prestations des Cool At Heart, Wall Tag, Rule The Night et autre Opera Royal qui ont été tous des modèles de régularité.

Alors que cette intersaison s’annonce cruciale pour l’avenir des courses, on a noté, en fin d’année, un semblant réchauffement des relations entre l’instance régulatrice et le MTC. On en tient pour preuve des journées à neuf courses et l’inattendu octroi d’une journée additionnelle (7 décembre). Si ce signe de renouveau est manifesté dans le sillage des élections générales, on ne sait, toutefois, s’il y aura d’autres manifestations de ce changement d’attitude.

On attendra donc avec impatience les prochains développements pour savoir ce qui est considéré comme un dégel, aboutira à des relations plus professionnelles pour le bien des courses. Le premier test est la demande qu’a formulée le MTC pour 43 journées de courses en 2020 avec en filigrane le développement qui va se passer à la GRA (CEO et membres du Board) pour qu’une décision soit prise à cet effet d’autant désormais, l’instance régulatrice se trouve sous la tutelle du ministère des Finances.