Hervé Masson aurait célébré ses cent ans le 17 janvier 2019. Artiste ayant produit plus de 2,000 tableaux, auteur de plusieurs ouvrages, dont le Dictionnaire Initiatique, poète occasionnel, chroniqueur de journal pendant de nombreuses années, père de famille ou encore politicien engagé : autant dire qu’il a été et restera un personnage complexe et unique en son genre.

Hervé Masson a été un Mauricien doté d’un vrai génie. Lorsque l’on parle de Masson, si c’est toujours le peintre qui semble émerger, son talent d’avoir pu et su concilier l’art, les lettres et la politique d’une si belle manière ne peut être occulté. L’homme, son inséparable pipe à la main, a été décrit par Firoz Ghanty comme “petit et gigantesque, calme et puissant”, dans un entretien réalisé à Paris en 1986 mais qu’il décide de publier pour la première fois dans les colonnes du Week-End en 1998, huit ans après la mort d’Hervé Masson.

Vocation artistique.

C’est le 17 janvier 1919 qu’Hervé Masson (Sr) voit le jour à Eau Coulée. Il est issu d’une famille d’origine française établie Maurice. Ses frères Loys et André sont écrivains tandis que Lucien est sculpteur. Hervé commence à dessiner et signer ses œuvres vers l’âge de 5 ans, puisque telle est la vocation artistique qu’a choisie sa mère.

Vers ses 15 ans, Hervé devient aide comptable à la municipalité de Curepipe. Très tôt, il se passionne pour de nouvelles expressions et évolue dans un groupe d’écrivains mauriciens où l’on retrouve Henri Dalais, Malcolm de Chazal et Marcel Cabon. Il se lie d’amitié avec un groupe de peintres, dont Andrée Poilly, Thomy Mayer et Serge Constantin.

Les années 40 seront marquées par sa rencontre avec Sybille de Robillard, qu’il épouse et par sa période de grandes lectures sur l’hypnotisme et l’occultisme. En 1942, l’artiste, totalement entré dans l’univers plastique, tient sa première exposition, qui n’attire que trois visiteurs. Il quitte Maurice pour la France en 1949 et s’établit à Recloses, avant de tenter le coup en exposant à Paris, plus précisément à la galerie Mirador, à la galerie de La Boétie, chez Bruno Bassano, entre autres, mais toujours sans succès. Hervé Masson devient alors journaliste pour gagner sa vie, écrivant des articles pour des journaux à Maurice et des contes sous pseudonyme.

Conseiller du gouvernement.

Ce n’est finalement qu’en 1957 qu’Hervé Masson reçoit enfin la reconnaissance en obtenant un contrat auprès de la galerie Berrnheim-Jeune-Dauberville, qui précède d’autres contrats avec Alberto Cernuschi, propriétaire d’une galerie à Paris et une autre à New-York. Cela ne l’empêche pas de ranger sa plume puisqu’il continue à écrire une série d’articles entre 1964 et 1967 dans l’express à Maurice. Il revient au pays natal en 1970 pour devenir conseiller artistique du gouvernement. Hervé Masson veut faire de la politique et il sera démis de ses fonctions à cause de ses positions trop radicales.

Un an plus tard, il est incarcéré, de février à décembre 1972. Il quitte Maurice en 1974 pour retrouver sa famille en France. Il revient pour un dernier long séjour à l’occasion des élections de 1976, jusqu’en septembre 1977. Sa dernière visite à Maurice, avant son décès en 1990, est liée au vingtième anniversaire du MMM, auquel il a été convié comme invité de marque. Parallèlement, au cours de l’ultime et dernière période, de 1976 à son décès en 1990, Hervé Masson se livre à de nouveaux essais abstraits, puis entreprend de revisiter les œuvres de ses débuts, qu’il réinterprète dans des formats nouveaux. Une certaine tendance de cubisme qui consiste à décomposer les formes par la couleur.

Ses œuvres figurent dans les collections du musée d’art moderne de Paris, du musée de Sceaux, du musée de Fécamp, du musée d’Épinal, du musée de l’université de Montréal, entre autres. Hervé Masson disait de lui-même sur ses œuvres : “Je suis un orphiste, école de la beauté pure, de l’art classique pur. Je sacrifie tout à la beauté plastique, à l’harmonie plastique et de la forme et de la couleur.

Dans les archives

Serge Constantin : “C’est un nom marquant de la peinture mauricienne. Nous n’étions pas du même bord politique, mais l’amitié passait avant tout, l’art aussi. Hervé Masson savait – et il ne cessait de le répéter à Maurice – distinguer la peinture de la politique et celle-ci ne s’y retrouve pas du tout.”

Paul Bérenger : “Hervé a été un intellectuel puissant. Une perte irrémédiable.”

Bernard Lehembre, auteur de la biographie de Masson : “Je n’ai pas fait la biographie d’un homme mais celle d’une génération. Il meurt en 1990 d’une congestion cérébrale.”

Quand Masson était journaliste

“Non, je n’ai de haine pour personne. Pas plus pour les blancs que pour quiconque. Et si je combats le capitalisme, ce n’est pas par colère ou par rancune, c’est tout simplement par logique et par conviction.”

“Il y a la Constitution. Il y a la lettre de la Constitution, il y en a aussi l’esprit. Que l’on respecte la Constitution, c’est la moindre des choses; que l’on en observe la lettre, c’est juste. Mais qu’on en méprise l’esprit, c’est une forfaiture.”

“On n’est plus qu’à cinq jours des élections et le spectacle que donnent les partis politiques en vaut la peine. On se demande comment des hommes qui ont quand même acquis un statut national, qu’on était habitué à respecter, peuvent se laisser aller à de tels excès.”

(Extraits des archives du journal Le Militant)

Publications

Dictionnaire initiatique, 1970

Le Diable et la possession démoniaque, 1975

Implosions, poèmes, 1980

La Gnose une et multiple, 1982

Les Prophéties de Paracelse, 1982

Dictionnaire des hérésies dans l’Église catholique, 1985

“Post-scriptum pour un triple recueil”, préface au livre-double L’échelle sans barreaux ou l’Essentiel avec un grand A de Colette Cordou Gomy et Des Mots Dés d’Yves Gomy; Édition : La Maison Rhodanienne de Poésie, 1986

Préface au recueil de poèmes La déchirure d’Yves Gomy. Édition : La Maison Rhodanienne de Poésie, 1986

L’Homme-équateur, 1988 (ouvrage autobiographique, “testament intellectuel d’un initié franc-maçon et martiniste”, selon la note de l’éditeur)

Les Heures bleues du capricorne, souvenirs, 1988

Expositions

Galerie Mirador

Galerie de La Boétie chez Bruno Bassano

Galerie Bernheim-Jeune-Dauberville, de 1957 à 1968

Galerie Alberto Cernuschi à Paris et à New York

“Groupe des Amandiers”, Paris, Mairie du XXe arrondissement, exposition collective, 1964

Galerie des Mascareignes à Port-Louis, 1973

Calendrier d’événements

Le Centenaire Hervé Masson, organisé par Brigitte Masson, la fille de l’artiste, ayant pour but de montrer l’intellectuel hors-norme que fut cet homme, comprendra deux expositions thématiques conçues par les commissaires Bernard Lehembre et Barbara Luc, ainsi que des conférences et des ateliers pédagogiques.

Le coup d’envoi du Centenaire sera donné le 7 février à l’Institut Français de Maurice (IFM), avec une exposition intitulée “Histoire des Esclaves et des Coolies à l’Île Maurice”, une série de 30 dessins inédite et présentée pour la toute première au public, composée durant la détention de l’artiste en 1972.

C’est à la Galerie ICAIO à Port-Louis que se déroulera le deuxième temps fort du Centenaire Hervé Masson. Du 25 avril au 26 juillet, on pourra y découvrir “Hervé Masson, l’art du trait, puissance de la couleur”, une exposition d’œuvres graphiques, conçue par la commissaire Barbara Luc. Elle montre pour la première fois les œuvres sur papier du peintre.

Le Centenaire Hervé Masson fera aussi le lien avec la nouvelle génération d’artistes mauriciens. Evan Sohun, illustrateur, planche actuellement sur un livre d’illustrations inspiré d’Hervé Masson, qui paraîtra d’ici la fin de cette année.