L’artiste Salim Currimjee est bien connu à Maurice pour ses propres tableaux, qu’il expose régulièrement dans des lieux souvent inattendus, tels des bâtiments en voie de rénovation. Aussi est-il connu en tant qu’architecte. En revanche, on connaît moins le collectionneur d’art et le conseiller siégeant au comité Afrique de la Tate Modern, une des galeries d’art les plus influentes du monde occidental. Grand amateur d’art, cet homme a toujours suivi avec d’intérêt l’actualité de l’art contemporain à l’échelle internationale, mais en se désolant parallèlement du manque de curiosité pour les arts plastiques à Maurice, en particulier dans le secteur éducatif.
« Maurice est un pays assez spécial, fait remarquer Salim Currimjee. Il se situe géographiquement au carrefour des Trade roots de jadis, au milieu des grands courants culturels du monde entier. Nous bénéficions d’une position géographique très intéressante pour développer une connaissance pointue des expressions artistiques. » Fort de ce constat, qu’il souhaite exploiter dans une approche de l’esthétique inscrite dans les mouvances culturelles des origines de ses populations, l’artiste met en place l’Institute of contemporary art Indian ocean.
Cet institut, à but non lucratif, se fixe pour ambition « d’introduire l’art contemporain » à Maurice auprès des jeunes, des étudiants, des artistes et du grand public. Son activité se fondera sur la découverte de grands artistes contemporains, à la fois grâce à sa présence au pays, qui sera assortie de visites de jeunes élèves et de visites d’ateliers d’artistes mauriciens, ainsi que d’une exposition dans les locaux de l’institut sur une durée de trois mois.
« Personnellement, je n’ai découvert l’art contemporain qu’à 18 ans, ce qui est déjà beaucoup trop tard ! Il faut exposer les jeunes le plus tôt possible à ces formes d’expression. Je souhaite inviter ces artistes pour qu’ils servent de “role model” auprès de jeunes de 10 à 12 ans. Cela peut représenter un moment décisif dans la vie d’un adolescent… » Salim Currimjee cite par exemple les élèves de Lakaz zanfan, à Curepipe, ou encore ceux de l’école Paille en Queue, à Grand-Gaube. Mais cette démarche pourra concerner n’importe quel type d’école.
Les visites d’ateliers ou d’écoles d’art telles le MGI ou le MIE permettront d’interagir avec des étudiants ainsi que des artistes mauriciens. Ces activités commenceront par la première exposition à Port-Louis en mars 2015. Gratuites, ces expositions seront visitées aussi bien par le public scolaire que par les étudiants et le grand public. À noter d’une bibliothèque spécialisée en art ouvrira aussi à proximité de l’espace d’exposition.
Le choix des artistes internationaux est guidé par leur relation avec l’océan Indien dans leurs thématiques de création et de recherche. Deux artistes viendront chaque année, tandis qu’entre-temps, un commissaire d’exposition et un professeur prendront la relève, s’accompagnant alors d’une exposition présentant les oeuvres de leur choix.