« Mo mama na pa plore, na pa sagrin souye to lizie, mo pe aler, premier coup fusil ki ou a tende ou a gayn nouvel ki mo fine mort, mo mama si mo fine mort mo ti a kontan ki mo mémoire met dan la foret… akoz bane ti zenne zen ki a passer zot a jete ene fler lor mwa… mo piti to pe aller pran kouraz kitfwa ene zour twa retourne… »
L’un des grands griots du Maurice, pour ne pas dire une bibliothèque pleine d’histoire d’instruments, vient de nous quitter. Marclaine Antoine, musicien, compositeur, arrangeur, défenseur du patrimoine culturel s’est éteint à 72 ans. Il était fier de la culture locale et ne ratait aucune occasion pour valoriser les instruments traditionnels.
Lorsque le séga fut inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, Marclaine avait exprimé sa fierté et le souhait que les jeunes musiciens mauriciens prennent la relève du séga tipik et qu’ « on enseigne aux jeunes ce qu’est le séga tipik d’un point de vue technique et historique… Nou fine gayn rekonesans me aster bizin kone kouma pou eksplwat li e relev sa defi le parski depi lontan bann zen inn kit sa sega la e zot pe galoup ver enn sega modern. Nou bizin kone kouma pou remet zot lor ray… » Marclaine Antoine fut aussi un musicien qui collectait les chansons du patrimoine. On se souvient de « Bel Bato », un morceau collecté à Rivière-des-Anguilles et réarrangé par le griot.
Avec Marclaine Antoine, le griot dépositaire, garant et gérant des coutumes et traditions ancestrales, c’est une page de l’histoire d’Afrique qui se tourne. C’est bien la culture de la diversité, et dans une certaine mesure, la préservation du patrimoine dont il a traité pour ne pas tomber dans de l’oubli progressif de cette histoire musicale spécifique à Maurice. Son dernier projet (depuis 10 ans) a été l’encadrement de l’Association des pratiquants du séga tipik. Marousia Bouvery du Groupe Abaim nous livre ce témoignage : « Marclaine ine dedie so lavi a lamik traditionel dan moris ek losean indien… depi tipti li ti guitariste bien vite li fine fer bane recherches lor sega tipik… » C’est ainsi que Marclaine Antoine a soutenu les recherches d’Abaim lorsqu’il a vu le travail de l’école pour ce qui est de la transmission du patrimoine oral dans la pratique.
Dans sa maison de Camp-Levieux trônent Zez, bobre, Makalapo, ravanne, jerricane et autres objets qui servaient à créer du son. On se souvient de cet entretien avec la chercheuse américaine Diana Heise lorsqu’il évoquait les instruments du séga typique souvent en marge de la scène musicale. « Séga so l’influens rythmique li vine de Madagascar, Saleg lamisik zoue par bane Malgaches… ». Il parlait de ce mélange d’instruments et de rythmes africains qui ont forgé un rythme unique à Maurice… Le conteur poursuivait : les débuts du séga, sa création à Maurice avec la calebasse comme caisse de résonance, un Zez, en malgache Jej… le bobre, héritage des Malgaches calebasse fixée sur un arc… le son provient de la calebasse… bobre, zez, makalapo : sa passion de la musique instrumentale était dévorante. A travers sa collection d’instruments, c’est une page de l’histoire de Maurice qu’il racontait.
Marclaine Antoine fut un passionné de musique dès son enfance. Il affectionnait en particulier les sonorités de la guitare. Ses voyages et rencontres avec d’autres griots ont fait de lui une des figures principales de la musique « Letan lontan » et un bel orateur lorsqu’il s’agissait de retracer l’évolution du séga à Maurice. Au fil des années, Marclaine Antoine n’avait rien perdu de sa verve. Les spectacles se transformaient en soirées d’anecdotes sur le séga typique, émaillées de sa voix rauque arrosée de rhum. Il pouvait alors remonter le cours du temps, raconter des histoires de « bis piknik » lorsque les Mauriciens allaient pique-niquer… tout au long du parcours « sega ti ape bate ».
Après avoir fait vibre le public, Marclaine sentait, peut-être, s’approcher la fin « Mo pa kone si dime mo pou ankor lamem, donk profite, vini… » lançait-il à l’audience. On gardera de Marclaine Antoine l’image du conteur, mais aussi du farouche défenseur du séga tipik. Il avait demandé aux autorités de fournir les moyens financiers pour la création d’une école de musique. On n’oubliera jamais que Marclaine Antoine s’est battu pour que Maurice ait ses chansons du patrimoine d’où son action pour défendre « Sega Belo » comme chanson du patrimoine. Marclaine était aussi dans l’action.