ALIYA CHOJOO

Cela fait vingt ans en ce 21 février 2019 que Joseph Réginald Topize, populairement connu sous le nom de Kaya, nous quitta soudainement de manière  énigmatique. Ce fut un immense choc qui bouleversa les Mauriciens, qu’ils soient fans ou non, suite à sa disparition inexpliquée.

Pacifiste incompris pour certains, visionnaire pour d’autres, Kaya faisait appel à l’unité, la paix universelle et la tolérance à travers ses chansons. Son moyen de transmission, le seggae, une symbiose musicale entre le sega et le reggae, qu’il créa avec son groupe Racinetatane. Ce seggae est notre seul héritage de l’homme qui apporta de la nouveauté à notre culture et une lumière sur nos manières de penser.
Kaya criait un appel à la solidarité entre tous les Mauriciens et au partage les uns avec les autres. Par-dessus tout, il chantait l’amour, l’injustice, la misère et la paix. « Kouma pou fer pou nou ena lamour, bizin serse viv inpe dan lape. »

Est-ce que ses messages d’espoir et d’amour se sont fait entendre à l’époque ? Et qu’en est-il de Maurice aujourd’hui, vingt ans après ? Est-ce qu’aujourd’hui les leçons et morales de ce visionnaire ont été retenues ? Remarquons-nous un changement dans la vie de tous les jours ? De nos jours, nous sommes témoins de l’omniprésence du jugement des autres, l’oppression, certaines mentalités fermées, l’intolérance, le chacun-pour-soi et la liste continue. Kaya appelait la population à vivre en cohabitation pacifiste marquée par la paix et l’amour, sans accorder d’importance aux barrières et aux jugements que ce soit entre les différentes religions, les différentes communautés et ethnicités.

Maurice a toujours été marquée par une diversité culturelle importante et une cohabitation habituellement pacifique. Cependant, plusieurs tensions continuent de persister entre différents groupes sociaux et communautés aux aspirations différentes. Être différent est loin d’être une mauvaise chose, au contraire, c’est une force, un atout et tant mieux s’il y a de la diversité, cela apporte davantage aux échanges culturels ! Par contre, le problème arrive lorsqu’un groupe ou une communauté s’arroge un sentiment de supériorité parfois même de mépris envers les autres, initiant des préjugés dégradants. L’exemple des manifestations face à la Gay Pride de l’année dernière en est un parmi de nombreux autres. En effet, une des particularités à Maurice (malheureusement) est les palabres mais surtout comment x, y ou z mènent leurs vies. Cela acquiert plus d’importance que d’autres questions plus urgentes et fondamentales.

Nous devrions juger moins les autres et être plus dans l’acceptation de l’autre à l’exemple des chansons de Kaya. Il chantait la beauté de notre nation marquée par des disparités sociales qui devaient être davantage unies. Mais par-dessus tout, Kaya évoquait l’amour pour son prochain à l’opposé de la haine. « Tou nou lavi ti fini dan laenn, mo pe sant lamour pou nou gagn liberte ».
J’ai beau soulever des aspects négatifs de la société mauricienne qui ne demandent qu’à être corrigés, néanmoins, je suis consciente des aspects positifs de Maurice.

Je rejoins Kaya sur l’argument que nous sommes Mauriciens avant d’être autre chose et nous devons tous en être fiers, célébrer cette diversité extraordinaire, cette force, et se respecter les uns les autres. Alors oui, nous sommes Mauriciens, nous sommes qui nous sommes, non définis par la couleur de peau ou nos aspirations et croyances. Soyons fiers de nos si belles racines et notre histoire si riche. Être mauricien est un sentiment de reconnaissance et de chance ! Une chance extraordinaire d’être né et de grandir dans un si beau pays que l’on doit honorer davantage et prendre plus grand soin. L’héritage musical mauricien consolidé par Kaya survit jusqu’à maintenant, influençant beaucoup d’artistes et amateurs de musique mais également tout être sensible à ses paroles d’amour et de liberté ! Des paroles fortes et des valeurs que nous devons célébrer davantage !

« Nou tou bizin kontan nou kamouad 
Nou tou bizin kontan nou bann frer 

Nou tou bizin kontan nou bann ser 

 

Nou tou bizin bien kontan nou mem »