Voila une enquête sur une course de chevaux menée à un rythme à faire pâlir une tortue. C’est le moins qu’on puisse dire car contrairement à des enquêtes où tous les suspects sont arrêtés et interrogés en même temps, mais dans différentes chambres, celle que mène actuellement la Police des Jeux ressemble à un de ces feuilletons sans queue ni tête où le plus important est de faire durer le suspense pour ne pas dire le plaisir.
Si c’est vrai que les « coupables » ont défilé les uns après les autres dans les locaux de la Police des Jeux, force est cependant  de constater que plus que quinze jours après cette course scandaleuse, qualifiée de « course de la honte » par ni plus ni moins que le président de la Chambre des Commissaires des courses et remportée par Zip It (Rakesh Bhaugerothee), les turfistes sont toujours dans l’attente d’un résultat concret. En fait, les turfistes et les stakeholders des courses à Maurice n’attendent qu’une seule et unique chose : que l’organisateur de ce coup soit traduit devant la justice.
Mais qu’on se le dise, les turfistes ont bel et bien l’impression d’avoir été «taken for a ride» par les Commissaires des courses et les voilà qui commencent à douter de la compétence de la Police des Jeux qui, il est vrai, a encore tout à prouver, un peu comme ces chevaux qui n’ont jamais passé la ligne d’arrivée en vainqueur et qui ne sont restés, ni plus ni moins, qu’à l’état des promesses. Dans la foulée, les turfistes se retrouvent devant un président du MTC qui cumule les faux pas, les uns après les autres.
Les révélations de Week-End
Après les révélations de Week-End dimanche dernier, on s’est encore empressé de donner la parole à Gilbert Merven pour venir défendre l’indéfendable. Dès le lendemain,  sur les ondes généreuse d’une radio, le président du MTC est venu sans  aucun doute induire les auditeurs de cette station en erreur, peut-être après avoir, lui-même,  été induit en erreur. Car son affirmation à l’effet que Ian Paterson, le président de la Chambre des Commissaires des courses, a fait dire derrière les stalles, avant le départ de The Jean Halbwachs Cup, que cette épreuve allait être «closely monitored» n’est rien de plus faux. Comme notre confrère du Mauricien qui a indiqué dans son édition de lundi,que Week-End a aussi confirmé auprès d’un jockey engagé dans cette épreuve, que personne n’est venu dire quoi que ce soit avant le départ de cette course. Puis mardi, soir 24 heures après, sur la  même radio, venir dire qu’il ne peut confirmer une affirmation qu’il a lui-même donnée lundi.
Une nouvelle question ESSENTIELLE dans ce dossier est : trouvera-t-on un dénouement dans cette enquête avant le début de la prochaine saison ? Pas certain! Et comme toujours… les turfistes seront les dindons de la farce, un peu comme dans les affaires Philippe Bruneau, Gilles Lemius, René Bonham et tant d’autres jockeys qui ont défrayé la chronique sans que les autorités policières et hippiques ne trouvent les vrais coupables. Nous dirons que c’est une autre tempête dans un verre d’eau et que les jockeys suspendus ont plus de chance de renouer avec la compétition avant que la Police des Jeux n’arrive à une quelconque conclusion dans une enquête engagée à pas de tortue.
Froid dans le dos
Pourtant tout le monde sait ce qui s’est passé avant, pendant et après la « Jean Halbwachs Cup ». Mais comble d’ironie, les trois seules instances qui sont jusqu’aujourd’hui, dans l’ignorance la plus totale sont : le panel des Commissaires Administratifs, le board des Commissaires des courses et la Police des Jeux. Avouez qu’une telle situation a de quoi  vous donner froid dans le dos! Surtout qu’il se confirme avec cette affaire que la frontière entre le monde des courses et celui de la drogue est tombé comme une peau de chagrin, eu égard aux informations qui circulent sur les instigateurs de coup.
Pour qu’une enquête aboutisse, il faut ratisser large et ce dans un délai précis, ne dépassant pas les 72 heures. Or, dans l’éclatement de l’affaire Zip It, plus de quinze jours se sont écoulés et à part ces interpellations attendues  il n’y a eu absolument rien de concret qui s’est produit. Car tous ceux interrogés ont adopté la même ligne de conduite et la même défense, répétant en choeur… qu’ils ont suivi les instructions de leur entraîneur.?
Il est évident que ces derniers  seront entendus par les hommes de la Police des Jeux, just hope so! Et alors ! Ce sera la parole des jockeys contre celle des entraîneurs? Autant dire que nous avons toutes les chances de rester à la case départ. En voulant mettre la pression sur les jockeys pour plaire, sans doute, à l’opinion publique, les autorités policières et hippiques ont raté le coche car la logique voulait que cette enquête débute autrement avec notamment une lecture, une analyse profonde du ‘betting trend’ du cheval Zip It. Comment et quand la cote de ce coursier a-t-il pris l’ascenseur? La seule personne qui peut répondre à cette question n’est nul autre que le Chairman des Stipes Ian Paterson ou à la rigueur le Chief Stipe, Stéphane de Chalain. Ce dernier, apprenons-nous, avait attiré l’attention avant la course mais  qu’a-t-on fait?
?Le board des Commissaires des Courses a-t-il fait un suivi, un « monitoring » de la cote de Zip It et des autres chevaux engagés dans cette course? Comment se fait-il qu’à l’ouverture de la cote samedi matin, Zip It était passé à 3 contre 1 alors qu’il était offert à 7 contre 1 vendredi après-midi à la fermeture? Une enquête avait-elle été instituée pour connaître les dessous de cette flambée peu ordinaire ?? De toute évidence, le board des Commissaires des courses n’avait rien trouvé d’anormal car il n’y a eu aucune enquête et qui plus est, il n’a convoqué aucun entraîneur et aucun jockey pour parer à toute éventualité et surtout «warn» comme il se doit avec fermeté et détermination les jockeys engagés dans cette course. Aujourd’hui, c’est avec raison que l’ex-entraîneur, Moorli Gujadhur, considéré aujourd’hui comme un sage au Champ de Mars, affirme que le board des Commissaires de Courses a failli lamentablement dans sa tâche. Du fait qu’il n’a absolument rien fait pour dissuader les jockeys et pour protéger le public parieur.
L’impatience de Valayden
Il se confirme à nouveau que Ian Paterson a définitivement le backing du président  du MTC Gilbert Merven. Mais il se confirme aussi qu’il n’a certainement pas la confiance de la majorité des turfistes qui ne sait plus à quel saint se vouer et nous comprenons parfaitement la réaction de Me Rama Valayden lorsqu’il dit mourir d’impatience de  contre-interroger, le Chef de la chambre des commissaires des courses si procès il y a.
Pour nous, il ne fait aucun doute, le MTC, en particulier Gilbert Merven, joue gros, très gros dans cette affaire et c’est pourquoi certains et non des moindres veulent que ce dernier se ressaisisse pour sauver ce qui peut être sauvé. Il est du devoir d’un président de redonner confiance aux turfistes et la seule façon de le faire c’est de leur envoyer un message clair, net et sans ambiguïté. A la limite, s’il n’en est pas capable, il lui reste toujours l’option de la démission. Mais de grâce qu’il ne fase pas pour 2014 un autre coup à la 2010 où le bon William Chung fut placé à la présidence du MTC, mais à la vérité c’était Gilbert Merven qui avait la main haute.
Pourrie jusqu’à la moëlle
Ce n’est pas l’affaire Zip It qui viendra redorer le blason du président ni sauver les courses mauriciennes. L’affaire Zip It, au contraire, n’est venue que confirmer les travers de cette industrie qui donne l’impression d’être pourrie jusqu’à la moelle. Il nous faut bien plus que cela pour redonner confiance dans cette industrie. Il faut une vraie prise de conscience et surtout un vrai coup de balai au sein du board des Commissaires des Courses. Malgré toute son expérience, Ian Paterson n’a pas su et n’a pas pu faire l’unanimité autour de lui.
Parachuté à la toute dernière seconde sans que personne n’en soit averti, il s’est senti pousser des ailes et son comportement a, qu’on le veuille ou non, jeté le discrédit sur le board des Commissaires des courses. Et ce ne sont pas les Jean Marc Ulcoq, Jean Michel Giraud, Jeenarain Soobagrah, Benoit Halbwachs ou autres qui nous contrediront. Ils savent plus quoi penser de Ian Paterson qui, en passant, n’adresse plus la parole à Stephane de Chalain, préférant jouer la carte Samraj Mahadia pour des raisons évidentes.? Pour le bien des courses, pour la bonne marche de la saison 2014 et pour l’intégrité du Mauritius Turf Club, Gilbert Merven doit composer sans Ian Paterson qui n’est plus un ‘joker’ mais est devenu un fardeau. Un fardeau qui gâche irréversiblement l’image des courses mauriciennes.
Sans doute les membres de ce club privé attendent que les politiques s’en mêlent  et qu’au final cette industrie soit pénalisée au nom d’un moral versatile. Car par le biais du président du MTC, les turfistes ont vu au grand jour le peu de confiance que les entraîneurs confèrent aux commissaires des coures. Car  venir dire sur la radio mardi  que les entraîneurs ne veulent pas donner leurs instructions devant les commissaires de courses de peur qu’il y ait un «whistleblower» parmi ces derniers, c’est énorme et démontre le niveau de l’autorité au Champ de Mars.