Le Mauritius Turf Club (MTC) prépare déjà la reprise de ses activités. S’il est maintenant une quasi-certitude que les courses se tiendront à huis-clos (on voit mal comment cela pourrait en être autrement avec le plan de déconfinement minutieux et par étape que l’hôtel du gouvernement est en train d’échafauder, comme indiqué par l’Attorney-General, Maneesh Gobin, lors de son passage à la télévision lors du daily press briefing du National Committee sur le Covid-19 jeudi soir), le MTC planche désormais sur les conditions dans lesquelles se feront cette reprise. C’est ainsi qu’une demande en ce sens a été formulée à la Gambling Regulatory Authority (GRA). Dans les coulisses, on laisse entendre qu’une réponse ne sera pas obtenue avant la levée du confinement prévue pour le lundi 4 mai. Ce qui rend des plus aléatoires une reprise à la mi-mai, comme on l’aurait souhaité du côté du club de la rue Eugène Laurent dans un « best case scenario. » Mais le MTC ne se laisse pas décourager pour autant et espère pouvoir débuter ses activités au plus tard début juin, même s’il reste suspendu à deux incertitudes de taille: l’évolution de la situation sanitaire dans le pays et les décisions que prendront le gouvernement, par le biais des projets de loi, portés au Parlement, dans le but de préserver la santé publique et adapter la population mauricienne à un nouveau mode de vie.

Au MTC on est sur le qui vive afin d’être fin prêt pour débuter la saison dans les trois ou quatre semaines après que le feu vert des autorités gouvernementales aurait été reçu. Plusieurs scénarios sont envisagés. Ainsi, s’il est mis en présence d’une réponse positive la semaine prochaine — ce que les plus avisés doutent fort —, l’organisateur des courses serait prêt à lancer la saison 2020 le 16 mai, le cas échéant, dans la semaine d’après. Toutefois, des échos font état que la GRA ne serait pas favorable à une reprise aussi prématurée alors que d’autres avancent que toute décision des autorités sera tributaire de l’évolution sanitaire dans le pays.

Quoiqu’il en soit, les entraîneurs ont été avisés de se tenir prêts à reprendre la compétition. Dans un courriel qu’il leur a addressé, le CEO du MTC, Mike Rishworth, après avoir dépeint la situation qui prévaut actuellement dans l’industrie, leur demande de garder leurs chevaux suffisamment prêts (fit) dans l’éventualité que la GRA accède à la demande du MTC. Comme évoqué dans notre dernière édition, certains entraîneurs se disent prêts pour entamer la nouvelle saison, deux ou trois semaines après le déconfinement. La majorité avance même être en mesure d’être représentés lors des premiers rendez-vous. D’ailleurs, les chevaux concernés bénéficient d’un entraînement méthodique et d’une alimentation appropriée qui leur permettraient d’être en état de courir dans les meilleurs délais.

Accès ciblés et limités

Toutefois, pas tous les entraîneurs sont favorables à une reprise. « Si le Covid-19 est toujours présent sur le territoire, cela mettra en danger la population en général », argumente l’un d’entre eux. D’autres considèrent qu’une reprise des activités apportera le ballon d’oxygène dont ont tant besoin les écuries en ce moment avec le rude coup porté à leur trésorerie qui, pour rappel, ne reçoit plus de revenus, depuis bientôt cinq mois avec l’arrêt des activités professionnelles et économiques (exception faite aux keeps).  Ces rentes permettraient à ces établissements de respecter, dans un premiers temps, leurs engagements envers leurs employés.

Pour revenir aux conditions dans lesquelles se feront une éventuelle reprise, le MTC avance qu’elles seront calquées sur celles, exceptionnelles, prises par le club au début du confinement sanitaire au matin du 20 mars, à savoir des séances d’entraînements avec un nombre limité de personnes y ayant accès, des équipements adéquats fournis aux principaux acteurs et des gestes barrières scrupuleusement respectées.  « Le MTC opère déjà avec un staff réduit à l’entraînement. On sait le nombre de personnes dont la présence est essentielle sur le champ de course pour l’organisation d’une journée. Il y a l’aspect sanitaire qu’il faudra faire respecter à la lettre. Les accès seront ciblés et limités », indique le président Kamal Taposeea.

« Les courses ne sont pas seulement une question de sous et jeu. C’est un sport avant tout. En organisant les courses à huis clos, on vise à protéger le public et la population de tout risque de propagation du Covid-19. C’est la première fois que l’on doit opérer dans de telles conditions, mais le MTC maîtrise l’organisation des courses. En prenant exemple sur les autres pays à l’instar de Hong Kong, qui organisent toujours les courses, nous sommes satisfaits du produit que nous pouvons proposer. Je pense que le public sera ravi de revoir les chevaux courir même si, c’est à la télévision. Je suis persuadé qu’en jour de courses, vous aurez le plus faible nombre de gens, sillonnant les rues et les supermarchés. Je pense que c’est une occasion en or, pour revoir l’industrie hippique qui a démontré ses faiblesses. Je suggère qu’après la crise, tous les stakesholders se retrouvent autour d’une table pour discuter de la façon qu’il faut faire afin de développer notre industrie qui a contribué 2% du GDP du pays en 2018, et de rendre aux courses hippiques ses lettres de noblesse », a proposé l’homme fort du MTC.

Qui dit accès ciblés et limités, dit aussi activités économiques réduites au minimum. Déjà les finances du club sont dans le rouge avec un déficit de l’ordre de Rs 5,8M à la fermeture des comptes pour l’année financière se terminant au 31 décembre et un manque de revenu serait un véritable coup de massue qui pourrait mettre en péril l’existence même de l’industrie. Au MTC on est conscient que le manque à gagner se fera principalement sentir au niveau des bookmakers oncourse, ceux qui contribuent le plus aux caisses du MTC vu qu’ils ne seront pas autorisés à opérer le jour des courses dans un contexte de huis-clos. Aussi, le MTC sera privé de revenus provenant des activités connexes, telles la location des loges et des échoppes et la vente de cartes d’entrées, entre autres.

Effet domino

Si du côté des administrateurs il a été, un temps, suggéré d’organiser une journée de course en semaine, cette option n’a pas été privilégiée pour des raisons logistiques. Pour palier au manque à gagner, amplifié par une saison écourtée, le MTC mise sur la tenue de plus de week-ends de courses. Il compte aussi s’appuyer sur les revenus provenant des deux Totes et de SMS pariaz — qui il espère seront revus à la hausse —, les seuls capables, sous les dispositions légales actuelles, à offrir des paris par téléphone et à distance (remote) dans un contexte de huis-clos.  Mais dans la communauté des parieurs, on appréhende que le SMS pariaz de Michel Lee Shim, qui aura le monopole sur le fixed odd betting, n’utilise les donnés de ses clients, pour envoyer des messages à des fins politiques, comme cela avait été le cas lors des dernières élections générales.

Il n’en demeure pas moins qu’une baisse de revenus aura aussi un effet domino sur l’industrie. À commencer par les stakesmoney qui seront, de facto, les premiers touchés avec une réduction non-négligeable. On sait tous leur importance pour la bonne marche d’un établissement. Ce qui engendra, à son tour, une totale dépendance sur le jeu et par extension, la prolifération des paris clandestins. Il y a aussi la question des salaires des employés au plus bas de l’échelle qui devra être adressée. Si le Senior Management a consenti à une baisse de 35% de leur salaires, ce qui est fort louable, rien n’est acquis concernant les plus vulnérables, le MTC ayant dû avoir recours au Wage Assistance Scheme mis en place pour le ministère des Finances pour payer les salaires d’avril. « Le MTC emploie environ 350 employés, mais pour l’instant leur travail n’est pas menacé. Nous puisons de nos réserves afin d’assurer les salaires. Il existe aussi plusieurs facilités d’emprunts auprès des banques qui peuvent nous permettre d’assurer nos dépenses quotidiennes pendant encore quelques semaines encore, mais si le couvre feu se prolonge et que la situation sanitaire ne s’améliore pas, il y aura de quoi s’inquiéter », prévient Kamal Taposeea.

Même si le MTC se dit prêt à la reprise, il sait pertinemment que cela ne dépend pas de lui. Il y a d’abord l’évolution de la situation sanitaire dans le pays même si, à l’heure où nous mettions sous presse, la courbe semblait s’aplatir avec zéro cas de contamination pour quatre jours consécutif. Ensuite, il y a les décisions que le gouvernement prendra en vue d’adapter la population à un nouveau mode de vie car comme l’a reconnu, à juste titre, la communauté internationale dans son ensemble, désormais plus rien ne sera comme avant.