La semaine qui s’est écoulée a démarré sur les chapeaux de roues. Lundi soir, quasiment l’ensemble de la population, au même titre qu’un peu partout dans le monde où les chaînes d’infos françaises sont présentes via le satellite, a vécu, dans les conditions du direct, le terrible incendie qui a ravagé une grande partie de l’illustre cathédrale Notre-Dame de Paris. Un spectacle sans fards ni artifices. Une réalité brute qui traduisait, au fur et à mesure, les dégâts causant un tort irréparable et irréversible à cet édifice magnifique et mythique, tant pour les catholiques que pour le monde entier, puisqu’il recèle des trésors de toute la planète.

Au même moment, Réunion 1ère, la chaîne principale de l’île sœur, avait programmé Février Noir. Il s’agit d’un film de Selven Naidu, tiré des écrits de Thierry Chateau, témoignant du parcours de Kaya, roi du seggae, et des émeutes qui déchirèrent notre île Maurice en février 1999, quand le corps sans vie de l’artiste avait été découvert dans sa cellule, alors qu’il se trouvait en détention policière… En un peu moins de 60 minutes, des images mêlant des “live” de Kaya, des foules transies, imbibées de ses paroles qui fédèrent toujours, 20 ans après, des témoignages d’artistes et des acteurs sociaux qui racontent ces jours fatidiques où il y a eu mort d’homme, hélas, et où régnait le chaos total, nous ont ramenés vers cette bien triste période qu’on ne souhaiterait plus jamais avoir à revivre. Des images des pillages, des émeutes elles-mêmes et de la révolte de ceux qui étaient descendus dans les rues agrémentent ce document.

Revoir ces scènes nous a brutalement ramenés à une triste réalité : d’une part, déjà, en février 1999, nous, Mauriciens, n’avions que notre presse écrite locale indépendante pour rester en contact avec l’actualité. Et ne pouvions compter que sur Réunion 1ère, alors RFO, donc la télé d’un pays voisin, et non le nôtre, pour nous informer de ce qui se passait « CHEZ NOUS » ! Parce que la radio et télévision nationale avaient fait l’impasse totale sur les incidents qui secouaient l’île et l’avaient carrément paralysée…

Et 20 ans plus tard, c’est rebelote. Une fois de plus, c’est la station de l’île sœur qui diffuse ce document sur les événements de février 1999. Pourtant, ce film a été présenté en salles à Maurice il y a deux mois. Mais la MBC n’a pas jugé utile de le programmer. Février Noir sera-t-il un jour diffusé chez nous ? Pour que ceux qui ne sont pas abonnés aux chaînes satellites aient l’occasion de voir, ou revoir, cette triste page de notre histoire ?

Ce qui nous rappelle que sans l’avènement d’une Freedom of Information Act, les Mauriciens resteront hélas toujours sur leur faim. Brandie comme une promesse électorale – parmi tant d’autres qui n’ont jamais été concrétisées, comme la fameuse fourniture d’eau 24/7 –, une telle loi, élaborée bien entendu suivant des “guidelines” corrects, et non pas démagogiques, aiderait à nous rassurer et nous éduquer. Mais au lieu de cela, les politiques, de quels bords qu’ils soient, optent encore et toujours pour l’opacité. En témoigne une actualité riche où l’on ne compte plus les incidents où les citoyens sont contraints de descendre dans les rues pour des réclamations multiples. Preuves, s’il en faut, que nombre de nos institutions dysfonctionnent et que nos décideurs en place n’arrivent plus à diriger le navire !

En ce week-end pascal, l’heure est bien évidemment aux réflexions profondes pour nous aider à nous améliorer. Et puisque c’est le temps de carême qui se termine pour les catholiques, et qui démarre pour les musulmans – la nuit du Shab-E-Baraat est observée ce dimanche 21, marquant la dernière quinzaine avant le Ramadan –, l’on ne peut que souhaiter que ce soient les pensées positives qui dominent. Ce week-end voit, dans le même temps, culminer les commémorations de Hanuman Jayanti pour les hindous et du Sittrai Cavadee pour les tamouls. Autant dire que ce n’est qu’à Maurice, un des rares pays au monde, où l’on peut assister à des consécrations liées à plusieurs religions simultanément. Et protéger notre tissu social si fragile devient un “challenge” de plus en plus complexe…