Indissociable du volley-ball mauricien, Gilbert Alfred est au sommet de sa carrière. À 36 ans, le capitaine de la sélection nationale de Maurice ouvre à Scope les portes de sa maison à Terre Rouge. Il nous invite à découvrir d’autres facettes de sa personnalité : époux attentionné, père bienveillant, bricoleur hors pair… Nous avons rencontré un professionnel consciencieux, passé maître dans l’art de jongler avec le temps et ses passions. Des tours de force qui lui ont valu le surnom de Superman.

16h. L’heure du thé est sacrée chez les Alfred. C’est souvent le seul moment de la journée qu’ils peuvent passer en famille. Nous sommes accueillis dans un cadre très convivial, sur une magnifique terrasse vitrée qui donne sur le jardin. Disposés sur la table d’où s’échappe un bon parfum de thé : des mets savoureux, ounnde, crêpes au chocolat et autres délices préparés par Samantha, la maîtresse de maison. Des gourmandises qui font naître de beaux sourires sur le visage de leurs deux fils, Rayyan et Kaylyan, 6 et 3 ans… “En raison de contraintes professionnelles et sportives, nous avons rarement le temps de dîner ou de déjeuner ensemble. Mais à l’heure du thé, nous arrivons à nous organiser.” Une journée type pour Gilbert Alfred, c’est se réveiller aux aurores et prendre la direction de la boulangerie pour acheter du pain pour sa famille. Aussitôt de retour, il prépare le petit-déjeuner, le sac des enfants, avant de prendre la route pour aller travailler et ensuite aller s’entraîner, ou vice-versa. Les week-ends sont souvent rythmés par les compétitions et autres tournois de volley, en sus du travail.

Kaylyan et Rayyan (au centre), avec leurs parents

L’importance de la famille.

Presque neuf ans de vie conjugale ont fi ni d’asseoir Gilbert et Samantha Alfred dans une certaine routine, permettant une belle cohésion de couple. “Si le volley occupe une grande importance dans ma vie, ma petite famille est encore plus importante”, confi e le capitaine de la sélection nationale de Maurice. C’est ce noyau familial solide qui lui donne la force de se surpasser dans les épreuves de volley, accumulant les titres de champion de Maurice. C’est aussi à travers lui que cet Operator à la Cargo Handling Corporation puise le courage d’affronter des horaires professionnels contraignants, tout en ne manquant quasiment jamais ses entraînements et le championnat.

“Quand il y a un match, je rentre à la maison vers 22h pour avoir juste le temps de me préparer pour le troisième shift de travail.” Il lui est aussi arrivé de n’avoir droit qu’à deux ou trois heures de sommeil par jour. Car avec le travail et la famille, s’ajoutent les entraînements de beach-volley, en salle, pour le club ou encore pour le travail. Une vie à jongler avec le temps qui fait que certaines personnes l’associent même à Superman. Le soutien inconditionnel de sa famille lui donne le courage d’aller de l’avant. Pour Samantha, vivre avec quelqu’un de passionné, c’est accepter de vivre soi-même avec une partie de cette passion. Ex-volleyeuse, cette dernière confie : “Nous comprenons les valeurs du sport. Nous essayons d’intégrer les enfants à cet univers en les emmenant aux entraînements et aux matchs, histoire de leur faire comprendre pourquoi papa n’est pas là.” Rayyan dit “préférer le foot”, mais le benjamin veut devenir “joueur de volley, comme papa”.

Rigueur et discipline.

Très curieux de nature, les petits n’hésitent pas à poser des questions, quitte à interrompre la conversation. Gilbert Alfred est aussi un père très à cheval sur la discipline. Il recadre gentiment mais fermement les petits. “Le volley est une école de vie où nous apprenons que la rigueur et la discipline sont très importantes. Aujourd’hui, les valeurs que je transmets à mes enfants découlent beaucoup de ce sport.”

Le père de famille a aussi d’autres hobbies qui lui tiennent à cœur. C’est aussi un bricoleur qui a constitué les contours esthétiques de sa maison de Terre Rouge. Natif de Cassis, le volleyeur est installé depuis quatre ans dans sa maison flambant neuve, avec une vue imprenable sur la Montagne Longue. Il s’est attelé à bricoler et à embellir tout le reste : la porte d’entrée, les fenêtres en aluminium, le jardin avec la magnifique pelouse, la fontaine qui sera bientôt opérationnelle. Sur sa porte d’entrée, il nous montre une peinture travaillée au pistolet, dont il est fier.

“Je ne savais pas comment faire, mais j’ai essayé et le résultat est concluant.” Une des pièces du rez-de-chaussée a été transformée en atelier. “Cette passion pour le bricolage me vient de mon père. Je n’ai jamais chômé de ma vie. Depuis mes 8 ans, pendant les vacances scolaires, mon père m’emmenait travailler avec lui. J’ai appris très tôt à travailler le bois et le métal, tout en m’initiant au métier de maçon.”

Effort et détermination. Grand admirateur de ce père qui n’est plus aujourd’hui, le volleyeur confi e avec émotion qu’il lui a laissé comme héritage “la valeur du travail, la débrouillardise. Il m’a montré à être indépendant très tôt”. Après ses études au Bhujoharry College, Gilbert Alfred choisit un cursus technique pour poursuivre son histoire d’amour avec le bricolage. “Je me suis initié aux travaux de métal, d’électricité, à la menuiserie, et j’ai acquis d’autres connaissances générales sur le bricolage.” C’est avec ce père qui faisait du karaté qu’il débute en sport. “Nous nous réveillions à 4h du matin pour aller faire du footing sur la plage. En rentrant, je me préparais pour aller à l’école.” Avant de tomber dans les fi lets du volley, il y a eu le foot, la natation, le judo et le karaté. L’ancien enfant de chœur a aussi été scout. “J’étais un peu un touche-à-tout.” Le volley est venu à 16 ans. “Cela m’a ouvert des portes qui semblaient inaccessibles. Mais j’ai aussi fait des efforts et des sacrifices pour en arriver là.” Confiant dans la prochaine géné- ration de sportifs, mais conscient que tous n’ont pas la volonté de se surpasser pour diverses raisons, Gilbert Alfred souhaite néanmoins partager ce qu’il a reçu. “Mon devoir est de passer les bons messages. Nous n’avons rien sans rien. Sans effort et sans détermination, nous ne sommes rien.”

Après les Jeux des Îles de l’Océan Indien de 2019, Gilbert Alfred envisage de prendre sa retraite en tant qu’attaquant. Son rêve le plus cher est que ses enfants fassent aussi bien, si ce n’est mieux que leur père…