Sollicités par Jean-Claudel Botshare, alias Djadel, pour présenter son premier album, nous nous sommes rendus à son domicile à Résidence La Cure pour mieux connaître ce jeune Rodriguais plein de verve et d’ambition. Nous avons découvert une très belle histoire. Ce sont les tourtes et les pâtes de piments que confectionnent ses parents qui ont financé cet album et qui ont permis à Djadel et à ses frères et sœurs d’aller à l’université.

Deryer tou mo lavansman ena tourt ek pima”, confie d’emblée Djadel. Ce mardi matin, il nous rencontre dans la demeure de ses parents à Résidence La Cure, avant de prendre l’avion le lendemain pour retourner à ses occupations à Grand La Fouche Corail à Rodrigues. Alors qu’il nous invite à pénétrer dans la maison se situant sur un flanc de montagne, il ne cesse de parler de sa mère et de ses tourtes. “Alila, sa mem kinn fer mwa al lekol primer, al kolez, al liniversite e pou tir enn albem. San sa tourt-la pa ti pou ena tousala”, confie Djadel.

Nous montrant un panier rempli de tourtes et de rouli pouli (une pâtisserie quasi similaire à la tourte), que sa mère va aller placer dans un point de vente, il se remémore son quotidien alors qu’il était tout jeune et que sa mère préparait ses fameuses tourtes avant d’aller les vendre. Il confie que sa vie aurait été fade sans le savoir-faire de sa mère.

Une recette secrète.

La tourte rodriguaise est au cœur de toute son existence. Il a d’ailleurs épousé le métier de sa mère en devenant tourtier. “J’ai été à l’université grâce aux tourtes que ma mère a confectionnées de ses mains. C’est une pâtisserie qui a toujours rythmé ma vie. C’est tout à fait normal que j’ai appris à en confectionner également. Je souhaite me professionnaliser.”

Nous rejoignant dans le salon, Vina Botshare, la fameuse tourtière, émerveille par sa gentillesse. Elle nous met à l’aise et nous fait découvrir cette pâtisserie traditionnelle rodriguaise. “C’est une recette secrète qui s’est transmise dans la famille, de génération en génération. Chaque tourtier ajoute sa propre touche. Nous avons également nos secrets. Nous ne mettons pas d’œufs dans la pâte et nous l’accompagnons avec de la confiture de papaye et d’ananas, ainsi que des copeaux de noix de coco. Je souhaite valoriser la culture rodriguaise. Nous allons souvent dans les foires à La Réunion ou à Madagascar pour donner un aperçu de notre folklore culinaire.” Vina Botshare précise qu’elle confectionne également des pâtes de piments, à l’instar du fameux piment ourite ou des mélanges de piments et de fruits de saison, de même que du piment confit.

 

Note positive.

Ce savoir-faire traditionnel a largement contribué au grand attachement entre Djadel et sa mère. Leurs regards complices et leurs sourires échangés en disent long sur la profondeur de leur relation. “Je suis très attaché à ma mère. C’est le seul pylône sur lequel je peux m’appuyer. C’est grâce à elle et à ses tourtes que je suis devenu l’homme que je suis”, dit-il, cachant à peine son émotion. Une mère qui a fait de Djadel un jeune homme droit et à cheval sur les principes.

Comme mentionné plus haut, l’album de Djadel a été financé par la vente de tourtes. “C’est ma mère et mon père qui ont produit l’album avec leurs tourtes et leurs piments. C’est quelque chose d’exceptionnel.” L’album a été conçu tel un film, chaque chanson représentant une scène. Au nombre de onze, celles-ci évoquent des histoires vécues par Djadel, ainsi que ses observations sur la société actuelle. “Lepok lontan ti pli zoli, aster-la tro boukou negativite.” C’est avec cette idée en tête que Djadel a écrit chaque morceau de l’album. “Chaque histoire, chaque message se termine par une note positive. Mon slogan, c’est fer bon gagn bon.”