Le 19 avril 1966, quatre élèves du QEC et l’enseignant Serge Alfred ont péri noyés à Pomponette. Cinquante ans après, leurs familles se sont réunies pour la première fois sur cette plage pour leur rendre hommage. Elles regrettent toutefois l’absence d’un monument pouvant servir de lieu de mémoire à leurs proches disparus.
Certains parents sont venus de l’étranger. Des anciennes élèves du QEC, présentes au moment du drame, ont aussi fait le déplacement. Pour la première fois le 8 mai dernier, les proches des victimes du drame de Pomponette se sont réunis pour se recueillir sur cette plage du Sud. Jocelyne Pierre, dont la soeur Irène Venkatachellum figurait parmi les victimes, indique que jusqu’ici, les familles allaient rendre hommage à leurs proches chacune de leur côté. « Mais comme cette année marque le 50e anniversaire de ce drame, nous nous sommes organisés pour nous réunir en ce lieu », indique-t-elle.
Jocelyne Pierre exprime toutefois des regrets : « Il n’existe aucun monument portant les noms des disparus où nous pouvons nous recueillir. Nous avons fait une demande aux autorités, mais il semblerait que le terrain n’appartienne pas à l’État. Or, c’est important pour nous d’avoir un lieu de mémoire. Chaque année, nous allons jeter des fleurs à la mer. »
Le ministre Alain Wong, en sa capacité de responsable de l’environnement et des plages, avait aussi été invité à cette occasion. Il a délégué un représentant. La veuve de Serge Alfred, qui vit en Australie, avait aussi délégué un membre de sa famille à ce rassemblement.
Pour Nelson Ah Kioon, dont la soeur, Juliette, fait également partie des victimes, ce monument est aussi important pour l’histoire. « Beaucoup de personnes viennent sur la plage de Pomponette, mais ne savent pas ce qui s’est passé ici », fait-il ressortir. De même, si beaucoup savent que la piscine de Beau-Bassin porte le nom de Serge Alfred, on ne sait pas qui il est et pourquoi cet hommage lui a été rendu.
Nelson Ah Kioon ajoute que « nous devenons vieux et, demain, la nouvelle génération ne saura rien du drame de Pomponette si rien n’est fait pour la mémoire ». Il remercie ainsi toutes les familles, de même que les anciennes du QEC qui ont participé à cet hommage.
Selon les archives du Mauricien, le drame de Pomponette s’est déroulé le 19 avril 1966. L’édition du 20 avril mentionne : « Hier, un pique-nique à Pomponette s’est terminé par un drame. Quatre étudiantes du Queen Elizabeth College et un instituteur de Beau-Bassin ont été emportés. » L’article mentionne que Juliette Ah Kioon, Irène Vencatachellum, Marie Jeanne Ng Kam Cheung et Christiane Chan Pin Nam se trouvaient sur un matelas pneumatique et qu’elles ont été tirées vers le large. Serge Alfred, qui était un excellent nageur et sportif, de même que son épouse Irlande et Eric Marie-Jeanne, se jetèrent à l’eau pour tenter de les sauver.
Irlande Alfred témoigne dans l’article que, devant les difficultés pour affronter les vagues, son mari lui a demandé de regagner le rivage. « Mais une grosse vague a renversé le matelas et les quatre jeunes filles ont été précipitées à l’eau », souligne Le Mauricien du 20 avril 1966. Serge Alfred ainsi que les quatre étudiantes périrent noyés. Leurs corps n’ont pas été repêchés. Quant à Eric Marie-Jeanne, une grosse vague l’a projeté en pleine mer, où il a été secouru par un pêcheur.
Pour rendre hommage à Serge Alfred pour son grand courage, le gouvernement a décidé de donner son nom à la première piscine olympique construite à Beau-Bassin en 1984.