Le directeur de l’Independent Commission against Corruption (ICAC), Navin Beekarry, a affirmé que « la corruption existe dans tous les secteurs de la société, mais surtout dans le privé ». C’était hier au siège de la commission anticorruption, à Moka, à l’occasion de l’ouverture d’un atelier de travail sur le thème “Trade Unions’ Engagement for a Corrupt Free Workplace”.
À l’atelier de travail d’hier, Navin Beekarry a repris le point relevé par le précédent intervenant, soit Prakash Nowbuth, secrétaire permanent du ministère du Travail, selon lequel il y aurait une perception que « everything in the public sector is wrong ». Le directeur de l’ICAC a en effet soutenu que « aujourd’hui, tout le monde sait que la corruption n’existe pas que dans le secteur public, mais partout, et surtout dans le secteur privé ». Navin Beekarry dit en savoir quelque chose puisqu’il a fait « son doctorat sur le sujet, avec un éclairage sur l’analyse de la crise financière de 2007 et les activités criminelles qui existent dans le secteur bancaire ». Ainsi, il a affirmé que « you can take my word that there is corruption in the private sector ».
S’appesantissant sur l’avènement du Brexit au Royaume-Uni et l’élection de Donald Trump aux États-Unis, Navin Beekarry a fait état d’un « sentiment de mécontentement à travers le monde », en grande partie dû à la corruption. Et ce « pas juste dans le public, mais dans le privé également », et aussi « dans la société civile ». D’où l’importance de se munir d’institutions fortes. Raison pour laquelle, selon Navin Beekarry, l’ICAC a créé des plateformes de rencontres et d’échanges avec les secteurs public, privé et para-étatique. Les syndicats constituent aussi « un maillon important de la société », a indiqué le directeur de l’ICAC pour justifier l’organisation de l’atelier de travail d’hier. Selon lui, il est « important de changer la manière de penser et de voir les choses » et de « mener une campagne de sensibilisation au niveau des écoles » également.
Le secrétaire au cabinet du ministère du Travail s’est également longuement appesanti sur l’importance d’avoir des institutions « fortes et crédibles » dans le pays. « Si on ne protège pas les institutions, elles s’affaibliront, et c’est toute la population qui en souffrira », a déclaré Prakash Nowbuth. « We shall all try not only to build but to protect our institutions. » Il précise qu’il ne dit pas « que les gens ne doivent pas aller à l’ICAC », mais qu’il y a « beaucoup d’attaques contre les institutions », considérant que tel est le cas pour ceux disant leur désaccord avec les chiffres du chômage à Maurice.
Collaboration avec les syndicats
Prakash Nowbuth a déploré que la presse fasse état des allégations de malversation au sein du secteur public et a avancé qu’elle « protège le secteur privé ». Par ailleurs, le secrétaire au cabinet du ministère du Travail a accueilli favorablement la participation du Bureau international du travail (BIT) à cet atelier et estime qu’il « doit travailler avec toutes les institutions ». Le spécialiste des services publics du BIT, Carlos Carrion-Crespo, a dit accorder tout son soutien au syndicat et à l’ICAC. D’autant que « le lieu du travail est l’espace privilégié pour la promotion de la justice sociale », a-t-il souligné.
Le syndicaliste C. Sembhoo, président du Trade Union Against Corruption (TAC), a lancé un appel aux autres fédérations syndicales afin qu’elles se joignent à cette plateforme. La tenue de cet atelier de travail est « l’aboutissement d’une longue négociation », a-t-il déclaré, avant d’observer que « le BIT ne propose aucune action pour combattre la corruption ». Les actions des syndicats, constate-t-il, ont évolué.
Outre leur combat pour un meilleur salaire et de meilleures conditions de travail aujourd’hui, les syndicalistes doivent en outre « se battre pour protéger et pour sensibiliser les employés sur le fléau qu’est la corruption ». Certains d’entre eux, a relevé C. Sembhoo, se retrouvent malgré eux au coeur des allégations de malversation. Et de noter que la sensibilisation est « importante » parce que l’ICAC « ne peut être partout à la fois ». Selon lui, cet atelier de travail « n’est qu’un début » dans le cadre « d’une longue collaboration » pour lutter contre la corruption.