Le Premier ministre Navin Ramgoolam, qui était à Pointe-aux-Sables hier, a accusé le gouvernement britannique d’avoir commis un crime contre l’humanité en raison de la déportation forcée et l’expulsion des Chagossiens de leurs îles natales.
« Je considère que la façon dont les Anglais ont traité les Chagossiens est un crime contre l’humanité. Ils ont bafoué les droits fondamentaux des frères et des soeurs chagossiens », a-t-il lancé dans un discours prononcé à l’occasion d’une cérémonie organisée par le ministère de la Sécurité sociale et le Chagossian Welfare Fund Board pour donner au centre communautaire de Pointe-aux-Sables le nom de Lisette Talate.
La cérémonie s’est déroulée en présence du ministre de la Sécurité sociale Sheila Bappoo, des députés de la circonscription, Arianne Navarre-Marie, Veda Baloomoody et Jean Claude Barbier. L’ex-président de la République, Cassam Uteem, le député Mahen Jhugroo et Fernand Mandarin figuraient également parmi les invités.
Pour Navin Ramgoolam, il est inacceptable que des citoyens mauriciens nés aux Chagos ne peuvent retourner sur leur terre natale. Il a évoqué sa rencontre avec Robin Cook alors qu’il était dans l’opposition pour lui demander d’interpeller le gouvernement britannique sur le traitement inhumain qu’ont subi les Chagossiens. Il devait rencontrer le député britannique à nouveau lorsque ce dernier a accédé au poste de Foreign secretary dans le gouvernement britannique pour lui parler à nouveau des Chagos. Cependant, ce dernier s’est défilé prétextant que la question remonte à longtemps. C’est à cette même époque, a expliqué Navin Ramgoolam, qu’il avait commencé à entamer des démarches pour que les Chagossiens puissent avoir l’occasion d’effectuer une visite dans leurs îles natales. Navin Ramgoolam a évoqué son émotion et celle des Chagossiens lorsque ce projet a été concrétisé. « Au moins Lisette Talate a été en mesure de retourner sur sa terre natale », a-t-il fait remarquer. La question chagossienne est un sujet évoqué dans tous les forums internationaux et régionaux que ce soit au niveau du mouvement des non alignés, de la COMESA, de la SADC ou à l’Union Africaine. Le PM a rappelé qu’Olivier Bancoult a fait partie de la délégation mauricienne lors du sommet de l’Union africaine en 2011 et que Maurice avait insisté à cette occasion que le communiqué final fasse mention des revendications mauriciennes concernant les Chagos.
Navin Ramgoolam a aussi évoqué une rencontre entre le Premier ministre britannique Harold Wilson et sir Seewoosagur Ramgoolam pour lui annoncer la décision de détacher les Chagos du territoire mauricien. Le Premier mauricien avait alors été placé devant le choix entre l’indépendance et les Chagos. Il aurait même évoqué la possibilité qu’un order in council soit utilisé pour cette excision. « C’est presque un blackmail », a-t-il lancé. Pour le PM si Harold Wilson s’est permis de se comporter de la sorte c’est parce qu’il savait que les dirigeants mauriciens étaient divisés sur la question de l’indépendance. « Or, sur les grandes questions, il est important que le pays montre son unité », a-t-il dit.
Le Premier ministre a également relaté les circonstances dans lesquelles le haut commissaire de britannique à Maurice lui avait fait part de la volonté de la Grande-Bretagne de créer une Marine Protected Area autour des îles de l’archipel des Chagos à l’exception de Diego Garcia. Pour lui, il était clair que le gouvernement britannique cherchait un subterfuge afin d’empêcher les Chagossiens de retourner dans leurs îles natales. Le PM a exprimé son étonnement que la zone marine protégée n’inclue pas Diego Garcia où la mer est polluée par les navires de guerre américains.
Il a affirmé avoir eu l’occasion d’exprimer l’opposition de Maurice à ce projet au Premier ministre britannique, Gordon Brown, lors d’une rencontre en marge d’un sommet du Commonwealth. Pour Navin Ramgoolam le ministre des Affaires étrangères David Miliband avait agi de son propre chef en raison de ses ambitions politiques au sein du Labour Party.
Devant l’intransigeance britannique, a dit Navin Ramgoolam, il a décidé d’entamer une action légale contre la Grande-Bretagne. « Je ne pouvais accepter que le droit de souveraineté soit bafoué par le gouvernement britannique », a-t-il dit.
« Je n’abandonnerai pas cette bataille », a déclaré Navin Ramgoolam. « La dignité humaine n’a pas de prix et il est important que dans ce combat on parle d’une seule voix sur ce dossier », a-t-il insisté. À un certain moment, il lancé une phrase politique pour dire « pas faire kuma l’allians ki rod fer et ki reste kozé » mais ne s’est pas appesanti davantage sur cette remarque. Pour Navin Ramgoolam la question de souveraineté de l’archipel des Chagos et le droit de retour des Chagossiens aux Chagos sont indissociables.
Le Premier ministre a aussi fait mention de la commémoration de la déportation des Chagossiens des Chagos le 3 novembre. Navin Ramgoolam a annoncé que les enfants des Chagossiens peuvent présenter leur candidature aux Chagossian Welfare Fund Board et a rappelé que l’aide financière du gouvernement est passé de Rs 1 million à Rs 4,5 millions aujourd’hui.
De son côté, le président du Chagossian Welfare Fund Board, Olivier Bancoult, a rendu hommage à Lisette Talate qui, avec Charlésia Alexis, lui ont servi de guide et d’exemple dans la lutte des Chagossiens. Il a déclaré qu’aujourd’hui, après des années de lutte, le regard sur les chagossiens a changé à Maurice. Leur lutte et leur dignité sont aujourd’hui reconnues par tous.
Eileen Talate, fille de Lisette Talate, a pour sa part parlé du dévouement de sa mère pour la cause chagossienne. Elle a été élue sur le Chagossian Welfare Fund Board en remplacement de sa mère.
Le Premier ministre a procédé au dévoilement d’une plaque commémorative et a exprimé sa reconnaissance dans le livre d’or du centre dans la lutte menée par Lisette Talate soulignant qu’il n’est pas nécessaire d’avoir des diplômes universitaires pour accomplir de belles choses pour son pays.