Elle brise le tabou et le lourd silence qui l’a tenue prisonnière. Victime d’inceste à l’âge de 11 ans, Véronique s’est tue pendant plus de trente ans afin de préserver le nom et l’honneur de sa famille. Un père violeur, une mère impassible… Elle témoigne de sa tristesse et de sa colère. Pour dénoncer son passé et tenter de retrouver une certaine paix intérieure…
“L’orage de ce soir-là aura marqué ma première fois. Je suis dans son lit. J’ai peur des éclairs. Et encore plus de lui. Une de ses mains de malpropre se balade sur mon corps, l’autre me barre la bouche. Je ne dois pas crier. “De toute façon, personne ne viendra si tu cries.”
Je n’ai que 11 ans. Lui, c’est mon père. Je ne voulais pas m’endormir dans ses bras ce soir-là, mais dans ceux de ma mère. Une fois de plus, elle m’a rejetée et m’a lancée : “Vas à côté de ton père !” Elle savait pourtant ce qui se passerait…
Les fois précédentes, cela se déroulait dans mon lit. Je partageais une chambre avec ma soeur, mais nous dormions séparément. Dès que notre père entrait dans la pièce, elle se retournait et faisait semblant de dormir. Je tremblais, car je savais qu’il venait pour moi.
À cinq ans, il m’emmenait dans son bureau. Je me souviens très bien de cette pièce où il se passait tant de choses. Dans un langage de gosses, on pourrait dire qu’on jouait au papa et à la maman. Sauf que j’étais sa fille et que ce n’était pas mon rôle de jouer à la maman…
Il me suivait également à la salle de bains. Une fois, pour me débarrasser de lui et appeler à l’aide, je me suis cassé le bras par exprès. J’en porte toujours les cicatrices. Des marques qui ne s’en iront jamais. À l’extérieur comme à l’intérieur.