Jean Giraud, alias Moebius, dessinateur et visionnaire, est décédé le 10 mars 2012, et c’est à un hommage unanime du monde de la culture, et plus particulièrement de la bande dessinée, que l’on a assisté.
Le monde de la bande dessinée a perdu l’un de ses géants, sinon « le » dernier des géants d’un certain âge d’or. Jean Giraud est parti le samedi 10 mars, à l’âge de 73 ans, des suites d’une longue maladie.
Dessinateur et scénariste, père entre autres du lieutenant Blueberry, il laisse derrière lui une oeuvre monumentale, marquée notamment par un trait d’une prodigieuse aisance et par une inclinaison assumée pour la dualité artistique. Ce n’est pas un hasard si Jean Giraud a mené toute sa carrière en signant avec deux pseudonymes : Gir, avec lequel il a dessiné la série western Blueberry dans une veine réaliste ; et Moebius, versant fantastique de sa personnalité, incarné à travers les personnages d’Arzach, de l’Incal ou encore du Major. La fausse désinvolture de son style a marqué plusieurs générations de dessinateurs qui voyaient en lui la référence ultime.
Jean Giraud est né le 8 mai 1938 à Nogent-sur-Marne (Val-de-Marne, France). Élève de l’École des arts appliqués de Paris, il publie ses premières bandes dessinées dès 1956 dans plusieurs publications pour la jeunesse : Fripounet et Marisette, Âmes Vaillantes ou encore Coeurs Vaillants. Au début des années 60, il rencontre Jijé, qui le recrute comme assistant sur un épisode de Jerry Spring. Peu de temps après, le scénariste Jean-Michel Charlier, s’en revenant d’un repérage dans le Nevada pour la série Buck Danny, cherche un dessinateur pour un western qu’il a en tête. Jijé décline l’offre, mais oriente Charlier vers Giraud. En 1963, sort Fort Navajo, la première histoire d’un lieutenant de l’armée américaine au nez cassé et au caractère trempé, Mike « Blueberry » Donovan.
Giraud s’invente très vite un double qu’il appelle Moebius – en référence au ruban du savant Möbius, symbole de l’infini – et avec lequel il va défricher des terres peu explorées dans la bande dessinée, aux confins du rêve et de la science-fiction. Le tournant de cette période est évidemment la création en 1975 du magazine Métal Hurlant, à laquelle il participe aux côtés de Jean-Pierre Dionnet, Philippe Druillet et Bernard Farkas. C’est alors la naissance du héros muet Arzach. « À l’époque, Métal Hurlant vivait constamment dans le danger de mourir », racontait encore Moebius. « Nous ne savions jamais si nous allions sortir le numéro suivant. La garantie de l’étonnement éditorial était notre propre étonnement. D’où ce personnage sans parole ni référence culturelle, que je faisais le soir après le boulot – après Blueberry, quoi. » C’était sa façon d’être provocant…