Nikunja a commencé à investir les locaux de l’IFM, à Rose-Hill, qu’il compte véritablement habiller, du 25 novembre au 17 décembre. Son intention : briser le cercle, susciter un dialogue dans lequel l’oeuvre devient un médiateur entre l’artiste et le public, et où l’échange questionne nos cloisonnements mentaux et sociaux. Pour ces rencontres, l’artiste navigue d’un mode d’expression à un autre avec facilité, soumettant la caméra, la peinture, la vidéo ou l’installation à ses idées et désirs. Il propose même des visites guidées, ainsi que deux conférences auxquelles il a associé des professionnels du secteur.
Le cercle brisé est une exposition à la fois individuelle… et collective. Individuelle, elle l’est en ce sens qu’elle véhiculera la vision de l’auteur, cet artiste voyageur installé à Maurice depuis quelques années, particulièrement influencé par les concepts et la philosophie hindous. Collective, elle l’est aussi parce que notre homme a proposé une oeuvre interactive, une Tour de Babel à laquelle chacun peut apporter sa brique, non sans y avoir inscrit un message qu’il souhaite partager avec ses prochains…
La préparation de cette oeuvre a commencé depuis plusieurs mois, sur la base d’un appel de l’artiste et d’une collaboration avec des associations, telles que Tipa, qui ont accepté de jouer le jeu. Au début de l’exposition, elle se composera déjà de 300 briques, et donc autant de messages et témoignages. Elle continuera d’évoluer ensuite jusqu’à la clôture, chacun pouvant apporter sa “pierre”, et venir l’ajouter en personne comme bon lui semble. « Cette sculpture est évolutive, interactive et pas du tout intouchable, bien au contraire ! » insiste notre interlocuteur. Chacun pourra modifier l’oeuvre à sa guise en déplaçant aussi les briques des autres participants pour y apporter une touche personnelle, jusqu’au prochain intervenant.
Nikunja postule qu’il faut briser le cercle, car ce symbole d’harmonie, d’universalité et d’accomplissement comprend une part d’absolu, de perfection qui doivent être rompus pour favoriser l’évolution et la transcendance. Métaphore de l’île, il symbolise aussi le clan, le “cercle” familial, ethnique, professionnel, religieux, dans lesquels on se réfugie facilement, particulièrement dans les îles, du point de vue de notre interlocuteur. « C’est pour cette raison que le potentiel et l’énergie qui résident dans la société insulaire restent cachés et ne se manifestent pas… » estime-t-il encore.
Nikunja propose une série de peintures en grand format réalisées sur des supports métalliques, puis une autre série en petits formats qui seront exposés en salle. Plusieurs installations vont être présentées sous des titres aussi suggestifs que Méditation Maurice, Le palais de Kublai Khan, Sunrise ou Mesure de l’Homme… Notre homme va non seulement habiller mais aussi animer les lieux, en suscitant des échanges autour de certaines oeuvres, en proposant des rendez-vous avec le public. L’artiste présentera l’installation vidéo interactive Fellini now à six reprises les 1er, 2, 8, 9, 15 et 16 décembre, toujours à 14 h. Il proposera des visites guidées de cette exposition les 26 novembre, 3, 10 et 17 décembre, à 14 h également.
Enfin, Nikunja a invité d’autres professionnels du secteur artistique à se joindre à lui pour deux conférences publiques. Intitulée « Conférence pour une professionnalisation des plasticiens à Maurice », la première se tiendra à Port-Louis, à l’Atelier le 7 décembre, à 18 h, tandis que la seconde portera sur « La collection et le collectionneur », le 14 décembre, à 18 h. Nikunja a invité Krishna Luchoomun et Firoz Ghanty à débattre avec lui au sujet de la professionnalisation des artistes, tandis qu’Yves Alain Corporeau, directeur de l’IFM, et Christian Mermoud, directeur de la Galerie 3A, évoqueront avec lui les questions liées aux collections privées et publiques, à la constitution d’un patrimoine artistique, ses règles et contraintes.