Dans cette interview accordée au Mauricien, le sociologue et chargé de cours à l’Université de Maurice Ibrahim Kooduruth se prononce sur les récents événements qui ont défrayé la chronique dans notre société : scandales financiers à grande échelle, actes de pédophilie impliquant enseignants et religieux, ministres accusés de violence, entre autres. « La moralité qui était saine pour l’humanité, nous l’avons perdue », observe le sociologue. Aujourd’hui, dit-il, « l’argent vous donne le contrôle sur autre chose ». L’analyse que nous livre M. Kooduruth de notre société se ponctue de ces expressions : « Revirement de l’ordre », « état de bestialité » et « hédonisme ».
Plusieurs événements locaux ont défrayé la chronique ces derniers mois non sans choquer la population. Parmi, il y a plusieurs cas d’arnaques financières, avec des pasteurs, avocats et avoués impliqués. Comment interprétez-vous cette série d’escroqueries ?
Je pense que c’est un peu une grosse problématique que nous sommes en train d’essayer de résoudre aujourd’hui dans nos sociétés – pas seulement à Maurice d’ailleurs, ces arnaques, on les voit en Inde, aux États-Unis… En fait, dans l’évolution de l’humanité, l’humain a voulu maîtriser trois choses principalement : le temps, son destin et son environnement. Depuis le début de la civilisation, on a essayé de voir comment mesurer le temps, comment gagner du temps. Et puis, on a commencé à diviser le travail pour économiser du temps et éventuellement, produire plus. Nous avons par ailleurs eu l’automatisation de la production pour, là encore, gagner du temps. Il y a donc cette obsession du gain de temps. Au niveau des usines, on a parlé du Just in Time, de Time Motion Studies. Ensuite, au niveau de la famille, on a inventé des appareils électroménagers qui nous permettent de gagner du temps. Je dis bien “qui nous permettent”. Mais, au bout du compte, on se plaint du manque du temps ! Pourquoi essaye-t-on de maîtriser le temps ? Quelque part, il y a cette intuition que notre temps est compté, qu’on n’est pas éternel. À partir de là, il y a cette course. Mais, on manque toujours de temps. C’est cela, la modernité. À chaque fois que vous gagnez du temps, vous êtes en train d’élargir vos horizons pour faire plus de choses, d’autres projets.
Deuxièmement, parce qu’on est dans l’ère de la raison, on veut pouvoir tout expliquer, tout justifier et ensuite tout contrôler. Que ce soit au niveau de l’individu et de son environnement. Au niveau familial, dans la relation homme/femme. Dans le monde du travail, il y a la relation employeur/employé. Et, ensuite, dans la société civile, il y a les forces vives, les partis politiques… Donc, à chaque niveau, on veut avoir le contrôle sur l’autre. C’est dans la nature humaine. À partir de ces deux axes, surgissent les Ponzi schemes. Indirectement, qu’y voit-on ? En général, quand vous avez de l’argent, vous le mettez à la banque pour avoir X somme d’argent. Or, sous le Ponzi Scheme, vous gagnez du temps ! L’argent que vous allez avoir en une année, il vous faudra peut-être dix ans pour l’avoir ailleurs. On veut gagner du temps sur son investissement. On peut se demander comment des hauts cadres, aussi intelligents soient-ils, puissent se faire avoir ? En fait, ils ne se sont pas fait avoir. Ils avaient un calcul : fructifier leur argent dans un minimum de temps. “Je crois que j’ai le contrôle de ce que je fais” … Mais en fait, il n’a pas le contrôle de ce qu’il fait.
À malin, malin et demi…
C’est cela… Quelque part, on dit “L’homme propose, Dieu dispose…”. Dans la modernité, on essaye de tout rationaliser, tout expliquer… C’est ce qui fait que des personnes hyper intelligentes se fassent avoir ! La bourse est exactement la même chose. On analyse les tendances et on fait ses placements mais on se fait avoir parce qu’on ne contrôle pas tout. C’est un problème qui date de millénaires mais il s’est reproduit sous une autre forme aujourd’hui. On peut amasser, fructifier ce qu’on a en un minimum de temps. Pourquoi je veux fructifier cet argent ? Parce qu’aujourd’hui, ce qui se passe, c’est que c’est l’argent qui vous donne le contrôle sur autre chose. Si vous n’avez pas d’argent, vous n’êtes ni vu, ni su, ni connu. Et, quand vous avez de l’argent, tout le monde vous connaît, tout le monde vous voit… Aujourd’hui, c’est le pouvoir de l’argent. L’argent peut vous permettre de dicter aux gens, de les contrôler, de contrôler son environnement.
Mais, le pouvoir de l’argent ne date pas d’hier…
C’est une problématique qui existait depuis longtemps mais qui s’est reproduite à une échelle beaucoup plus grande aujourd’hui. C’est là la différence.
Cette course effrénée, ce désir immodéré de gains faciles gagne de plus en plus nos citoyens…
En fait, nous avons assisté à une accélération même de la vie quotidienne. Il y a eu une accélération de la technologie : Internet banking etc. Il y a aussi l’accélération du rythme de vie. On essaie de maximiser un maximum de temps. D’autre part, nos structures n’arrivent pas à suivre ce rythme, ce changement. On impute la faute à la Financial Services Commission (FSC). Ce n’est pas seulement la FSC, il y a beaucoup d’institutions qui, à cause de leur lenteur bureaucratique, n’arrivent pas à être assez intelligentes pour pouvoir surveiller cet environnement. C’est parce que nos lois etc. ne sont pas mises à jour. Voilà pourquoi, vous avez ces arnaqueurs qui arrivent à trouver la faille dans le système et qui arnaquent les gens.
Quelles solutions apporter ?
Aujourd’hui, nous sommes victimes du progrès. Avec le progrès, nous sommes en train de développer une culture de l’instantanéité au détriment d’une culture de la réflexion. Nous n’avons pas une solution bien pensée, raisonnée. On n’a pas bien établi le pour et le contre pour ensuite mettre quelque chose en place. Aussitôt qu’on voit un événement, il y a un commentaire. On n’arrive pas à prendre son temps pour réfléchir et reculer pour mieux sauter. On réagit, on réagit, on réagit. On n’agit pas. Et, c’est là le drame de nos institutions aujourd’hui. On n’agit pas, on réagit. La culture de l’instantanéité est en train de promouvoir une culture de la réaction. Alors que, pour pouvoir maîtriser son environnement, il faut une culture de l’action. Ce qui voudrait dire une vision, une stratégie, nous savons où sont nos forces, nos faiblesses, ce qui nous menace. C’est ce qui nous manque aujourd’hui. Nous n’arrivons pas à faire preuve d’esprit critique. Nous n’avons pas une vision, nous n’avons pas une stratégie. Nous cherchons l’immédiateté. Tout ce concept de court terme, long terme, cela n’a plus de sens parce qu’on cherche aujourd’hui pour demain. L’après-demain n’existe plus. Voilà comment nous sommes en train de vivre.
On prend une photo, on la voit tout de suite, on envoie un message, le destinataire accuse réception tout de suite, il faut aujourd’hui tout avoir tout de suite…
Oui ! Quand vous avez un train de vie accéléré, la vie devient une fin en elle-même et indirectement, quand la vie devient une fin en elle-même, toute activité qu’on fait devient une fin en elle-même. On fait quelque chose parce que on veut en retirer quelque chose. Ce qui fait que cela a un prix : la moralité. Donc, les principes, les valeurs, la moralité, on met tout cela de côté. L’essentiel, je veux obtenir ce que j’ai en tête. Voilà pourquoi aujourd’hui on parle de dégradation de moeurs. Ce n’est pas une dégradation des moeurs. C’est simplement qu’on a un autre mode de fonctionnement. On ne peut prendre ce qui existe dans les années 1900… Ce n’est pas là la question mais davantage comment change notre environnement et comment nous réagissons vis-à-vis de ces changements. C’est en fait là notre problème.
Avec cette “dégradation de moeurs” et les changements constants, comment voyez-vous le monde dans dix/vingt ans ? Il n’y aura plus de valeurs ?
Non, il y aura de nouvelles valeurs sur lesquelles on aurait du mal à se pencher aujourd’hui. Ce n’est pas dans le domaine du pensable. Aujourd’hui, on sait par exemple que la guerre contre Saddam Hussein a été déclarée sur un mensonge. À partir de là, on a fait de la propagande. Il fallait trouver un argument pour aller en guerre contre Saddam Hussein. Autre exemple : un Britannique d’origine africaine qui prend un couteau pour aller tuer quelqu’un disant qu’il veut défendre l’Islam alors qu’il va à l’encontre même des principes de l’Islam… Quelque part, il y a un problème. Troisième exemple : aujourd’hui, on vient dire qu’au nom de la liberté, du respect de l’autre, on célèbre les mariages gays alors que l’on sait que le fondement de la société, c’est la reproduction. Il y a donc des paradoxes dans la façon dont on est en train de réfléchir. Il y a un peu un revirement de l’ordre. Ce qu’on aurait dit, hier, “ce n’est pas bien”, aujourd’hui, on peut le faire ! Je peux mentir au nom de la démocratie. Je peux tuer au nom de l’Islam, je peux me marier avec une personne du même sexe au nom de la liberté. Des choses qu’on n’aurait même pas imaginées autrefois… Dans dix/vingt ans, cent ans, des choses qu’on n’ose pas imaginer vont se produire…
C’est quand même inquiétant…
C’est inquiétant. Mais, je crois que la réflexion doit se faire. Et, d’ailleurs, une des grosses critiques qu’on a faites contre les théories sociologiques, c’est qu’on a oublié cette dimension temporelle, comment incorporer l’individu face au changement. Comment réagit l’individu face au changement dans l’utilisation du temps.
Ce type d’arnaque financière, avec tant de personnes impliquées, est relativement nouveau à Maurice. Certains y voient un signe que le pays devient moderne… Partagez-vous cet avis ?
Tout à fait. Nous avons suivi la mouvance internationale. Ce n’est pas seulement à Maurice, il y a beaucoup plus de cas en Inde, aux États Unis.
Trouvez-vous que Maurice se développe vite ?
C’est tout à fait vrai de dire que nous sommes en train de nous moderniser en termes d’infrastructures, de services… Mais, le gros problème, c’est que nous ne savons pas comment réagir au niveau individuel face à cette modernité.
Les sociologues n’y ont pas réfléchi ?
On y a réfléchi mais simplement, comment nos politiques auraient dû s’y prendre pour le mettre en place, c’est là le problème. Exemple : nous avons aujourd’hui des cas de pédophilie, d’inceste, des relations entre profs et élèves. Que dit-on à partir de là ? Après avoir tenu pendant tout ce temps, le ministère dit qu’on va introduire l’éducation sexuelle. On n’est ni pour ni contre. Mais, qu’est-on en train de dire finalement ? Parce qu’il y a disons – je ne dispose pas du vrai chiffre – 5% de nos élèves qui sont sexuellement actifs, il faut sensibiliser 100% des élèves. Où est la logique ? On va se retrouver avec 25% de sexually active. Il faut avoir une approche ciblée. On appelle cela bal fane. Vous avez un message, vous l’envoyez à tout le monde. Mais, ce n’est pas tout le monde qui est concerné par ce problème. Cherchez les personnes qui sont concernées pour les conscientiser !
Est-ce facile, selon vous, de les identifier ?
Oui, ce n’est pas difficile. Et, c’est là que je dis que, quelque part, nous avons une nouvelle religion qui s’appelle les Conventions des Nations unies. On n’est pas pour, on n’est pas contre. Mais, malheureusement, on a des conventions qui ne sont pas contextualisées du tout, qui ne prennent pas en considération les différences qui existent entre les cultures dans les divers pays. Ce qui est bon pour l’Europe n’est pas nécessairement bon pour l’Afrique ou pour Maurice ! Aujourd’hui, on dit qu’il faut respecter les droits des enfants etc. D’accord. Mais, comment est-ce que je mets cela en place dans ma société ? On est en train de voir comment cela se met en place en Europe, aux Nations unies et on va le mettre en place chez nous. Voilà le drame. Nous avons des solutions importées qui ne sont pas appropriées. On est un peu perdu parce que les solutions que nous envisageons, ce ne sont pas des solutions qui sont conçues au niveau national mais des solutions importées d’ailleurs. Voilà pourquoi on a des problèmes. Donc, les autorités, au lieu de dire qu’elles ont besoin d’un expert international, auraient dû avoir plus de consultation au niveau local et on serait venu avec beaucoup plus de solutions pratiques pour notre pays. À l’exemple des étrangers qui nous ont aidés à construire nos infrastructures routières. Ils ne prennent pas en considération le type de climat que nous avons…
Est-ce que cette manifestation de cupidité révélerait aussi, quelque part, une quelconque frustration au sein de la population ?
Non. Aujourd’hui, nous sommes dans une culture de l’image à tous les niveaux. Même le petit laboureur, il désire avoir son petit portable, avoir son KFC. Nous sommes dans une culture de l’image. Qu’est-ce que je dois faire pour soutenir cette image d’une personne qui est “in”. À partir de là, ce que dit le gouvernement, le voisin, ce n’est pas mon problème. Mon problème, c’est l’image aujourd’hui. Nous sommes devenus une société atomisée comme on dit en sociologie. Chacun pour soi, chacun se débrouille. “Je suis bien triste pour ce qui s’est passé mais tu sais, j’ai beaucoup de choses à faire”. Nous avons adopté cette culture de l’image, il faut qu’on soit à la hauteur du “qu’en dira-t-on”. Et, à partir de là, tout le reste n’existe pas.
Que pensez-vous des récentes allégations d’agression contre deux de nos ministres ? Leurs comportements, surtout celui de l’Attorney General, censé représenter la Justice, vous choquent-ils ?
Cela ne me choque pas du tout ! Parce que quand vous, vous faites la queue, vous attendez une demi-heure dans l’embouteillage, eux, ils bloquent la circulation partout. C’est quoi ? Est-ce que quelque part, on n’est pas en train de nous ridiculiser ? Parce que c’est un ministre, il a droit à cela et on accepte ces choses. Donc, cela ne me choque pas. Quand vous êtes au pouvoir, quel que soit le parti politique, vous avez la grosse tête. Et, nous avons une population qui se courbe parce qu’elle est dans la classe politicienne. Voilà notre population. On va pas dire : “vous êtes ministre, vous êtes un citoyen comme moi”. Mais, “Vous êtes ministre, bonjour Monsieur”. Or, si c’est votre père ou votre frère qui passe, vous ne les voyez pas, vous voyez seulement le ministre. Donc, pour moi, c’est simplement une manifestation du pouvoir qui monte à la tête de ceux qui sont au pouvoir. L’opposition, c’était la même chose. Quand vous voyez l’arrogance de ces personnes… Les gens, quand ils sont au pouvoir, au lieu de donner l’exemple, il y a cette obsession, cette arrogance qui leur monte à la tête et ils ne sont plus les modèles qu’ils auraient dû être.
Pensez-vous qu’il devrait y avoir un code de conduite pour les hautes personnalités politiques ?
Je ne crois pas. Je crois tout simplement qu’un peuple a ce qu’il mérite.
Cette allégation a pourtant choqué plus d’un…
On peut être choqué. Mais, soyons honnête. Est-ce que quelque part, nous aussi, nous n’avons pas ce type de comportement ? Dans le couple, un homme qui apporte plus d’argent que son épouse, il se permet de donner des ordres alors qu’il aurait dû se dire : « On est mari et femme, on travaille ensemble ». Or, il y a souvent cette arrogance : « Parce que j’apporte plus d’argent je dicte ». Je crois que si nous avons cette population qui doit avoir cette éducation… Nous n’avons pas l’humilité. Prenons les Singapouriens, les Hong-kongais. Ce sont des peuples humbles. C’est une chose qu’il faut apprendre. Code de conduite, cela va faire quoi ? Du moment qu’on va mettre quelque chose en place, il y aura toujours des personnes qui vont essayer de contourner le système. Je crois que c’est beaucoup plus l’attitude de chaque citoyen, de chaque politicien qui doit être revue. Ce n’est pas parce que je suis ministre que je peux traiter les officiers de tous les noms. On le voit très souvent.
Presqu’au quotidien, quand on ouvre le journal, on tombe sur un cas de meurtre, de plus en plus de cas ayant pour auteurs des jeunes. Quelle analyse en faites-vous ?
Nous avons deux lieux principaux de socialisation : famille et école. Aujourd’hui, ce qui se passe au sein de la cellule familiale, on peut considérer que nous sommes dans une situation de faillite. La famille n’arrive pas à donner des valeurs vis-à-vis de ses membres pour différentes raisons. Notre système éducatif encourage toujours le rat race. Ce qui explique que nos jeunes manquent autant de repères et de valeurs et se laissent gagner par des comportements déviants et criminels. Automatiquement, quand la famille démissionne, l’enfant est laissé à lui-même. Il y a alors le media influence, le peer influence, Internet, les réseaux sociaux… Toutes ces “bactéries” qui entrent !
Et, les récents cas de pédophilie allégués à l’encontre d’enseignants et de religieux ? Y a-t-il abus du côté de ces personnes censées inspirer de la confiance ?
Nous sommes devenus des vautours de par la modernité. Aussitôt qu’il y a une proie quelque part, on n’hésite pas parce que les valeurs n’existent plus. Il y a des pulsions qui nous gouvernent aujourd’hui malheureusement. On est en train de descendre à l’état animal. C’est pas votre statut, c’est pas votre fonction qui vont faire que vous allez dire « non, en tant qu’imam, que pandit, que prof, je ne peux pas faire cela ». Aujourd’hui, ce sont nos pulsions. Si j’ai la possibilité de profiter, je profite. Nous sommes en train de descendre à un état de bestialité.
Qu’est-ce qui explique cela ?
Aujourd’hui, on croit maîtriser les choses : « Je peux l’empêcher de parler » ; « je peux faire du chantage » ; « je peux, avec mon argent, acheter son silence » ; « je connais un bon politicien, je peux réduire l’autre au silence ».
Les gens, aujourd’hui se prennent pour des petits dieux…
Exactement ! Chacun croit qu’il peut contrôler son environnement et donner libre cours à ses pulsions. Nous sommes entrés dans l’hédonisme. On a dépassé la société de consommation. On cherche le plaisir.
Comment lutter contre tout cela ?
Il faut aller plus vers la spiritualité – pas la religion – mais élever son esprit par rapport à ce qui est autour de nous. Si chaque individu réfléchit à ses actes, c’est cela la spiritualité. En ayant ce type de réflexion, je crois qu’on aurait résolu la moitié du problème. Moi, je crois dans la moralité. Le jour où nous la perdons, c’est là qu’il y a beaucoup de problèmes.
Notre société a perdu cette moralité ?
Oui ! Nous avons une autre forme de moralité mais la moralité qui était saine pour l’humanité, nous l’avons perdue.
Le président de la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation, Somduth Dulthumun, a récemment déclenché une polémique en alléguant que l’Église avait la mainmise sur le Conseil des Religions. Il a revendiqué la place de la communauté qu’il représente au sein du Conseil. Votre point de vue ?
Quelque part, avec le concours des médias, nous sommes en train de faire de Dulthumun une star. Si on l’ignorait, il n’existerait plus. Je crois que parce que les médias le couvrent, il se croit un petit dieu qui contrôle la communauté hindoue. C’est un phénomène médiatique. Il croit que, comme on dirait, c’est lui qui va faire un autre parlement dans le pays ! C’est cette folie de grandeur de se dire : « Je suis le représentant » qui lui donne le mandat de venir parler au nom de la communauté hindoue. De l’autre côté, je crois qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Quelque part, il doit y avoir des choses que nous ignorons ou alors c’est téléguidé, quelqu’un qui l’envoie – c’est une thèse à ne pas négliger – il y a d’autres problèmes, alors il vient avec un subterfuge pour détourner l’attention de l’opinion publique et diviser cette opinion qui s’érige contre le pouvoir. Un jour, il dit une chose et l’autre jour, il revient dessus. On ne sait pas quel est son jeu…
Un chef religieux devrait faire attention aux propos qu’il émet en public ?
Oui, nous sommes dans une société multiethnique et on n’aurait pas intérêt à alimenter la haine d’une communauté contre l’autre parce que c’est toute l’économie qui s’écroulerait.
Le mot de la fin…
Il est grand temps qu’on se ressaisisse. Il n’est jamais trop tard. Mais, si on ne prend pas le taureau par les cornes, nous aurons une société à la dérive et il sera difficile de remonter la pente.