Avec le décès de Nelson Mandela, à 95 ans, annoncé hier soir par le président sud-africain Jacob Zuma, c’est un grand ami, considéré par beaucoup comme un saint homme, que perd Maurice. Nelson Mandela, fait prix Nobel de la paix en 1993 à Oslo, et premier président noir élu démocratiquement en 1994, aura été pour de nombreuses générations de Mauriciens un modèle de courage, de générosité et d’engagement pour la justice. Souvenirs des visites de ce grand homme à Maurice.
Par delà des océans, on suivait, des décennies durant, l’évolution de ce fils du sol sud-africain issu d’une famille noble dans sa lutte contre l’apartheid et pour la reconnaissance de la dignité humaine et de l’égalité pour tous dans la non-violence.
Nelson Mandela avait de nombreux sympathisants à Maurice et toute sa démarche dès sa sortie de prison de Robben Island, avec la fin de l’apartheid et durant la période de transition en Afrique du Sud, a été suivie pas à pas. Une des premières attentes a été qu’il effectue une visite à Maurice.
Les premiers propos par rapport à une visite officielle de Madiba à Maurice ont été publiés dans la presse locale à partir de février 1997. Toutefois, il a fallu attendre le sommet de la SADC organisé à Maurice en septembre 1998 pour que le président de la nouvelle Afrique du Sud libre foule le sol mauricien.
Une visite préparée à tous les niveaux à Maurice, même si son itinéraire n’avait pas été communiqué au public, rapportait alors la presse. La plupart des collectivités locales organisaient des activités pour marquer cette visite. Carnaval, animation culturelle, dévoilement de plaque commémorative ou érection de statue en son honneur, entre autres.
Cependant, en marge de cette première visite officielle, Luc Désiré Marie, le lord maire d’alors, devait dire sa déception parce que le président Mandela, en chemin pour la pose de la première pierre du Centre pour la culture africaine, connu aujourd’hui comme le Centre Nelson Mandela pour la culture africaine et créole à La Tour-Koenig, ne devait pas s’arrêter à la mairie de Port-Louis pour signer le livre d’or alors qu’il était « citoyen d’honneur de la ville de Port-Louis depuis 1986 ». C’est sous le mairat de Cassam Uteem que ce dernier avait présenté une motion en vue d’octroyer la citoyenneté d’honneur de la ville de Port-Louis au dirigeant de l’African national congress (ANC), qui était encore emprisonné dans le cadre de la lutte contre l’apartheid.
À Maurice le 10 septembre 1998
C’est dans l’après midi du 10 septembre 1998 que le président sud-africain, accompagné de son épouse Graça Machel, est arrivé à Maurice à bord d’un Falcon de l’armée de l’armée de l’air sud-africaine. Ils ont été accueillis par le Premier ministre d’alors Navin Ramgoolam et son épouse Veena Ramgoolam à l’aéroport Sir Seewoosagur Ramgoolam (SSR). Après une cérémonie protocolaire qui s’est déroulée sous la pluie, le couple présidentiel a gagné la voiture officielle mise à sa disposition. Auparavant, Mme Machel s’est fait remarquer en étreignant chaleureusement sa fille, qui elle faisait partie de la délégation mozambicaine en marge du sommet de la SADC. De nombreuses chaises restées vides, à cette occasion, devaient donner lieu à des commentaires.
Le président Mandela devait visiter le Jardin de Pamplemousses pour se recueillir sur le samadhi de SSR et ensuite, découvrir le talipot en fleur le lendemain matin. Il avait été accueilli ce matin-là dans le village par une haie d’honneur constituée d’écoliers de l’école primaire de la localité qui attendaient le passage du cortège présidentiel.
Le 11 septembre 1998, Madiba reçut le titre de Degree of Civil Law Honoris Causa de l’Université de Maurice. A l’occasion de son discours de circonstance, il s’est à quelques reprises écarté du texte officiel pour laisser parler son coeur. Il devait déclarer : « L’hypocrisie que nous trouvons dans le monde, en particulier dans les pays occidentaux, à l’effet qu’il n’y a pas de démocratie en Afrique, en Asie et en Amérique latine, demande à être dénoncée. Comment peut-on parler de démocratie à des populations qui vivotent dans la pauvreté, qui n’ont pas de maison, qui ne savent pas où elles trouveront le premier repas. C’est de l’hypocrisie ». Lors de cette intervention, il devait aussi louer le système de représentation communautaire dans toutes les sphères de la société : « As an individual looks at the institutions, being cabinet, parliament, he must be able to say that he’s represented in that institution. This is why I have so much respect for the Prime minister of Mauritius where each ethnic group is represented in government institution. We are encouraged by this very policy ».
« Jouer un rôle crucial dans le monde »
Mandela devait aussi se rendre à la Clarisse House ce jour-là pour la signature de deux accords entre l’Afrique du Sud et Maurice, l’un portant sur la culture et l’autre sur le sport et les loisirs.
Le président de la République Cassam Uteem devait lui octroyer la plus haute distinction de la République, Grand Commander of the Star and Key of the Indian Ocean. Le président Mandela avait affirmé à l’occasion de cette cérémonie : « Votre pays est petit de par sa taille et de par sa population, mais il a pu créer une nation arc-en-ciel et c’est un grand honneur pour moi de recevoir cette distinction. Cela ne fait aucune différence qu’un pays soit petit ou grand, car il peut jouer un rôle crucial dans le monde ». Une quarantaine d’enfants avaient fait le déplacement pour lui ce jour-là et il a tenu à rencontrer chacun d’entre eux pour une bise, faisant fi du programme protocolaire.
Dans la matinée du samedi 12 septembre, l’ancien prisonnier de Robben Island a procédé à la pose de la première pierre du centre culturel africain, qui a dû attendre plus d’une décennie pour ouvrir ses portes, soit le 20 février 2011. Le lendemain, il devait procéder à l’ouverture du Sommet des chefs d’États de la SADC, puis à sa fermeture peu après minuit.
A l’issue de cette visite officielle à Maurice, Nelson Mandela a participé à une conférence de presse aux côtés du Premier ministre Navin Ramgoolam. Répondant à une question sur la criminalité dans son pays, il devait déclarer : « Les crimes ont toujours existé en Afrique du sud, mais c’est maintenant que les Blancs sud-africains sont en train de vivre des expériences qu’ils n’ont jamais vécues dans le passé parce qu’ils étaient plus protégés que les Noirs et les Colored People ».
Après cette première visite officielle à Maurice, Madiba devait revenir à plusieurs reprises avec sa femme et d’autres membres de sa famille pour des vacances. Un honneur pour le directeur d’alors de l’hôtel St-Géran et son personnel d’accueillir une telle personnalité. Il a aussi transité par l’aéroport SSR à plusieurs reprises à l’occasion de visites effectuées en Asie.
Comparé à Mahatma Gandhi ou encore Martin Luther King, Mandela demeurera certainement vivant dans le coeur des hommes guidés par ses principes.