Le désordre causé par les marchands ambulants

« Nou demann lorite met lord devan lopital avan ki ena dram. Preske tou lezour, ena lager. » Telle est la demande de A., une marchande ambulante qui, depuis 7 ans, vend des vêtements à proximité de la gare de l’hôpital du Nord. Cette femme, qui détient un permis en bonne et due forme pour pratiquer cette activité, dit « ne plus pouvoir tolérer » cette situation, qui devient chaque jour « potentiellement dangereuse » pour les marchands et les membres du public.

« Bann diskision ek lager telman violan ki parfwa bann madam bizin elwagne. Nou per pou nou sekirite », dit A., qui parle sous le couvert de l’anonymat par peur de représailles et dont le témoignage donne une idée de la prolifération de marchands ambulants en face d’un hôpital. Selon A., les marchands ambulants sont à pied d’œuvre tôt le matin. « Ils ont fui les artères de la capitale en raison de la répression. Ils viennent proposer une multitude de produits, notamment de la lingerie, des produits de beauté, des objets en plastique et des vêtements. Ils se sont totalement approprié une bonne partie des trottoirs en toute impunité », explique notre interlocutrice, qui ajoute avec ironie : « La route principale est heureusement épargnée. »

Basdev, un marchand de fruits, s’était pour sa part installé à cet endroit trois mois après l’inauguration de cet établissement hospitalier, soit depuis plus de 30 ans. Il travaille aux côtés de son fils, qui souhaite assurer la relève. « C’était un marché très fructueux à l’époque. Travay-la ti bien marse parski ti ena tigit marsan e ti ena disiplinn », dit-il. Toutefois, depuis ces cinq dernières années, a-t-il observé, « les choses ont beaucoup changé », surtout depuis que les autorités sont en guerre contre les marchands dans la capitale. « Sa bann marsan-la finn vinn pran plas devan lopital ki finn vinn zordi kouma bann lari ti ete avan dan Porlwi. Ou trouv tou kalite marsandiz partou. Les marchands ambulants leur font de la concurrence déloyale. En plus, ils n’ont pas de permis à payer. Ce qui fait que leurs prix de vente sont beaucoup plus bas que les nôtres », déplore-t-il.

Une autre commerçante, Sheela, qui travaille elle aussi légalement devant l’hôpital du Nord, se plaint comme ses collègues. Elle déplore le fait que, vers 14h, soit une heure avant celles des visites, « la place est envahie ». Elle poursuit : « On ne sait pas d’où ils viennent. Certains, visiblement sous l’effet de l’alcool ou de substances illicites, trimballent des sacs en plastique. Ils harcèlent le public. Zot zoure e menase si pa aste ek zot. Sans compter ceux qui laissent derrière eux leurs déchets. »

Rita, une marchande de gâteaux, se rappelle encore du comportement d’un marchand illégal, et qui opère toujours illégalement, à quelques mètres de la gare. Elle indique qu’il avait placé sa malle sous la gare routière pour attirer plus de clients après les heures de visites. « Linn zour enn vie madam ki pe pran bis. Li pous li avek enn ton arogan. Li dir madam-la ki li proteze e ki personn pa pou kapav bouz li », dit Sheela.

Las de rapporter les cas de violence au poste de police qui se trouve à l’entrée de l’hôpital, tout comme Sheela, Sam a lui aussi perdu tout espoir. « Les policiers n’en peuvent plus. Ils sont devenus indifférents à force de témoigner eux aussi des agressions verbales et des injures », dit-il. Il poursuit : « Lapolis dir nou ki zot nepli kone ki pou fer pou met lord. Nous sommes des pères et mères de famille et nous venons pour gagner notre vie. Nous sommes découragés. On ne peut plus pratiquer notre métier dans la tranquillité et avec dignité. On a tout simplement envie de tout abandonner sur place et rentrer chez nous. Nou pe demann lorite pran enn desizion pou regle sa problem violans-la ek met lord. »

Tony, qui avait accompagné sa fille de 13 ans à l’hôpital pour son rendez-vous, écoutait attentivement les doléances des commerçants légaux. « Il y a trop de laisser-aller », dit-il. Et d’ajouter : « Il est grand temps de leur rappeler les dispositions de la loi sur l’occupation du domaine public et d’agir avec fermeté. » Des marchands ont profité pour dénoncer certains propriétaires des bâtiments en face de l’hôpital, qui sous-louent leur emplacement avec d’autres marchands ambulants. « J’ai l’impression que c’est un réseau de marchands ambulants bien établi dans ce commerce et qui connaît très bien ce marché qui opère ici. Les autorités font preuve d’indulgence incroyable. Si rien n’est fait avant les fêtes de fin d’année pour assurer le bon fonctionnement devant l’hôpital, notamment sur le plan de sécurité et de propreté, la situation pourrait devenir incontrôlable. Que chacun prenne sa responsabilité », a averti un haut cadre de l’administration de cet établissement hospitalier. Celui-ci fait remarquer que les chats et chiens errants sont présents dans l’enceinte de l’hôpital malgré tous les efforts. « Il y a surtout des chiens qui circulent en meute et qui deviennent parfois agressifs. Ces animaux constituent un vrai danger public pour la santé et une honte pour le pays. Il faut agir avant qu’ils se multiplient davantage », estime notre interlocuteur.

Samuel Singn Purgus, président du conseil du village de Pamplemousses, dit être au courant de la situation qui prévaut en face de l’hôpital du Nord. Selon lui, les facteurs, qui déclenchent ce comportement agressif, sont principalement dus à la concurrence féroce qui existe entre ceux qui détiennent un permis pour opérer et ceux qui n’en ont pas. « Ils sont violents et n’hésitent pas à sortir le cutter ou d’autres armes tranchantes. C’est pour vous dire la violence qui y règne parfois. Ce n’est pas la responsabilité du conseil d’aller sur place pour assurer la sécurité des marchands ambulants ou d’intervenir lorsqu’il y a des échauffourées ou des agressions verbales ou physiques. La police doit assumer sa responsabilité. Nous envisageons sérieusement de placer des caméras de surveillance dans différents endroits pour traquer les malfrats et mettre frein à cette situation chaotique », a-t-il promis.