Navin Ramgoolam a annoncé hier soir que l’Inde a approuvé l’octroi d’une ligne de crédit de USD 200 millions dans le cadre du financement du projet de métro léger à Maurice. Le leader travailliste intervenait lors d’une manifestation culturelle organisée par l’Human Service Trust pour marquer le 180e anniversaire de l’arrivée des premiers travailleurs engagés à Maurice. La cérémonie, à laquelle était également invité Paul Bérenger en tant qu’ancien Premier ministre, a également été marquée par l’intervention du président de l’Human Service Trust, Suryadev Bissesur. Ce dernier a ainsi fait une sortie en règle contre les dirigeants d’organisations socioculturelles ayant invité les électeurs à voter « pour les candidats de leur communauté », qu’il a qualifiés de “coco pike”. Il a invité l’assistance à soutenir l’alliance PTr-MMM.
Dans son intervention, Navin Ramgoolam s’est longuement appesanti sur la longue coopération entre l’Inde et Maurice à travers l’histoire. Il a rappelé le passage du Mahatma Gandhi à Maurice au début du siècle dernier, ce qui a encouragé les descendants des travailleurs engagés à s’intéresser d’avantage à la politique. Plus tard, il a dépêché Manilall Doctor à Maurice pour aider ces personnes. L’Inde a également aidé notre pays dans sa lutte pour l’indépendance, dit-il, poursuivant que la Grande péninsule a continué ensuite à soutenir Maurice dans le développement économique et social du pays après l’indépendance. « Aucun Mauricien ne peut oublier ce que l’Inde a fait pour nous », a-t-il lancé.
Il a par ailleurs rappelé que c’est « par respect pour l’Inde » qu’il n’a pas publié le writ proclamant la dissolution du Parlement, indicateur du début de la campagne électorale, avant la visite officielle de la ministre indienne des Affaires étrangères Sushma Swaraj. Il a, dans le même souffle, condamné l’actuel leader de l’opposition pour, dit-il, avoir écrit au Premier ministre indien Narendra Modi pour lui demander d’annuler la visite de Sushma Swaraj et de ne pas aider au financement du métro léger, « un des projets d’infrastructures les plus importants » que son gouvernement ait initié. Et de soutenir que la visite de Sushma Swaraj et sa confirmation que l’Inde soutiendra bien le projet de métro léger constituent « un cinglant désaveu » à Pravind Jugnauth. La ministre indienne avait en effet annoncé que son pays accordera une ligne de crédit de USD 200 millions (Rs 6 milliards) ainsi que le soutien du gouvernement indien pour l’octroi d’un prêt de USD 450 millions (Rs 13,5 milliards) par l’EXIM bank à Maurice. C’est dans ce contexte que le leader du PTr a annoncé avoir reçu, tard la veille, une lettre de Sushma Swaraj confirmant la décision du gouvernement indien d’octroyer la ligne de crédit de Rs 6 milliards à Maurice. Selon Navin Ramgoolam, la ministre a souligné, dans sa lettre, que l’Inde reconnaît que « ce projet est une priorité pour le gouvernement mauricien » et que ce dernier « contribuera énormément au développement infrastructurel » de notre pays. « Voilà la différence entre le leadership et la démagogie », a insisté Navin Ramgoolam. Et d’expliquer que, concernant le projet de métro léger, « tout a été fait dans la transparence », précisant que c’est la firme indienne Afcon, qui fait partie du groupe Tata, qui a été choisie, et ce sur la base des appels d’offres internationaux.
Pour lui, le métro léger « ne concerne pas seulement le transport public », précisant que celui-ci aidera aussi l’industrie de la construction et « créera beaucoup d’emplois ». Des centres commerciaux seront également créés autour de chaque station, permettant ainsi à un plus grand nombre de personnes de devenir entrepreneurs.
Navin Ramgoolam a comparé les réactions contre le projet de métro léger à celles des « réactionnaires qui s’étaient manifestés avant la construction de l’autoroute » entre Phoenix et Port-Louis. « Réalisez-vous le problème de trafic qui se serait posé si toutes les voitures devaient uniquement passer par Beau-Bassin ? » a-t-il lancé. Et de se demander « qui sont ceux qui soutiendront les soi-disant leaders qui ne respectent pas l’Inde et qui militent contre les intérêts de Maurice ? ».
Navin Ramgoolam a également insisté sur l’importance de l’éducation et de la formation. « Nous sommes à un tournant historique pour le pays. Nous ne pouvons progresser en regardant en arrière. Il faut regarder devant ! », a-t-il dit. Se référant à la campagne menée contre le projet de IIe République, il a dénoncé ceux « menant une campagne basée sur la peur ». Laquelle campagne, a-t-il précisé, est « comparable à celle menée en 1967 avant l’indépendance, mettant en garde la population contre l’hégémonie d’une communauté qui imposerait sa façon de prier et de s’habiller », poursuivant : « Il vous faut savoir qui milite pour votre intérêt. » Le leader rouge a également dénoncé ceux faisant de la politique « pour devenir ministre ». Il rappelle : « Le fondateur du PTr, Maurice Curé, fait partie de ces vrais héros qui ne pouvaient accepter l’injustice et l’humiliation (…) C’est cela le combat du PTr (…) L’argent n’avait pas de valeur pour des personnes comme Maurice Curé et les autres tribuns du PTr, mais la mission qu’ils ont sur terre », a-t-il ajouté. Il a rappelé que la création du MMM par Paul Bérenger en 1969 s’inscrivait « dans le même combat » puisqu’il avait « lui-même affirmé qu’il avait créé ce parti pour poursuivre le combat du Parti travailliste ». Ce qui l’a amené à dire que le PTr et le MMM, qui sont membres de l’international socialiste, ont « une même vision et une même valeur ».
Navin Ramgoolam est également revenu sur le projet de IIe République, rappelant que le Président élu au suffrage universel « aura les pouvoirs de dissoudre le Parlement » dans le cadre des provisions constitutionnelles. « Cela ne veut pas dire qu’il pourra le faire quand il le veut. Il aura à respecter des principes parce que le Premier ministre disposera d’une majorité au Parlement », a-t-il dit. Commentant la liste des candidatures, il a fait une comparaison avec « l’entraîneur d’une équipe de football, qui est le seul à décider de la composition de son équipe et de la stratégie pour remporter la victoire », poursuivant : « Leadership veut dire leader from the top not from the back. » Et de demander à l’assistance de faire confiance à Paul Bérenger et lui, insistant sur la « nécessité de voter pour un principe et pour un programme, et pas sur une base de caste et de communauté ». L’électorat, dit-il, devra « voter bloc ».
Pour sa part, Paul Bérenger s’est attaché à rappeler que l’histoire du pays est « associée à celle de l’esclavage et de l’engagisme ». Il poursuit : « Ni les esclaves ni les travailleurs engagés ne s’étaient comportés comme des moutons. Ils ont, dès le début, lutter pour leur émancipation. » Et de citer deux images dramatiques pour illustrer ses propos : en premier lieu, les esclaves, « qui avaient préféré se jeter de la montagne du Morne au lieu de se laisser capturer par les esclavagistes », et, ensuite, « les travailleurs engagés, qui avaient préféré se donner la mort en posant leur tête sur les rails du chemin de fer utilisé par les usines sucrières plutôt que de se soumettre au diktat des colons de l’époque ». Il a exprimé sa « fierté » d’avoir réussi à proclamer le 2 novembre jour férié alors qu’il était vice-Premier ministre dans le gouvernement issu des élections de 1995, et ce « malgré les oppositions du Premier ministre d’alors ». Paul Bérenger a aussi soutenu la proposition du Premier ministre d’augmenter les subventions à l’intention des religions et des associations charitables, « qui ont également des dépenses à consentir et un personnel à payer, dont les prêtres, les maulana et les pandits ». Il a précisé que les subventions ne concernent pas les organisations socioculturelles.
Suryadev Bissesur a également fait une intervention très remarquée. Il a en effet expliqué que la mission de l’Human Service Trust était de « travailler pour les humains, quelles que soient leur communauté, leur race et leur religion », poursuivant que la devise de l’organisation est “service to man is service to god”. Il a par ailleurs rendu hommage à Navin Ramgoolam et Paul Bérenger qui, dit-il, « ont fait leurs preuves comme leaders ». Il a ainsi qualifié de “coco pique” les chefs des organisations socioculturelles ayant appelé l’électorat à « voter pour les candidats de leur communauté ». Et de lancer : « On ne peut pas jouer pour Manchester United et pour Liverpool en même temps ! » Il a ensuite invité l’assistance à « voter bloc » en faveur de l’alliance PTr-MMM.