Battue depuis ses 17 ans, Sarah a fini par accepter son calvaire pour protéger ses enfants. À 33 ans, elle vit dans la peur de son mari qui devient violent à chaque fois qu’il boit. Elle nous raconte son quotidien.  
“Je rentrerai bientôt à la maison. Et la même question me hante : est-il saoul aujourd’hui? Cette question, je me la pose tous les jours en rentrant du boulot. S’il est saoul, je vais morfler. S’il ne l’est pas, je passerai peut-être une soirée tranquille. Les coups que j’ai pris la veille hantent mes pensées. Les douleurs que je ressens au visage et aux reins me rappellent mon quotidien. J’ai envie de faire demi-tour, d’aller chez un de mes frères ou mes soeurs, mais je ne peux pas. J’ai trois enfants qui m’attendent. Je dois rentrer.
Me voilà chez moi. Il n’est pas là. Ce n’est pas bon signe. Pas le temps d’angoisser, je dois m’occuper des enfants et préparer le dîner. Le bruit de la grille d’entrée qui s’ouvre me fait sursauter. Les prochaines secondes seront déterminantes pour le reste de ma soirée. Je le vois, il titube. Mon coeur ne fait qu’un bond. Il ne dit pas bonsoir. Je sais ce qui suivra. Mais je ne sais pas quand ni pour quelle raison. Je prie pour que les enfants soient déjà au lit quand cela se passera. J’ai peur qu’un jour il s’en prenne à eux aussi.
J’ose seulement lui demander s’il compte dîner maintenant. Il me répond d’un simple oui. Le dîner est silencieux, je n’ose pas lui parler et lui donner une autre raison de se défouler sur moi. Les enfants crient, ils se chamaillent. Il me regarde d’un air autoritaire. Je lis dans ses pensés, si les enfants ne sont pas silencieux c’est de ma faute. Je dois le payer. Je délaisse mon assiette pour aller les calmer. Quand je reviens il me fait comprendre que je ne suis pas une bonne mère, que j’élève mal les enfants.
Je vais me coucher tôt. Naïvement, j’espère qu’il s’affalera dans le lit et dormira… La première gifle est la plus dure, celle qui résonne le plus. Les autres coups suivent naturellement. Je ne sais pas ce qui se passe dans sa tête quand il me frappe, s’il est conscient du mal qu’il me fait physiquement et moralement. Je me sens coupable, je n’aurais jamais dû laisser les enfants se chamailler. J’aurais dû les border au lieu de dîner tranquillement.
Après les coups, il me fait l’amour. J’ai l’impression qu’il me viole, sa main couvre ma bouche même s’il sait que je ne vais pas crier. Je n’éprouve aucun plaisir, je me soumets. C’est mon devoir d’épouse. J’espère seulement qu’il n’y aura pas de bleus sur les parties visibles de mon corps demain. J’attends que tout cela finisse et qu’il s’endorme.
Je me souviendrai toujours du jour où ça a commencé. Nous n’étions pas encore mariés mais j’habitais chez lui depuis quelques mois. J’avais 17 ans et j’étais enceinte de notre premier enfant. Nous avions prévu de sortir le soir, mais il est rentré complètement ivre. J’étais en colère, je lui ai dit que nous ferions mieux de rester à la maison. Il m’a engueulée et m’a lancée un coup de poing. C’était la première fois que quelqu’un levait la main sur moi, je ne savais pas comment je devais réagir. Je ressentais plusieurs émotions en même temps. J’étais sous le choc, en colère, triste, mais le sentiment qui prédominait était la culpabilité. Je me suis tue. Après tout, c’était de ma faute, je n’aurais jamais dû lui dire que nous n’allions pas sortir.
C’est vite devenu une habitude, il rentrait souvent tard à la maison, mais dès que nous devions sortir il me tapait. Mais c’était après les fêtes que ça se passait dorénavant. Il est vrai que je lui reprochais de trop boire pendant nos sorties. J’avais 17 ans, je n’étais pas assez mature pour savoir que je devais me taire. Au fur et à mesure, il a commencé à m’agresser devant les membres de sa famille sans que personne ne bouge le petit doigt. Personne ne m’en a jamais parlé. Je me disais que c’était normal. Après tout, j’étais sa femme. J’étais sensée lui obéir.
Et puis j’ai commencé à vouloir lui en parler au lendemain des fêtes quand il était sobre. Au début il m’écoutait, mais il ne s’est jamais excusé. Je me sentais insignifiante. À la longue, j’ai arrêté de lui en parler. Ca n’a fait que s’empirer dès lors. Je prenais une teigne à chaque fois qu’il était saoul. Sauf quand il était vraiment trop saoul pour pouvoir faire quoi que ce soit. Je me suis souvent surprise à espérer qu’il soit complètement éméché pour éviter ses coups. Je préférais le porter dans le lit même si j’avais toutes les peines du monde à le faire.
Au fil des années, il a commencé à me frapper pour des broutilles, mais toujours quand il avait bu. Je ne dois pas le contredire, ni gronder les enfants quand il est saoul. Je dois juste me taire et être attentive et complaisante quand il m’adresse la parole. J’ai souvent songé à mettre fin à ma vie. Je n’en ai jamais eu le courage. Les visages de mes enfants me viennent toujours en tête. Ils ne le supporteraient pas. Parfois je le menace de le quitter. Mais il me dit que si je m’en vais, il me prendra mes enfants et ça je ne pourrais pas le supporter. Il ne me reste plus qu’à subir ses coups en silence…”