J’ai appris avec une certaine douleur la disparition du Dr Philippe Forget. Avec son départ, Maurice perd un illustre fils du sol qui a été de longues années durant un guide et une inspiration par la force de sa conviction. Il traduisait de manière éloquente sa sensibilité et sa pensée dans les colonnes de L’express.
Farouche défenseur d’une Île Maurice indépendante, il inscrivait ses idéaux contre l’artillerie lourde du mouvement pro-association avec la Grande Bretagne. Grand amateur de la nature, il évoquait déjà dans les années 60 une Île Maurice verte et la préservation de notre flore et notre faune dans ses écrits, allant même jusqu’à changer le thème de son allocution lors d’une conférence pour aborder la beauté de la forêt de Plaine Champagne.
Après l’indépendance en 1968, un certain découragement avait envahi notre pays. Philippe Forget était présent pour parler de l’espoir d’un avenir brillant. Il lança une campagne pour une industrialisation de notre Île. A sa rescousse, Deo Dookhun qui lança l’Usine de Blendax, Fakhru Currimjee qui inaugura son usine de margarine et José Poncini qui s’embarqua dans la taille du diamant.
Par ailleurs, Philippe Forget combattait avec vigueur le complexe colonial qui privilégiait la consommation des produits importés. Il voulait remplacer partiellement le riz par la pomme de terre produite localement et initia une campagne sans relâche pour la consommation des oeufs en vue de raffermir l’industrie du poulet qui venait de naître.
Au cours d’une visite chez lui, il me confia qu’il avait tellement reçu de coups bas – en faisant allusion à l’accusation qu’il était contre l’indépendance de Maurice – qu’il ne ressentait plus de douleur aux coups bas additionnels. Cet homme avait la passion d’une Maurice nouvelle et il était soutenu en cela par cette croyance que son rêve deviendrait réalité.
Philippe Forget a aimé Maurice. Il a cru dans sa jeunesse. Il a cru dans son pays indépendant, viable, et il a défendu avec force son idéal parce que rien n’était plus important que de léguer à la postérité un pays empli d’espoir.
J’adresse à la famille Forget le témoignage de mon respect et ma sympathie.