Des patients souffrant de cancer et en traitement à l’hôpital Victoria sont inquiets et en colère en raison de l’interruption de leur traitement – de plus d’un mois pour quelques-uns – pour cause de pénurie de médicaments. Le ministre Anwar Husnoo, mécontent de cette pénurie, a convoqué avant-hier les cadres concernés par la gestion des médicaments pour une réunion afin de passer en revue la situation dans ce secteur. Selon nos informations, il a donné deux directives fermes : la première, qu’une enquête soit entreprise pour connaître les raisons de la rupture de stock, et la deuxième, le lancement des procédures pour des “emergency purchasing” sur le plan local.
Des patients souffrant de cancer se sont rendus à l’hôpital Victoria cette semaine pour leur séance de chimiothérapie et ont été renvoyés chez eux pour cause de manque de médicaments. « Ne vous dérangez pas, on vous appellera quand on aura reçu le médicament », leur a dit le personnel soignant. Or cette pénurie date de plus d’un mois et pour certains d’entre eux, il ne manque qu’une seule session de chimio afin de compléter leur traitement. Les malades sont inquiets de cette interruption et se demandent s’ils devront recommencer la totalité des séances. « Cela fait bientôt un mois que j’attends pour continuer les sessions de chimio. J’étais déconcerté d’apprendre lundi dernier qu’il n’y avait toujours pas de médicaments », confie un malade, quelque peu agacé.
Les patients et leurs proches apprécient les marques de soutien que leur témoigne le personnel soignant dans ces moments difficiles. « Les infirmiers ont une attitude formidable envers les malades. Ils sont très patients et on constate qu’ils sont eux-mêmes embarrassés par cette situation. Ils ne peuvent nous communiquer ce qu’ils obtiennent eux-mêmes comme information », raconte au Mauricien un habitant de la région de Port-Louis qui avait accompagné un membre de sa famille lundi dernier à l’hôpital Victoria.
Pour des membres du personnel soignant, ce manque prolongé de médicaments concernant le traitement du cancer « est inadmissible » et refléterait ce qu’ils qualifient de « manque de planification » de la part des administrateurs de la Santé publique. « Pourquoi attendre que le stock s’amenuise complètement pour passer les commandes ? » questionnent des patients et quelques membres du personnel soignant.
Le ministre de la Santé, informé récemment de la pénurie de certains médicaments pour le cancer et d’autres maladies graves, a convoqué hier en urgence une réunion des responsables des départements concernés par l’achat des produits pharmaceutiques. Selon nos informations, Anwar Husnoo leur aurait fait comprendre qu’il n’est pas du tout content de cette situation. « Le ministre veut savoir comment est-on arrivé à cette grave pénurie et lors de la réunion, il a ordonné une enquête », dit un responsable de son ministère.
Anwar Husnoo a aussi donné l’ordre jeudi aux hauts cadres de lancer les procédures d’urgence pour l’obtention sur le marché local des médicaments qui manquent. Il a expliqué que cet « emergency purchasing » dans l’intérêt des malades n’est qu’une « solution temporaire » en attendant que les procédures pour un appel d’offres pour l’achat des médicaments soient complétées. Dans l’entourage du ministre, on souligne que ce dernier « est intransigeant sur la qualité des médicaments » et aurait donc insisté sur la prudence et une certaine vigilance pour ces « emergency purchases » des médicaments concernés.
Toujours par rapport à la pénurie de médicaments pour le cancer, certains officiers du ministère affirment que les démarches auraient été entreprises depuis janvier dernier pour l’approvisionnement. Selon eux, il s’agirait de médicaments rares, et « le ministère aurait rencontré des difficultés tant au plan local qu’au niveau international, pour les obtenir auprès des fournisseurs appropriés ». « On ne peut acheter n’importe quel médicament. Nous avons fait le nécessaire depuis le mois de janvier auprès de différentes sociétés engagées dans la distribution des médicaments en contactant les importateurs locaux et des fournisseurs à l’étranger », disent des officiers au Mauricien.
Selon nos informations un potentiel fournisseur sur le plan local aurait déjà
D’autre part, des médecins des hôpitaux soulignent l’augmentation substantielle du nombre de malades souffrant de cancer. Selon eux, cette augmentation pourrait être une des causes ayant engendré la pénurie de médicaments. Soulignons que le cancer était la troisième cause de mortalité à Maurice en 2015. Les services de Santé publique ont enregistré 2 489 nouveaux cas de cancer en 2015, soit 1 082 concernant les hommes et 1 407 du côté des femmes. Selon nos informations, la Santé publique débourse une somme d’environ Rs 50 millions par an uniquement pour l’achat de médicaments pour le traitement de cette maladie.