Après une première partie de campagne longue de 20 journées, l’industrie hippique observe son seul et unique break de la saison. En l’absence de compétition, l’occasion se prête pour le traditionnel bilan de mi-saison où Gilbert Rousset et Donavan Mansour émergent comme les leaders provisoires au classement des entraîneurs et jockeys respectivement.
L’industrie hippique mauricienne semblait être à la croisée des chemins en début de saison où les évènements n’ont pas manqué avant même que soit donné le départ de la première épreuve de la campagne 2016. D’abord, comment passer sous silence le cinglant désaveu du Mauritius Turf Club (MTC) face à son président sortant Jeenarain Soobagrah, qui sera évincé du board d’administrateur avec à la clé le plus faible pourcentage de votes en sa faveur par rapport aux quatre candidats en lice. Et c’est sans surprise que Paul-France Tennant (246 voix) et Mukesh Balgobin (317 voix) réintègrent l’équipe dirigeante du MTC à la faveur d’un nombre record. Alain Noël, le nouvel homme fort du club, aura d’ailleurs du pain sur la planche dès son investiture avec le projet du nouvel hippodrome de même que la gestion des retransmissions des courses, un temps promis à MyT mais qui restera finalement sous le contrôle de la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC).
Toutefois le dossier le plus brûlant du début de saison 2016 reste sans conteste la bataille légale engagée entre les hommes de loi du MTC et celui de Paul Foo Kune. Un feuilleton qui prendra fin avec le stepping down du propriétaire controversé dont les chevaux concourront finalement sous le nom de son épouse et de ses fils au sein de l’entraînement Rameshwar Gujadhur. De cette lutte acharnée, Donavan Mansour en sortira comme la victime collatérale, la nouvelle cravache du King Of Long Shots recevant l’interdiction du MTC de se mettre en selle lors de la journée inaugurale après que la presse hippique eut fait état de l’implication de Paul Foo Kune dans les frais de voyage du jockey sud-africain. Ce dernier sera toutefois en compétition lors du deuxième acte après que le MTC ait obtenu des explications satisfaisantes de la part de son employeur.
Les propositions des deux assesseurs du rapport Parry, George Ben Gunn et Paul Scotney, payés à prix d’or des deniers de l’état, ont également marqué cette première partie de la saison. Au final, la montagne aura accouché d’une souris, le premier ministre sir Anerood Jugnauth confirmant au parlement que toutes les recommandations du rapport ne seront pas appliquées, dont la mise en place de la fameuse Mauritius Horseracing Authority (MHA), qui sera remplacée par une Integrity and Intelligence Unit placée sous l’autorité de la Gambling Regulatory Authority (GRA) — elle-même pointé du doigt par les assesseurs britanniques de même que la Police des Jeux, pour son inefficacité et son laxisme.
Callow file à l’anglaise
De son côté, le MTC est allé de l’avant avec l’application de presque toutes les recommandations émises par Steve Railton, le chief stipe du Hong Kong Jockey Club, qui était de passage au pays en octobre dernier pour une évaluation des procédures du club dans l’organisation des courses hippiques. Après l’institution d’un Licensing Committee, c’est sans conteste le durcissement des peines relatives aux écarts de conduite en piste qui a marqué les esprits. Les diverses amendes font désormais place aux semaines de suspension, la 13e accumulée par un cavalier au cours de la saison entraînant désormais la révocation de sa licence. Et ce changement de ton, Noël Callow n’est pas prêt de l’oublier, son aventure mauricienne sous les couleurs de Patrick Merven tournant en eau de boudin au soir de la 9e journée.
À bien y voir, on pourrait avancer que le fantasque jockey australien avait joué avec les allumettes depuis son retour au Champ de Mars cette année. S’il est vrai qu’il avait été rattrapé par la patrouille pour deux incidents de careless riding, Double Dash et Triad Of Fortune (5e journée), force est de reconnaître que King Callow a été loin de son meilleur niveau sur Kentucky Bluegrass (3e et 8e journée) et n’a pas été inquiété outre mesure par les commissaires de courses. Et ce qui devait arriver arriva, serait-on tenté de dire, l’Australien se faisant épingler pour sa monte suspecte sur Fyrkat (9e journée). Pour cette faute, les racing stewards seront intransigeants, sanctionnant le jockey de 12 semaines de suspensions assorties d’une amende de Rs 150 000 pour « failing to ensure that Fyrkat is given full opportunity to win the race ». Noël Callow fera appel de la suspension avant de régler son amende et quitter le pays.
La facilité déconcertante avec laquelle l’Australien a pu mettre les voiles en mai dernier interpelle encore la communauté des turfistes. D’autant que toutes les parties concernées par ce départ en catimini ne sont pas sorties grandies de cette affaire, la responsabilité des uns et des autres n’étant toujours pas encore située. Il semblerait qu’au niveau des instances hippiques on n’ait pas retenu la leçon après la honteuse affaire Gemmayze Street. Fort heureusement, les turfistes ont vécu un léger mieux du côté de la piste où Gilbert Rousset a marqué de son empreinte la première partie de la saison avec un bilan de 30 victoires et des stakes money cumulés de Rs 9 440 000.
Avec la confiance renouvelée des propriétaires en général, le recordman de victoires au Champ de Mars s’est donné les moyens de ses ambitions cette année avec une mise à jour de ses effectifs et l’acquisition de plusieurs unités de valeur tels que les Karraar, Scotsnog et Night In Seattle (lauréat de la Duchesse et du Golden Trophy) couplée à la monte en puissance des anciens que sont Gharbee (4 victoires), Recall To Life (3 victoires) et Cherish The Charm (3 victoires). L’avenir s’annonce ainsi radieux pour l’entraîneur, qui demeure plus que jamais le favori pour le titre avec la puissance de feu dont il dispose. Pour peu que ses poulains maintiennent le rythme, Gilbert Rousset pourrait réaliser la meilleure saison de toute sa carrière d’entraîneur, surtout avec l’apport de la trempe d’une cravache d’expérience telle que Bernard Fayd’herbe.
Grande première pour Hurchand et Jones
La campagne 2016 a aussi enregistré l’arrivée de deux nouveaux venus au sein de la communauté des entraîneurs avec les premiers pas de Simon Jones et Shyam Hurchand à la barre de leur propre entraînement. Pour les deux hommes, la patience a été la mère de toutes les vertus mais ils tiennent enfin leur premier gagnant sur notre turf, Parker (16e journée) et Var’s Dream (20e journée) s’assurant que leurs entraîneurs respectifs entament la deuxième partie de la saison avec confiance. Les turfistes ont également assisté à quelques belles joutes en course avec la présence accrue de jockeys étrangers à l’instar des Mansour, Fayd’herbe, Winks, Guillambert et tout récemment Ian Sturgeon.
Mais ce sont bel et bien les local boys qui ont dominé la scène hippique avec Rye Joorawon (Night In Seattle) et Yashin Emamdee (Kremlin Captain), qui se sont adjugé les deux premiers classiques de la saison. Le succès retentissant du poulain de Ramapatee Gujadhur — son premier succès classique sur notre turf — au détriment de One Cool Dude dans le Barbé nous promet d’ailleurs une édition explosive de la Coupe 2016. Bien malin aussi celui qui pourra prédire l’identité du prochain récipiendaire du Ruban Bleu en septembre prochain avec les nouveaux Night In Seattle, Parachute Man et Rampant Ice, qui devrait tous avoir leur mot à dire. « Exciting times ahead », comme dirait l’autre?!