« Les captifs et les aveugles à qui Jésus veut apporter la Bonne Nouvelle sont aussi ceux et celles qui sont attachés à l’argent, fascinés par son pouvoir trompeur ». C’étaient là les propos du cardinal Maurice Piat, à l’occasion de la messe du jeudi saint la semaine dernière à la Cathédrale Saint Louis. Il faisait référence, particulièrement, à ceux qui « sont prêts à accepter toutes les compromissions, à tremper dans la petite ou la grande corruption, à exploiter leurs frères et soeurs rien que pour gagner un peu plus d’argent ». Ce qui l’a amené à dire qu’« on peut être riche financièrement, mais bien pauvre humainement si l’on devient esclave de l’argent ».
Pour cette traditionnelle messe au courant de la semaine sainte, le cardinal avait choisi d’axer son homélie sur la Bonne Nouvelle que Jésus apporte aux « pauvres que nous sommes ». Ces pauvres, pour le cardinal, sont des « captifs et des aveugles puisque la Bonne Nouvelle libère les captifs, rend la vue aux aveugles et rend la liberté aux opprimés ». Pour Maurice Piat, « pour être francs, nous devons reconnaître que nous nous retrouvons tous quelque part parmi cette multitude de pauvres à qui Jésus veut apporter sa Bonne Nouvelle qui guérit de notre aveuglement et nous délivre de nos chaînes ».
Il devait ainsi faire allusion aux personnes accablées par des problèmes relatifs à la santé, la famille, le travail et les relations entre voisins. Le cardinal a aussi fait allusion à ceux qui « se sont laissés prendre dans les filets de la drogue, de l’alcool, des jeux de hasard, par curiosité peut-être ou parce qu’ils n’arrivaient plus à assumer une faiblesse, une souffrance et cherchaient une échappatoire ». Il s’est par ailleurs attristé de l’effet de la pornographie sur les jeunes et moins jeunes qui « comme une drogue rend aveugle sur la vraie beauté de l’amour humain ».
D’autre part, les pauvres à qui Jésus veut apporter la Bonne Nouvelle, selon le cardinal, ce sont aussi « ceux qui sont rejetés par la société parce qu’ils sont pauvres ou n’ont pas beaucoup d’éducation, parce que leur famille s’est brisée, qu’ils ont fait un séjour en prison ou sont porteurs du VIH/sida, parce qu’ils ont des enfants toxicomanes ou alcooliques. Souvent les mamans assument seules l’éducation des enfants et vivent dans une grande solitude, exposées à toute sorte d’exploitation ; elles se sentent comme enfermées dans une voie sans issue et ne peuvent plus voir la lumière au bout du tunnel ». De plus, outre les rejetés, il y a aussi ceux qui rejettent des personnes. « Aveuglés par des préjugés sociaux, ethniques, ou moraux, il y en a qui n’arrivent plus à voir la vraie valeur d’une personne humaine, ni à lui accorder le respect qu’elle mérite. Ils restent enfermés derrière leurs murs et paralysés par la peur, ils ne peuvent plus s’engager sur les ponts qui conduisent à de belles rencontres humaines, à un partage fraternel entre personnes de culture ou de milieu social différents ».
La Bonne Nouvelle que Jésus nous apporte, selon le cardinal Piat, c’est « la miséricorde que Dieu offre gratuitement aux pauvres que nous sommes. C’est une miséricorde que Jésus exprime humblement au travers d’un geste de serviteur au dernier repas, à travers le soutien et l’encouragement fraternel accordé aux disciples dans le jardin de Gethsémani, à travers un regard posé doucement sur celui qui l’a renié et finalement par cette manière de se décentrer de lui-même au milieu de ses souffrances pour nous livrer des paroles de pardon et d’espérance ». Cette miséricorde, ajoute-t-il, « nous guérit de nos aveuglements et nous libère de ce qui nous rendait captifs ». Il devait inviter la société à témoigner à l’instar de Jésus de « la miséricorde par des gestes et des paroles simples qui sont à la portée de tous et que tous peuvent comprendre, par exemple, une main tendue à quelqu’un qui est dans le besoin, un partage, une amitié avec quelqu’un qui se sent rejeté, une manière d’accueillir avec douceur, de donner de son temps à quelqu’un qui me demande de l’écouter, une parole d’espérance devant la rechute d’une personne que nous accompagnons, une patience devant la lenteur de certains cheminements, un sourire, une tendresse, une proximité ».