Me Guy Ollivry, Queen’s Counsel, avocat criminaliste et surtout remarquable constitutionnaliste et ancien politicien respecté, est décédé, mardi dernier, à son domicile, à Albion. Âgé de 82 ans, depuis plus d’une année, il était cloué au lit par une longue maladie. Ses funérailles ont eu lieu hier matin en l’église St-Jean en présence de nombreux proches, amis, membres du judiciaire et du barreau.
Avec le départ de Guy Ollivry, la société mauricienne perd indéniablement un vrai mousquetaire de la démocratie et des droits humains. En 1970, alors qu’une chape de plomb s’abattait sur le pays, imposée par une coalition entre les plus grandes formations politiques de l’époque, l’axe Parti travailliste-Comité d’Action Musulman et le Parti Mauricien Social Démocrate, l’homme avait choisi de quitter poste et privilèges de ministre du gouvernement pour rejoindre l’opposition dont il deviendra par la suite un des principaux meneurs pendant plus d’une vingtaine d’années, même en dehors du Parlement.
En décembre 1998, alors que le monde entier célébrait l’anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, la République de Maurice choisit de rendre un hommage particulier à cette Déclaration en faisant voter une loi portant sur la mise sur pied de la Commission nationale des droits de l’homme. Et, c’est de la manière suivante que Guy Ollivry choisit, lui, de saluer la démarche de Maurice : »Moi qui, depuis le début de ma carrière au barreau et en politique, ai été à l’avant-garde du combat pour le respects des droits humains, je salue cette initiative. Mais il ne suffit pas de rendre hommage. Il faut que la lutte soit une de tous les jours et de tous les instants, que chacun à son niveau, au travail et ailleurs, fasse en sorte que les droits sont respectés. De plus, ajouter la nouvelle génération de droits, que sont le droit au logement, à l’éducation, à la santé, à l’aide judiciaire, à la liberté d’expression, à la liberté de la presse et de l’information, etc. cela veut dire que si ces droits sont inscrits dans les Constitutions, les gouvernement sont tenus de respecter et d’agir en conséquence. Nous sommes donc à la veille d’une nouvelle croisade et Maurice doit en être le pays phare pour l’Afrique. »
Militant jusqu’au bout, il y a peu de temps, Guy Ollivry présidait encore la Commission pour la réforme des lois et, dans son dernier rapport toujours à l’étude par le gouvernement, il a recommandé des changements notamment en faveur des droits des couples vivant en union libre, en concubinage et de leurs enfants.
Un brillant parcours initial       
Guy Marie Joseph Emmanuel Ollivry naquit le 17 février 1933 à Quatre-Bornes. Il reçut son éducation primaire au Couvent de Lorette de la même ville. Élève brillant, il poursuivit ses études secondaires au collège St-Esprit. Il fut ensuite admis au Gray’s Inn, à Londres, et à la Faculté de Droit de Paris. Son diplôme d’avocat obtenu, il fut fait Associate of the London Institute of Taxation. Ses compétences en matière fiscale doublées de sa formation légale lui permettent d’accéder au poste de conseiller de la Compagnie Française des Pétroles (ancêtre du groupe Total). Entre 1962 et 1965, on retrouvera Guy Ollivry à Yaoundé comme conseiller constitutionnel attaché à la présidence de la République du Cameroun. À la fin de son contrat comme tel, il retourne à Maurice.
Entretemps, en 1963, soit l’année de l’entrée en fonction ici du gouvernement responsable – euphémisme pour l’autonomie interne -, la passion politique était vive. Guy Ollivry nous confia un jour que dès cette année-là, il faillit se jeter dans l’arène, encouragé par Jules Koenig, le leader du Parti Mauricien. Grand admirateur, à l’âge de 14-15 ans, le jeune Ollivry assistait déjà à des procès défendus par le grand avocat et à nombre de ses meetings. À la veille des élections de 1948, Guy Ollivry adressa une lettre à son idole l’invitant à tenir son dernier meeting de campagne à Quatre-Bornes. La lettre n’était pas signée et ce ne fut que bien longtemps après que Jules Koenig apprit l’identité de l’auteur. Selon ce que racontait Guy Ollivry, aux élections générales de 1963, la circonscription de Quatre-Bornes (n°35 à l’époque), alors solidement contrôlée par le Parti travailliste, lui avait été proposée, mais, affirmait-il, il préféra prendre son temps pour observer la société mauricienne et céda la place à Maurice Lesage.
Un pari gagnant contre Gaëtan Duval
Rentré définitivement au pays fin 1965, il exerça au Crown Law Office. Et ce sera lors d’un procès d’incendie en avril 1967 dans lequel il représentait la poursuite et Gaëtan Duval la défense que Guy Ollivry engagea un pari avec ce dernier. Il promit que s’il perdait il démissionnerait du Parquet et se porterait candidat sous la bannière du PMSD, mais à Rodrigues. Et ce fut exactement ce qui arriva. Passablement rancunier après que leurs chemins se furent séparés, le leader historique des bleus crut pouvoir diminuer les mérites de Guy Ollivry en racontant l’anecdote dans son livre publié en 1975 intitulé Une certaine idée de l’île Maurice. Pour Duval, il avait joué à « face tu perds, pile je gagne » et n’avait pris ainsi aucun risque. Jamais Guy Ollivry ne fut tenté de démentir l’anecdote. Au contraire, fidèle à la vérité, il le confirma dans une interview accordée à notre confrère Le Mauricien en 1997.
Contrairement aussi à ce que disait de lui Gaëtan Duval, de risques, Guy Ollivry en a pris beaucoup dans sa vie publique, y compris pour sa sécurité physique :
– D’abord en se retirant du PMSD, le parti de ses premières amours. Lors de l’implosion de ce parti fin 1969-début 1970 à cause de l’impopulaire coalition PTr-CAM-PMSD, il opta dans un premier temps d’entrer au gouvernement comme ministre du Plan afin, soutint-il, d’honorer des promesse de développements qu’il avait faites à ses mandants rodriguais, lesquels, à 98%, avaient fait de lui leur tout premier député. Toutefois, devant ce qu’il considéra comme une dangereuse dérive totalitaire, il abandonna son poste pour aller prêter main-forte à ses amis Lesage, Rivet, Fok Seung et autres qui, entretemps, avait fondé l’Union Démocratique Mauricienne.
Ce choix, il faillit le payer très cher quand, également maire de Curepipe, en allant à son bureau un matin, il se retrouva confronté à une manifestation d’employés municipaux mécontents menés par nul autre que par le charismatique Gaëtan Duval. Parmi, il y avait aussi des gros bras notoires qui semaient la terreur dans la ville. Ce jour-là, Guy Ollivry fit bien comprendre à qui de droit que « j’ai besoin de travailleurs à la municipalité et non de tapeurs ! » Dans la foulée, comme pour prouver que tout Curepipe était derrière lui, Guy Ollivry démissionna comme maire et, comme il y avait déjà trois sièges de conseillers vacants, des élections partielles municipales durent obligatoirement être organisées. Ollivry se porta candidat avec trois udémistes néophytes, mettant ainsi toute sa crédibilité en jeu. La victoire de son parti (symbole le flambeau) fut éclatante et marqua la première défaite du PMSD dans le fief de Duval !
De retentissants procès gagnés
Enhardis par cette performance historique et tenus à accomplir un devoir envers la nation qui était celui d’être un contre-pouvoir face à la dictature, Guy Ollivry et ses compagnons d’un côté, Sookdeo Bissoondoyal et ce qui restait de son IFB et Dev Virahsawmy joignirent leur force pour préserver, autant que cela pouvait, des valeurs démocratiques.
Cependant, malgré sa réputation de parti banque d’idées, malgré ses multiples combats, sa lutte constante pour une réforme électorale avec une bonne Représentation Proportionnelle, son intéressant programme (malheureusement jamais soutenu par d’autres forces) en faveur de la participation des travailleurs au capital, à la gestion et aux profits des entreprises, Guy Ollivry et ses compagnons durent finalement jeter l’éponge. L’UDM fut dissous en 1995.
Si Guy Ollivry n’a pas pu triompher comme il l’aurait tant souhaité, par contre, son succès aura été sans contestation, ou presque, dans sa vie professionnelle. Il a gagné de mémorables procès tant devant la justice mauricienne que britannique. Ses pairs au barreau l’appelaient « le champion du Privy Council ». On retiendra parmi ses retentissants procès gagnés devant les Lords :
– celui de Wong v/s l’État dans lequel Guy Olivry réussit à établir devant les Lords qu’un individu avait le droit constitutionnel de s’exprimer dans la langue de son choix devant n’importe quelle cour de justice ;
– celui de Memeo, un vieux navigateur sud-africain qui avait été accusé d’avoir tué deux de ses passagers et d’avoir jeté leurs cadavres à la mer ;
– celui de Goolam Rassool et Mukhtar Ali, deux passeurs de drogue indiens qui ont échappé à la peine capitale et à qui personne n’accordait la moindre de chance de s’en sortir.
Notre groupe de presse, Le Mauricien Ltée, doit également à Guy Ollivry d’avoir longtemps défendu son droit à la libre expression devant les tribunaux, la Cour suprême et même au Privy Council.
À Nicole, sa veuve, et ses enfants, Thierry, Guillaume et Aurélie, Week-End présente ses profondes sympathies.