Le premier événement d’importance à Maurice à l’aube du 20ème siècle (précédant d’un peu plus de deux mois la non moins célèbre visite du futur Mahatma, Mohandas Karamchand Gandhi, même si elle n’a pas attiré la grosse affluence) est sans doute la visite, en août 1901, du duc et de la duchesse de Cornouailles et d’York, George Frederick Ernest Albert et Victoria Mary, petits-enfants de la reine Victoria. (1) Cette dernière a trépassé quelques mois plus tôt, passant le témoin à son fils qui accède au trône d’Angleterre comme Edouard VII. Les deux visiteurs royaux de 1901 « were destined to be King George V and Queen Mary ».(2)
Les visiteurs royaux « were expected to arrive in Port-Louis on the 5th August 1901. »(Idem) Cependant, « they came a day earlier ». (Idem) En fait, ils sont arrivés « la veille, vers 4 hres de l’après-midi. » (3)  Toutefois, cette arrivée prématurée n’entame en rien le programme officiel conçu pour les visiteurs car « se conformant au programme arrêté par le Comité de réception, le Duc et la Duchesse ne descendirent que le lendemain à trois heures de l’après-midi ». (Idem)
La nouvelle de l’arrivée prématurée du couple ducal fait rapidement le tour de l’île avec pour résultat qu’« une foule de 25 000 personnes, représentant toutes les classes de la communauté, se porta sur le port, espérant que leurs Altesses Royales débarqueront dans la soirée ». (Idem) Le pays se prépare à accueillir les visiteurs royaux avec éclat et enthousiasme: « On the next day, the Capital as well as the suburb was richly decorated. The principal buildings of the town were covered with green twigs, flowers and flags. One could see a crowd of faces at the windows, on the balconies, on the street pavements. Opposite the quay an arch of triumph was raised on which was hung the picture of a girl gracefully dressed, and holding a red plate upon which were written in yellow. « Welcome to our Highness ». (2)
De la Place du Quai à l’Hôtel du Gouvernement
Les Mauriciens envahissent la capitale dès le matin du 5 août. « Dès le matin une animation extraordinaire régnait dans la capitale. Une foule énorme, qui grossissait à l’arrivée de chaque train, circulait dans les rues, envahissait les balcons, les fenêtres, les trottoirs et s’écrasait littéralement sur la Place du Quai et aux alentours de l’Hôtel du Gouvernement. »(3)
Des hourras et des vivats déchirent l’air port-louisien au moment où les très populaires George et Mary posent les pieds sur le sol mauricien. Une salve de canons est tirée du Fort Adélaïde (la Citadelle), puis les visiteurs sont accueillis par le Gouverneur Sir Charles Bruce et retentit le God Save The King. Le convoi princier se dirige ensuite vers l’Hôtel du Gouvernement.
A son entrée à l’Hôtel du Gouvernement le 5 août, le duc élève le chef-juge Victor Delafaye à la dignité de Chevalier. (4) Puis différents corps constitués (les corps religieux, la Chambre d’Agriculture, le Commerce & Agents, les artisans du gouvernement, les représentants des différentes communautés de l’île, y compris les citoyens d’origine indienne, et la Loge des Francs-Maçons) se sont adressés au couple royal.(2)
Reconnaissant au peuple mauricien pour loyauté à la Couronne britannique
Dans sa réponse aux différents intervenants, le duc les remercie pour leur accueil et fait part de sa joie pour la loyauté et l’attachement du peuple mauricien à son père, le roi Edouard VII, poursuivant en ces termes: « I note with especial satisfaction, from the addresses of those non European Communities, who have made their home among you that they are living in contentment under the rule of their King Emperor in Mauritius. We have looked forward with keen interest to visiting your beautiful island, rich in its honourable traditions, in the history of literature and statesmanship; proud of its association with Naval achievements that shed equal glory on England and France… I fervently trust that under divine providence the people of Mauritius may ever remain a united, loyal and prosperous community. »(Idem)
Après cela les invités royaux participent à la pose de la première pierre du piédestal où sera érigée la statue de la reine Victoria dans cour d’honneur de l’Hôtel du Gouvernement. La statue sera reçue d’Italie en avril 1902 et dévoilée le 9 août. (5) La cérémonie de la pose de la première pierre est suivie du défilé de milliers d’écoliers devant le couple ducal, chaque enfant déposant aux pieds de la duchesse un petit bouquet. Les écoliers sont suivis des défilés composés d’artisans de Port-Louis, et de membres des communautés indienne et chinoise de l’île. Le duc et la duchesse se dirigent ensuite vers le Champ de Mars en passant par la rue Pope Hennessy. Des deux côtés de la rue se tiennent les soldats de la « 18th Bengal Infantry » et de la « 27th Madras Infantry ».
Le couple royal et leur suite se dirigent vers la Gare Centrale où un train spécial les emmènera à Réduit. 
Fêtés avec le même enthousiasme à la campagne
Après la tournée royale à Port-Louis, les distingués visiteurs mettent le cap sur la campagne où l’accueil leur sera aussi chaleureux : « Les autres fêtes qui signalèrent la visite ducale se déroulèrent dans les districts ruraux de la colonie que les hôtes princiers visitèrent presque tous et où ils reçurent un accueil non moins enthousiaste que dans la capitale. »(3)
Le 6 août le couple royal est « present at the boat-races held in their honour at Mahebourg ». (2) A cette occasion, M. de Coriolis prononce un discours où l’éloquence ne fait pas défaut : « Vainqueurs, les Anglais le sont encore, puisque après avoir fait flotter leur pavillon sur cette île, ils ont conquis nos coeurs par leur esprit de tolérance et de justice et qu’ils récoltent aujourd’hui le bénéfice de leur sage politique par l’imposante et enthousiaste manifestation qui a prouvé à vos hôtes royaux notre affectueuse loyauté et notre dévouement à l’Angleterre. » (Idem)
Ce jour-là, le couple princier déjeune avec le chef de gare Ricard Laventure à la gare ferroviaire de Rose-Belle. (6) En prenant congé de son hôte, le prince offre en cadeau un couvert destiné à la famille et un presse-papier à l’usage personnel du chef de gare.
Partie de chasse à Plaine Raoul et lunch à Mare-aux-Vacoas
Le 7 août le duc est invité à une partie de chasse. « Une partie de chasse aux cerfs, bien dans la tradition mauricienne, fut organisée en l’honneur du duc le 7 août à la Plaine Raoul, Mare-aux-Vacoas. »(7) Le duc est accompagné sur le terrain de chasse par Léopold et Ernest Antelme. « Ce sont mes frères aînés Léopold et Ernest qui furent chargés d’accompagner Son Altesse Royale à la Plaine Raoul, pour y faire un ‘stalking' ». (8)  Puis le duc est reçu pour un lunch. « Le lunch a eu lieu dans la splendide salle verte qui avait été construite pour recevoir 500 personnes au bord du chemin d’où l’on domine la Mare aux Vacoas et qui ne contenait que mes oncles, mes cousins et moi-même et quelques personnes de la suite de Son Altesse ».(9) Après le lunch, nouvelle partie de chasse. « On a donné ensuite une petite battue à la Plaine Bonnefin où 10 ou 12 pièces ont été tuées en quelques minutes. »(Idem)
Un autre compte rendu de la chasse en question, sous le titre « Chasses et pêches de l’Ile Maurice », signé Joseph Huron, signale que, « Son Altesse Royale ne put tirer qu’un seul cerf ». (Idem) Un texte de Stanilas Pelte sous le titre « Le Cerf et sa chasse » signale « la tête record »du cerf abattu par le duc, laquelle a 37 pouces anglais de long, 16 pouces d’évasement de pointe en pointe, 17 à sa plus grande largeur, trios pointes de chaque côté et 5 3/8 pouces de circonférence au point le plus épais ».(Idem) Joseph Huron a enrichi le compte rendu de la partie de chasse royale de ces deux anecdotes qui mettent en relief la sensibilité du couple ducal: « Cependant, après le ‘lunch’, une petite battue régulière ayant été organisée, une multitude de cerfs défila devant le duc, émerveillé. Il attendait qu’un beau cerf se présentât pour tirer. Mais on ne vit que des trois-cornichons au milieu d’un immense troupeau de biches. Le duc s’abstint de faire feu.
Un faon pris à cette battue fut offert à la duchesse, qui en était tellement enchantée qu’elle garda la charmante petite bête dans sa chambre. Le lendemain, son altesse l’envoya à bord de L’OPHIR où le gracieux petit animal ne vécut que quelques jours, hélas! Ce fut un deuil général à bord du vaisseau… » (Idem)
Il est notable que des variations apparaissent quant au lieu de rendez-vous pour la partie de chasse. Ainsi, dans les invitations adressées à Raphaël Hardy et L. de Chasteauneuf, on donne rendez-vous à la Plaine Sophie. Or, dans une carte d’invitation reproduite ailleurs (8), on donne rendez-vous à la Plaine Bonnefin (Fontaine de Buguth). Dans le même souffle, signalons que divers auteurs utilisent différents noms de lieu pour indiquer où la partie de chasse royale s’est déroulée — Plaine Raoul (Nagapen), Plaine Raoul, Duquillot et Bonnefin (Alfred Montocchio), Plaine Sophie (cartes d’invitation à Chasteauneuf & Hardy). Toutefois, il n’y a là rien d’inexact puisque ces terrains de chasse se côtoient et se confondent dans la région de Mare-aux-Vacoas.
Réception à Moka et cérémonie d’investiture à Réduit
Le même jour, les visiteurs royaux se rendent à l’établissement sucrier d’Alma « appartenant à la famille Leclézio, avant d’être accueillis à une réception à Eureka, Moka ». (7) Il est écrit, à propos de Sir Henry Leclézio qui a été l’hôte du couple ducal à Alma, qu’à son tour, il « fut l’hôte de Sa Majesté le Roi George V au palais de Buckingham et…recevait dans sa demeure seigneuriale à Moka princes et princesses de l’Empire… » (10) L’accueil inédit que lui fait le roi date de 1924 lorsqu’il est fait Chevalier (K.C.M.G.). En règle générale, le roi se sépare du décoré aussitôt la cérémonie protocolaire terminée. 
L’anecdote veut que durant la visite ducale à Alma, les demoiselles Desveaux de Marigny ont offert un bouquet de violettes à la duchesse. 
De retour à Réduit, le duc d’York préside une cérémonie d’investiture au cours de laquelle le gouverneur Sir Charles Bruce est élevé à la dignité de Grand-croix de l’ordre de Saint Michel et de St.Georges, et Dr Edwards et M.P.E. de Chazal sont faits C.M.G.
L’hommage de Léoville L’Homme au départ du couple royal
Le 8 août, le couple princier prend congé des Mauriciens après avoir donné un banquet à bord de l’Ophir. Mais plus tôt ce jour-là, comme c’est dans la tradition royale, le duc et la duchesse auront rendu une visite à une institution charitable. L’institution port-louisienne qui a cette faveur est « le Couvent de la Montagne, dirigé par les Soeurs de Bon Secours ». (3) Quelques décennies plus tôt, l’oncle du duc d’York, le Prince Alfred, duc d’Edimbourg, avait visité cette maison hospitalière fondée par Mère Marie-Augustine. Par la suite, la reine Victoria avait décerné une médaille d’or à l’institut de Mère Marie-Augustine. (11)   
Léoville L’Homme, écrivant sous le pseudonyme de Léon Lauret, rend un vibrant hommage au couple royal. Il verse dans le lyrisme lorsqu’il écrit sur la duchesse: « La Duchesse a conquis les coeurs par sa grâce et par sa charité. Aux gens du monde qui se sont pressés autour d’elle dans les réceptions, il lui a suffi d’adresser un mot ou un sourire pour faire des heureux. Aux pauvres, aux malades, aux déshérités du monde, qu’elle n’a pas voulu oublier, sa charité a versé le baume souverain qui apaise les colères, fait oublier les injustices du sort, et mène doucement à croire qu’après tout, le monde n’est pas si méchant qu’on a coutume de le dire. » (2)