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Le Vicomte des gueux

Le 24 mars dernier, Khemraj Ramdeehul quittait pour toujours son village de Triolet, à l’âge de 97 ans. Ceux qui ont côtoyé ce grand travailleur social espéraient secrètement fêter ses 100 ans en grande pompe. Mais après les bonnes choses terrestres, le ciel avait sûrement besoin d’une si belle âme pour perpétuer la liste des grands tribuns qui y sont. D’ailleurs, dès ses premiers pas à l’école, il avait retenu cette maxime : « DIEU EST BON ET IL N’Y A QU’UN SEUL DIEU. »

Khemraj Ramdeehul

Fils de Jadoo et Dawokee Seegobin, Khemraj naît le 15 mars 1921. Il était le seul fils d’une famille de six enfants. Après ses études primaires, entre 1925 et 1930 à la Maheswarnath Govt School, il continua sa scolarité à la Rose-Belle Boys Govt School. En 1935, il devint un pensionnaire du couvent Gayasing, tout en étudiant à la Western Suburb Govt School. Il sortit 29e au niveau national. Ce qui lui permit de compléter ses études secondaires au collège New Eton en 1937. Avec la bourse et la réussite aux examens, il se joignit en 1938 à l’équipe du Mauritius Pharmacy, à Curepipe, et travailla sous la férule de son oncle Kumar Seegobin. Ce dernier devait plus tard devenir une source d’inspiration pour Naveen, l’aîné de Khemraj. Naveen est un des rares Mauriciens à exercer comme pharmacien en Grande-Bretagne ; il est également devenu Consul honoraire mauricien, en Ecosse. Son frère Amal exerce, lui, comme médecin à Leeds.

Si ses deux fils ont émulé leur oncle, Khemraj choisit d’opter pour d’autres filières professionnelles. Délaissant la médecine, il s’orienta vers l’enseignement en 1940, et pratiqua comme enseignant jusqu’en 1950. Après son mariage avec Anjanee en 1952, il allait opérer pendant huit ans au service de réhabilitation des jeunes délinquants. Son amour pour le social naquit au contact de ces êtres de la marge. Il obtint d’ailleurs une bourse pour approfondir ses études sur le sujet. Et mit le cap sur la Grande-Bretagne, à l’université de Swansea, de 1955 à 1966. De retour au pays la même année, il fut promu Social Welfare Supervisor. Poste qui lui permit d’arpenter les moindres recoins du pays. Khemraj se joignit ensuite au ministère du Plan, en 1972, l’année même où son fils Naveen embarquait pour l’Ecosse, qui deviendra la deuxième patrie de son fils aîné.

Après un séjour professionnel à Hyderabad, en Inde, pour un cours sur les petites et moyennes entreprises, le patriarche devint, en 1978, l’adjoint au directeur du Sugar Industry Labour Welfare Fund. A sa retraite en 1980, il en était le directeur. Sa passion pour le social le mena jusqu’aux présidences du Senior Citizen Advisory Committee et du Mauritius Prison Correctional Youth Centre. L’Etat lui décerna le MBE en 1988.
S’il a parcouru le monde aux côtés d’Anjanee, Khemraj avait une préférence pour Edinbourg, où il retrouvait ses petits-enfants Akshaye et Anishka, les enfants de Naveen. Mais il faisait aussi un saut à Harrogate pour retrouver Amal, son épouse Mary, et leurs deux enfants.

S’il faudrait un livre pour baliser le formidable parcours terrestre de ce grand tribun, il convient de souligner, en quelques mots, qu’il a profondément marqué Triolet. Il est un des membres-fondateurs du conseil du village en 1946. Et le servit jusqu’en 1962. Il était souvent sollicité pour des causeries à l’université de Maurice, dans les centres sociaux, les clubs de jeunesse, les collèges et les prisons. Son sens du social lui permit également de siéger au conseil d’administration de la Mauritius Broadcasting Corporation, de devenir le vice-président du board du Mauritius Film Censors. Triolet lui décerna une médaille, en septembre 1996. Imbu de spiritualité, il s’était joint aux Brahma Kumaris et était fier de dire : « I am thankful to God, the Almighty Authority, the Most Beloved Father of Humanity, for having selected me to be a permanent student of the Brahma Kumaris World Spiritual University ».