Ma chère Dominique,

Depuis ce mardi matin où Firoz nous a quittés, les souvenirs se bousculent dans ma tête. Je suis désolée d’être arrivée cinq minutes trop tard à l’hôpital, la faucheuse était déjà passée par là.

Je pense à notre jeunesse insouciante, dans les années 70 quand nous nous retrouvions chaque week-end chez les Venkatasamy, à Rose-Hill. Comme le dit si bien Maxime Le Forestier, dans cette maison traditionnelle « peuplée de cheveux longs… et de musique », on refaisait le monde avec Ismet, Firoz, « L’Amour », votre beau-frère, ses frères et Claude, bien sûr. J’ai pu rappeler ces moments-là à Firoz quand je l’ai vu récemment pour le vernissage de l’exposition « Lambrequins » à laquelle participe Ismet. À cette époque-là, les deux frères étaient des piliers de la route Royale, à Rose Hill. Nous avions aussi parfois « cassé une pause » avec eux.

Ensuite, je me suis lancée en politique. Peu de gens savent que Firoz avait aussi posé sa candidature au Comité central du MMM en 1975. Cette même année, les deux frères ont participé activement à l’exposition sur les droits des femmes à la salle des fêtes de la mairie de Quatre-Bornes. Ismet, en particulier, avait réalisé des planches de bandes dessinées très parlantes. Des hommes féministes avant l’heure !

En mai 1975, Firoz a été arrêté pendant la grève des étudiants. J’ai été son avocate, conseillée par feu Kader Bhayat, et il a été acquitté. Mais en 1981, il a été de nouveau arrêté en vertu de la Public Order Act pour avoir manifesté contre le chômage et cette fois, il a fait de la prison.

Plus tard, nos chemins ont continué à se croiser avec toi aussi. J’ai été très active comme élue dans ce même Rose-Hill de notre jeunesse et Firoz avait ce regard critique et ses prises de position souvent très éloignées des miennes. Ce qui n’a jamais entamé notre amitié.

Ensuite il y a eu la période parisienne. Pendant que j’étais en poste là-bas comme ambassadeur, il a une fois de plus été là. En 1993, pour la grande exposition des œuvres de 50 artistes mauriciens au Grand Palais dans le cadre du Salon de Mai, Pierre Argo a certes été d’un grand soutien, mais la collaboration de Firoz a été précieuse. Cette année-là, j’ai choisi une de ses peintures de Tifrer aux couleurs du drapeau mauricien pour ma carte de vœux à la Francophonie – t’en souviens-tu ? Une autre de cette série s’est ensuite retrouvée dans le bureau du Premier ministre au bâtiment du Trésor.

Beaucoup de souvenirs reviennent, chère Dominique. Ils remplissent nos vies. Il nous reste aussi ses tableaux, ses écrits. Personnellement, j’ai son tableau LIBERTE dans ma véranda. Cela résume ce que nous avions en commun, lui de manière plus exacerbée.

Mes pensées les plus positives t’accompagnent en cette période de deuil. Mes sincères condoléances à toute la famille Ghanty.

SHIRIN AUMEERUDDY-CZIFFRA