This photo taken on February 11, 2020 shows Legal Clinic Myanmar director Hla Hla Yee posing at the Gender Equality Network office in Yangon. - Officially, rape hardly happens in Myanmar and domestic abuse is non-existent. The reality? Violence against women is so pervasive it is regarded as normal -- and as a result -- woefully underreported, says lawyer and activist Hla Hla Yee. (Photo by SHWE PAW MYA TIN / AFP) / TO GO WITH Women-activism-Myanmar-violence-justice,INTERVIEW by Su Myat MON

En Birmanie, les viols sont rares et les violences conjugales inexistantes, selon les autorités. La réalité ? Les maltraitances visant les femmes sont si ancrées qu’elles restent tolérées et largement sous-estimées, déplore l’avocate et activiste Hla Hla Yee.

Robe traditionnelle blanche, chignon serré et regard sombre, Hla Hla Yee parle avec assurance. A 38 ans, l’avocate s’implique depuis plus de dix ans pour la cause des femmes de son pays, gouverné pendant des dizaines d’années par des dictatures militaires dominées par les hommes.

En 2011 elle a fondé avec une dizaine d’amis juristes une association pour assister juridiquement les plus vulnérables, à commencer par les femmes.

« Je voulais que les femmes se sentent plus fortes et pour cela il fallait qu’elles connaissent leurs droits », explique-t-elle.

En Birmanie, le plus vaste pays d’Asie du sud-est, qui compte 55 millions d’habitants, « la violence domestique est encore une affaire de famille. Même quand une plainte est déposée, la police ne fait rien », tempête Hla Hla Yee, directrice de l’ONG Legal Clinic Myanmar (Consultations juridiques Birmanie).

Au moins une femme sur cinq est maltraitée par son partenaire, d’après une étude officielle de 2016.

Et de plus en plus de viols sont rapportés, notamment visant des enfants, relève Hla Hla Yee.

En 2017, les statistiques officielles faisaient état de 1.405 viols, contre 1.110 en 2016, une hausse qui peut aussi être liée à une prise de conscience.

Mais les chiffres sont sans doute encore très largement en-dessous de la réalité.

– Victimes ostracisées –

La Birmanie s’est pourtant engagée de longue date à promouvoir et défendre les droits des femmes.

Et l’arrivée au pouvoir d’un nouveau gouvernement issu des élections libres organisées en 2015, avec à sa tête la dirigeante Aung San Suu Kyi, avait éveillé de nombreux espoirs.

Mais la société birmane demeure profondément marquée par le patriarcat et ne parvient pas à rattraper son retard.

Il n’y a toujours pas de loi spécifique contre la violence domestique et le viol conjugal n’est passible que de deux ans de prison.

Quant au viol hors mariage, il est puni de 20 ans d’emprisonnement, ou de la prison à vie quand la victime a moins de douze ans. Cependant, « les auteurs purgent très rarement des peines complètes », voire échappent à la justice, un accord étant souvent conclu avec la famille sans même consulter la victime, regrette Hla Hla Yee.

Dans les rares cas où l’agresseur est reconnu coupable, les jeunes femmes sont systématiquement ostracisées, ajoute-t-elle.

En 2019, le viol d’une fillette de deux ans a provoqué un tollé dans le pays, et des milliers de personnes ont manifesté pour réclamer aux autorités de faire toute la lumière sur cette affaire. En vain.

– Agressions sexuelles « systématiques » –

En Birmanie, le viol est aussi utilisé comme arme de guerre.

L’ONG Human Rights Watch a dénoncé en 2017 les agressions sexuelles « systématiques » commises par des soldats birmans à l’encontre des femmes musulmanes de la minorité rohingya.

En 2017 le Haut commissariat des Nations unies pour les droits de l’Homme a aussi publié une enquête auprès de 204 réfugiés Rohingya ayant fui les violences. Selon l’enquête, 24% des femmes interrogées se disaient victimes de viol.

« Les femmes et les enfants sont en première concernant ces violences », soupire Hla Hla Yee.

Pour elle, défendre les plus vulnérables est une vocation qui remonte à l’enfance. La jeune femme, benjamine d’une famille d’agriculteurs de neuf enfants, est née dans l’Etat de Rakhine (ouest), l’un des plus pauvres du pays, en proie à des tensions ethniques et religieuses.

J’ai été très tôt « confrontée à l’injustice », explique-t-elle.

Surveillée par ses collègues masculins, menacée par les autorités, elle a réalisé qu’elle « ne pouvait agir seule, il fallait une équipe ».

Moins de dix ans après sa création, son ONG compte 10 succursales dans le pays et plus de 70 employés, les femmes occupant la majorité des postes à responsabilité.

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