Au début du 19 ème siècle, un Premier ministre cinghalais (du Ceylan devenu par la suite Sri-Lanka) avec succès, collabora avec les colonisateurs anglais et aida à détrôner son propre roi. Comme récompense, les Britanniques… l’emprisonna et l’envoya en exil à Maurice. Il ne devait jamais retourner dans son pays natal et mourut à Maurice, à Pamplemousses, de dysenterie.
Ce Premier ministre, dénommé Ehelepola, fut accusé dans son pays d’avoir comploté… contre l’empire britannique. Le 3 mars 1818, Ehelepola fut arrêté avec plusieurs chefs cinghalais et emprisonné à Colombo jusqu’à 1825 avant d’être tous transférés à Maurice. Selon Lady Bartham, qui l’avait connu à Maurice, Ehelepola, était « un être gentil et simple, de teint cuivré, n’avait absolument pas la physionomie de quelqu’un qui pouvait comploter en vue de provoquer des troubles politiques ». Lady Bartham le décrivit comme une personne inoffensive et aimant les enfants. Il était, en fait, un prisonnier très spécial, Il était libre de ses mouvements et résidait au Moulin-à-Poudre, aux Pamplemousses, dans un magnifique cottage où il jouissait d’une vie de prince.
Ehelepola naquit en 1773 dans le royaume de Kandy, une monarchie indépendante et importante du Sri-Lanka située dans la partie centrale et orientale de l’île. Au début du 19ème siècle, le roi tyrannique Sri Vikrama Rajasinha, qui régnait sur ce territoire, avait droit de vie et de mort sur ses sujets. D’une cruauté sans pareille, ce roi n’était que trop conscient que ses propres sujets pouvaient à n’importe quel moment le renverser. Et pour se protéger, il eut soin de s’entourer de mercenaires malais et telegous.
Sporadiquement Sri Vikrama Rajasinha combattait les Anglais. En 1811, il nomma Ehelepola « Premier Adigar », l’équivalent d’un Premier ministre. Cette nomination déplut énormément au second « Adigar », du nom de Molligoda. Ce dernier fit tout pour obtenir la chute de notre « prince », qui alors gouvernait le district de Sabarangamuwa, de la province de Kandy.
Des allégations de malversations dans l’administration parvinrent aux oreilles du roi. Certains historiens cinghalais affirment que c’est Molligoda, jaloux d’Ehelepola, qui manoevra contre ce dernier, l’accusant de dilapider les fonds publics. Le roi somma Ehelepola de se présenter devant lui à Kandy, la capitale, pour donner sa version des faits. Craignant de tomber dans un piège, le Premier ministre envoya à sa place… sa femme, ses deux fils et sa propre soeur pour plaider sa cause croyant pouvoir par ainsi apaiser la colère royale. Le roi en fut rendu furieux et avec la barbarie dont il était capable, le cruel Rajasinha fit décapiter les deux enfants devant les deux femmes. Ensuite, il ordonna à la mère de broyer les têtes des deux enfants dans un mortier. Pour s’y prendre, il fit attacher les mains de la femme au pilon, et un homme prenant chaque main fit le mouvement de haut et en bas, jusqu’à la fin de cette horrible besogne. Puis le roi sanguinaire fit noyer les deux malheureuses.
Cette atrocité bouleversa la population, qui se souleva contre le roi. Le 14 février 1815, Ehelepola aida les Anglais à en finir avec le roi Rajasinha, Capturé, celui-ci ainsi que tous les dignitaires de sa dynastie furent exilés au fort Vellore, dans le sud de l’Inde. Ehelepola croyait fermement, lui, que les colonisateurs allaient le placer sur le trône vacant. C’était très mal connaître la perfidie british, dont les premiers collabos sont toujours les premiers à souffrir !