D’un côté, des jeunes généralistes qui sont en quête d’un emploi et de l’autre, le ministère de la Santé confronté à un sérieux manque de spécialistes dans plusieurs domaines. Pour remédier au manque, le ministère privilégie plutôt le recrutement de cette catégorie de médecins sur une base contractuelle. Deux appels à candidatures ont été lancés durant le mois de mai ; celui de « Employment of Specialists/Senior Specialists on contract/session » concernait les médecins au plan local tandis que l’avis d’appel pour « Employment of Specialists on contract » était destiné aux professionnels à l’étranger. Selon nos informations, le ministère serait vivement intéressé d’avoir des spécialistes indiens et une délégation était récemment en mission en Inde à cet effet.
Le choix du ministère d’avoir recours à des contractuels plutôt que de recruter sur une base permanente ne plaît pas au syndicat des spécialistes de l’État. « Pourquoi avoir recours aux contractuels alors qu’il y a des spécialistes dûment enregistrés auprès du Medical Council qui travaillent comme généralistes dans les hôpitaux ? Pourquoi ne pas leur offrir ces postes en respectant bien sûr les règlements de la Public Service Commission ? » questionne le Dr Dushyant Parmanand, président de la Government Medical and Dental Officers. Ce syndicat a envoyé il y a quelques jours une lettre au ministère pour avoir les informations suivantes : le nombre de spécialistes en service et dans quelle discipline, le nombre de contractuels et les domaines de spécialisation où il y a un manque de spécialistes.
Il n’y a pas longtemps, le ministère de la Santé avait lancé un appel à candidatures pour des postes permanents comme spécialistes mais selon nos informations, l’avis d’appel n’a pas été à la satisfaction des autorités concernées. Les compétences dans certaines spécialisations demandées seraient très rares et de ce fait il n’y a pas eu de « response » tandis que pour d’autres disciplines le ministère n’aurait pas été satisfait du niveau des candidatures reçues. Selon nos informations, même des généralistes du public détenant aussi un diplôme de spécialiste dans un des domaines recherchés n’ont pu convaincre le board de sélection.
Valeur du jour, il y a un seul chirurgien thoracique dans le service public et il est en poste à l’Hôpital du Nord. Il s’agit d’un médecin étranger. Soulignons que c’est précisément à cause d’un manque de spécialistes que le ministère n’a pu jusqu’ici mettre en pratique une mesure préconisée par PRB depuis 2008 et recommandant une présence permanente à l’hôpital d’un pédiatre, d’un gynécologue et d’un anesthésiste pour assurer le service de nuit. Il est bon aussi de savoir que les spécialistes du secteur public, en jour de semaine, sont « on call » à partir de 16 h jusqu’au lendemain matin à 9 h et sont aussi « on call » les week-ends et les jours fériés selon des horaires fixés. « On les appelle quand on a besoin d’eux. Dépendant des cas ils peuvent donner des conseils par téléphone ou s’il y a urgence ils viennent alors à l’hôpital. Ce n’est pas une situation idéale. Dans certains départements il y a souvent des cas compliqués, par exemple pour les accouchements, et il est important que des spécialistes de garde soient physiquement présents toute la nuit », estime un généraliste avec une longue carrière.
L’appel à candidatures international lancé par le ministère au cours du mois de mai concernait les quatre disciplines suivantes : (i) Obstetrics and Gynaecology, (ii) Paediatric Surgery, (iii) Thoracic Surgery et (iv) Neonatology. Au sein du ministère comme dans les hôpitaux, on fait état d’une mission ministérielle en Inde pour un éventuel recrutement des médecins indiens.
Outre des salaires pouvant être négociés selon les années d’expérience, le « package of incentives » proposé aux médecins étrangers comprend entre autres : l’exemption totale des droits de douane pour l’achat d’une voiture ne dépassant pas 1 500 cc ainsi que des facilités d’emprunt bancaire pour l’acquisition de cette voiture ; une somme de Rs 11 500 pour la travelling allowance ; Rs 980 à Rs 1 450 pour les on-call allowances en dehors des heures normales de travail ; un boni de fin d’année équivalent à un mois de salaire ; et une « gratuity » équivalant à deux mois de salaires après douze mois de travail. Le ministère offre aussi au médecin intéressé le ticket d’avion en classe économique et au cas où il est marié, paiera aussi le voyage des membres de sa famille (le conjoint et trois enfants au maximum). On a prévu aussi une « allowance to cover the cost of a maximum of 25 kgs of excess luggage by air on appointment to Mauritius and on expiry of final contract ». S’agissant de l’hébergement de ces médecins étrangers, le ministère mettra à leur disposition des logements meublés et en absence d’une telle facilité ils percevront une « monthly rent allowance » de Rs 8 000 (for single contract officer) et de Rs 12 000 (for married contract officers).
La démarche du ministère de se tourner vers les confrères étrangers sur une base contractuelle ne laisse pas indifférents les médecins en service dans les hôpitaux. Si certains expriment un peu de réserve, d’autres accueillent favorablement cette décision. « C’est une bonne chose de faire appel aux étrangers à condition bien sûr que le ministère recrute les meilleurs. D’une part, il faut impérativement remédier au manque de professionnels dans certaines disciplines, et de l’autre, la présence des confrères étrangers qui viendront avec leur expertise et leurs connaissances bénéficiera à la profession », affirme un généraliste de l’État.
Reste à savoir si l’offre du ministère réussira à attirer ces spécialistes étrangers. Des médecins qui se rendent souvent en Inde affirment que les spécialistes dans ce pays sont bien rémunérés de nos jours. « Un jeune spécialiste débutant ne touche pas moins de Rs 130 000 en roupies mauriciennes. Là-bas, les médecins ne font plus carrière dans la fonction publique. En raison de la forte concurrence parmi les opérateurs des cliniques privées, les spécialistes quittent le service public lorsqu’ils ont de meilleures offres dans le privé », témoigne un spécialiste en poste à l’Hôpital Victoria.