Après s’être recueilli le 11 novembre pour le centenaire de l’entrée dans la Première guerre mondiale, avec des conférences et le premier épisode du poignant documentaire Apocalypse, l’Institut français de Maurice invite le public à poursuivre la démarche, mardi 2 décembre, à 18 heures, avec une présentation des deux épisodes suivants de cet exceptionnel documentaire réalisée par Isabelle Clarke et Daniel Costelle. Le producteur délégué Louis Vaudeville sera là pour introduire et commenter cette série franco-canadienne en cinq épisodes, pour laquelle un travail de recherche et restitution documentaire exceptionnel a été fourni. Le premier épisode a marqué par son extraordinaire capacité à nous immerger, à travers de multiples perspectives, dans une époque très différente mais déterminante pour la nôtre.
« Furie » a exposé en images discrètement colorisées et commentaires l’engrenage qui a conduit de semaines en semaines au déclenchement du premier conflit mondial, qui va ensuite complètement reconfigurer les enjeux géopolitiques, économiques et stratégiques du monde entier. Le mardi 2 décembre, à 18 heures à l’IFM, « Peur » et « Enfer », les deux épisodes suivants, sont toujours narrés par le comédien Mathieu Kassovitz, et il y a fort à parier que l’on en ressentira encore davantage les accents dramatiques puisque ces épisodes montrent comment le conflit s’est étendu jusqu’aux frontières de l’Orient, puis s’est enlisé dans la violence la plus infernale.
Pas de conférence de Jocelyn Chan Low ou Yvan Martial cette fois-ci, mais la présentation qu’en fera le producteur délégué de la série, Louis Vaudeville, qui sera également disponible pour des échanges après visionnage. Réalisé auparavant, le pendant de cette série, « Apocalypse, la 2e guerre mondiale » a également été produit par sa société tout comme Le film Lindbergh en couleurs, Eva Braun, Dans l’intimité d’Hitler, La traque des nazis, 8 mai 1945, La Capitulation, Sur la piste d’Alto ou encore Les ailes des héros, etc.
Jocelyn Chan Low, professeur d’histoire de l’université de Maurice, a rappelé le 11 novembre dernier les différents facteurs qui ont rendu inéluctable l’entrée en guerre en août 1814, non sans préciser qu’il s’agit encore d’un des rares grands conflits dont les causes ne font toujours pas consensus chez les historiens. Outre le rappel des événements clés de l’escalade vers la guerre, le conférencier a évoqué les ambitions mondialistes de Guillaume II, des impérialismes qui se développent dans tous les camps, du militarisme ambiant et du culte de la violence de l’époque, etc. Aussi a-t-il passé le relais à Yvan Martial pour un résumé de ce que la presse mauricienne a restitué de la mobilisation sous nos cieux, en se demandant comment nos enfants étudient l’histoire de leur pays alors que le rôle de l’indianocéanie dans la première guerre mondiale est très peu documenté…
Août 1914
Le premier épisode « Furie » remonte quelques mois avant l’entrée en guerre, montrant aussi bien le bonheur d’une famille Ferrari qui mène, près d’une voie de chemin de fer, une vie teintée d’aisance et d’insouciance, qui se filme et part en vacances, que les apparitions publiques des rois ou des ambiances parisiennes. La belle époque est de celle où l’on escalade les monts enneigés en chaussures de ville… pendant que les ouvriers travaillent deux fois plus longtemps qu’aujourd’hui pour des salaires deux fois moins élevés. Mais après la légèreté de jeunes élégantes riant parce qu’elles boivent avec une paille, on lit l’effarement sur les visages des habitants en costume traditionnel d’un village breton quand pour la première fois de leur vie, ils entendent le son morne du tocsin annonçant la mobilisation. Les familles royales, dont trois sont apparentées à la Reine Victoria, sont montrées dans leurs activités sociales, célébrations et autres parties de chasse, tandis qu’un commentaire évoque la peur qu’entend juguler une triple alliance entre la France, la Russie et l’Angleterre.
Ainsi voit-on l’Allemand Guillaume II, le vieux François Joseph qui sera encore accablé par le malheur avec l’assassinat de son héritier, François Ferdinand, à Sarajevo. Les images de vie quotidienne du tsar Nicolas II (qu’on disait pacifique) avec la reine Alexandra et leur fils Alexis qui souffre d’hémophilie sont regardées avec d’autant plus de circonspection qu’ils seront tous mis à mort par le régime bolchevique quatre ans plus tard… La mobilisation avec ces jeunes soldats qui partent en chantant dans des trains qui les mènent à l’abattoir, puis les premiers conflits et le constat qu’après trois semaines de guerre, une haine indescriptible anime les deux camps…
Déploiement et enlisement
Intitulé « Peur », le deuxième épisode couvre la période qui s’étend d’août 1914 à août 1915 et commence par la bataille de Tannenberg qui a été menée par le Maréchal von Hindenburg auquel Hitler et Goering rendront hommage vingt ans plus tard à travers un monument. Hindenburg arrêta à Tannenberg la progression des troupes russes en territoire prussien, qui avait d’ores et déjà déclenché l’exode massif des populations allemandes fuyant la zone des combats. À l’Ouest, la percée allemande est stoppée lors de la bataille de la Marne. Le front occidental se fixe et s’enterre de la mer du Nord à la Suisse. Au Sud, les Italiens et les Ottomans entrent dans le conflit, et les alliés britannique et français font appel à leur empire : Canadiens, Australiens, Néo-Zélandais, Sénégalais, Marocains, Algériens, Annamites s’engagent dans la guerre. L’embrasement est mondial, les champs de bataille sont un véritable… « Enfer ».
Dans le troisième épisode, la période qui s’étend de septembre 1915 à novembre 1916 est tout d’abord l’histoire d’un enlisement dans le conflit, avec des millions d’hommes pris au piège, des tranchées de France aux montagnes italiennes ou aux Balkans jusqu’aux portes de l’Orient. La guerre devient désormais industrielle et chimique. L’artillerie pilonne, les attaques se font au gaz, aux lance-flammes, ou encore avec ce mélange de poudre et de billes de plombs qui fracassent les visages et les corps. Les conditions de vie dans les zones de combats sont catastrophiques, les épidémies ajoutent leur lot. Les Allemands lancent l’offensive de Verdun en février 1916, les Français tiennent. Dans la Somme, la bataille la plus sanglante de la guerre commence en juillet. L’armée britannique perd 30 000 hommes en quelques heures. Cinq millions d’hommes sont déjà morts en 16 mois. Mais pour les grands chefs, le coût humain est tellement élevé qu’il faut que l’ennemi paie et que la guerre continue…