SOS Curepipe et Bambous ayant mis en place un projet de renforcement de la famille à Cité Anoska, Roupsha Balisson, 18 ans, est la première à bénéficier d’une bourse d’études de deux ans de l’United World Colleges pour le Costa Rica. En août prochain, elle poursuivra ainsi dans ce pays son baccalauréat international en “Business Management”. En toute modestie, Roupsha confie que sa vie n’a rien d’exceptionnelle et que sa force se résume en un rêve, « parey kouma Martin Luther King, sof ki mo rev a mwa, se ledikasyon ki finn sov mwa ».
Une joie immense se lit sur le visage de Roupsha Balisson à l’évocation de son prochain voyage d’études au Costa Rica. « Je me suis déjà familiarisée avec l’espagnol », dit-elle. Très vite, son joli minois se rembrunit et la renvoie à son enfance. « Depi mo tipti, pa ti ena boukou kitsoz pou manze. À la place du lait, c’est du “custard” que je buvais. Et pour le repas, je mangeais du riz incorporé de lait en poudre mélangé avec de la banane bouillie, car il y avait des bananes dans ma cour, à Cité Anoska. Il faut dire que mon père ne travaillait pas car il souffrait d’ulcères et avait des problèmes cardiaques. Ma mère, elle, vendait les légumes qu’on plantait pour faire “rouler” la maison », dit-elle sur un ton empreint d’humilité.
Les souvenirs d’enfance de Roupsha Balisson remontent à la surface. Elle se revoit sur les bancs de l’école à tenir fermement dans sa poche les Rs 5 que sa mère lui avait remises. « J’ai compris dès la maternelle l’extrême pauvreté dans laquelle je vivais car je n’avais pas autant d’argent que mes petites camarades de classe pour m’acheter le gâteau de mon choix. Je m’inventais des excuses en disant que je n’appréciai pas les gâteaux de la cantine et que mon petit bout de pain et l’eau me suffisait. » De là, Roupsha Balisson s’est imaginée dans un rêve, celui où l’éducation deviendrait sa force motrice.
Dans son petit journal intime d’ado, qu’elle conserve toujours, elle imaginait Cité Anoska en ville fleurie, où les enfants n’auraient plus à se soucier du lendemain et où les parents n’auraient pas de larmes. « J’aime les fleurs et j’en ai planté de toutes les couleurs, comme pour m’encourager à apprécier cette vie qui m’est offerte en me répétant inlassablement que les études étaient ma seule porte de secours. »
 
« Faire d’Anoska un endroit de lumière »
 
Au collège Presidency, Roupsha Balisson se démarque en décrochant 17 unités aux examens de SC. Le fait d’avoir décroché cette bourse d’études de l’United World Colleges pour le Costa Rica la plonge dans une euphorie. « J’ai hâte de découvrir la culture de Santa Anna et de me mettre à parler l’espagnol. Ma filière est le “business management”. Ma démarche première est d’apporter ma contribution à mon pays et, surtout, d’apporter mon expertise à Cité Anoska, de manière à ce qu’un jour cette cité devienne comme une ville porteuse d’espoir, un endroit de lumière pour les enfants qui n’ont pas eu de chance dans la vie. Cite Anoska, sa enn mare nwar. Et il faut apporter du changement dans ce sens. Mon père vivait à La Pipe et a déménagé pour Cité Anoska. Et c’est là que je suis née. Et même si l’on dit que “ce n’est pas un endroit sain”, les gens ont en réalité toujours été respectueux les uns envers les autres. »
Les journées de Roupsha consistaient « à prier et à écrire dans mon “diary” ce que je ressens ». Elle poursuit : « Mon agenda a été le témoin de mes  problèmes et, en les écrivant, je cherchais les moyens de sortir de cette impasse. Par exemple, lorsqu’on a fermé le département des filles au collège Presidency, mon journal de bord m’a permis de passer ce cap. »
Se disant « fière » de ses sept amis de classe, Roupsha confie : « Zis zot ti konn mo parkour. Je suis du genre introvertie, disciplinée. Petite, j’avais un rêve : devenir hôtesse de l’air. Et aujourd’hui, c’est la ville de Santa Anna, au Costa Rica, qui m’ouvre ses portes. Mon autre rêve, c’est aussi d’étudier au Canada. Je pourrais vivre cette indépendance avec la même idée en tête : met mo fami dibout. » Ce qui n’empêche pas la jeune fille de se dire « désintéressée par les choses matérielles », poursuivant : « Quand je raconte ma vie à mon frère de 11 ans et ma petite soeur de trois ans, je suis heureuse qu’ils n’ont pas eu à endurer les mêmes choses. Zot resi gagn diri dan lasiet e enn tigit legum. Poule ek viand bien rar… Mais je leur ai dit que je reviendrai dans mon pays avec des solutions pour développer une entreprise et que je ferais de Cité Anoska un encadrement de lumière pour les enfants. »
Roupsha avoue ne s’être jamais sentie différente des autres. « Kan ou anba, ou bizin get seki pli anba ou. Je me dois d’être redevable d’avoir un toit et à manger, et être fière de mes parents, qui font tous les efforts possibles pour essayer de rendre ma vie et celle de mon frère et de ma soeur meilleure. » Roupsha doit aussi sa survie à la lecture. « Shakespeare est mon auteur favori. Ses messages sont empreints de philosophie. » Et de citer aussi, dans un autre registre, Aditya Naraynen, « mon chanteur et acteur préféré ». Pendant ses vacances scolaires, la jeune fille a travaillé comme vendeuse dans un magasin pour aider sa famille. Quant à son temps libre, elle le passe notamment à pratiquer le javelot, le lancer de disques et le saut en longueur, voire même quelquefois à chanter. Sa devise : « Planifier mon temps et m’assurer que chaque jour qui se termine me donne la force de redémarrer une autre journée. »