Il est l’un des rares Mauriciens à pouvoir raconter Mandela ou Madiba, l’homme public et l’homme de combat. Pour l’avoir côtoyé de près, de très près même, il a eu l’occasion d’apprécier la détermination de l’ancien Président sud-africain qui, pour lui, est un « personnage irremplaçable. » Pourtant, des personnalités publiques, il en a rencontrées beaucoup! Mais Mandela – grâce à qui il est aujourd’hui sollicité par les médias et par les plus hautes figures mondiales – a marqué sa vie à jamais. Comme il a marqué la sienne, il y a sept ans. Lui, c’est Prakash Ramsurrun, 35 ans, l’homme qui a fait tomber la canne de Mandela en 2006.
Si l’ex-Président sud-africain a pu se débarrasser de sa canne, il y a quelques années, c’est grâce à Prakash Ramsurrun. Depuis, ce diplômé en sciences des sports de l’université de Cape Town en Afrique du Sud, Mauricien originaire de Flic en Flac, est un proche de la famille Mandela. Il a ses entrées en Afrique du Sud comme un fils du sol. En quelques années, grâce à son intervention sur Mandela, sa réputation a dépassé les frontières mauriciennes. On parle de lui comme de quelqu’un qui a contribué à la transformation de Mandela en 2006. Sa rencontre avec le président Mandela, cette année-là, a changé le cours de sa vie.
Venu passer, en janvier 2006, des vacances familiales à Maurice, Nelson Mandela devait, avec le concours de Prakash Ramsurrun, y laisser sa canne. Le jeune homme, que Week-End a rencontré hier, a les yeux tirés par la fatigue. Depuis jeudi, il est très sollicité par la presse pour raconter son aventure aux côtés de Madiba, celui qu’il appelait affectueusement « Tata. » Un privilège qu’il est fier de conter parce que, dit-il: « J’ai vécu un rêve. J’ai vécu une expérience imaginable pour moi, il y a une dizaine d’années. J’ai été aux côtés d’un homme d’une sagesse extrême. »
Dès que le nom de Mandela est évoqué, son visage s’éclaire. Il a la tête rempli de souvenirs. Des souvenirs des moments passés avec Mandela et, surtout, des longues conversations qu’il a eues avec l’ex-président sud-africain sur ses années de lutte, son idéologie politique et sa vision de la vie. Cette expérience unique, il a pu la vivre parce que la famille Mandela a fait appel à ses services à plusieurs reprises.
L’aventure de Prakash Ramsurrun commence en janvier 2006 alors qu’il exerce au centre de remise en forme de l’hôtel One & Only St Géran. Logeant avec sa famille dans une villa privée de l’hôtel, Nelson Mandela est sollicité par plusieurs employés pour des autographes. Parmi, Prakash Ramsurrun, qui souhaite qu’il lui dédicace Long Walk to Freedom, ouvrage illustre qu’il avait comme livre de chevet lorsqu’il étudiait à Cape Town. L’autobiographie de Mandela avait impressionné ce jeune Mauricien qui souhaitait un souvenir authentique de son idole.
Lorsqu’il approche Mandela, ce dernier est dans un fauteuil roulant. Intrigué, Prakash Ramsurrun, pourtant timide, lui demande pourquoi il ne marche pas et l’ex-Président lui répond que c’est parce qu’il était âgé. « Mo ti ena mo la clé loto dan mo la main. Létan li ti pé signe mo livre, monn discrètement passe ça la clé-là lor so la jambe », raconte-t-il. Lorsqu’il voit Nelson Mandela réagir du pied, il comprend qu’il y a une solution pour que ce dernier marche à nouveau. D’instinct, il dit à Nelson Mandela qu’il n’y aurait aucun souci pour qu’il marche à nouveau s’il suivait quelques instructions qu’il était prêt à lui donner.
Si, dans un premier temps, Mandela lui répond que sur ordre médical, il faut qu’il se repose, le lendemain matin, l’assistante personnelle du Président sud-africain, Zelda Lagrange, vient voir Prakash Ramsurrun pour s’enquérir des éventuelles méthodes qui remettraient Nelson Mandela sur pied. Rendez-vous est pris, après le petit déjeuner. Prakash Ramsurrun fait alors un diagnostic pour Nelson Mandela et établit un programme de rééducation simple. « C’était un mardi », se souvient-il et, sans broncher, Mandela s’applique à ses exercices. « Dès le premier jour, il s’est senti bien et m’a demandé de revenir tous les jours », poursuit Prakash. Trois jours après, Mandela marche sans sa canne dans le grand jardin du St Géran. « Il avait fait au moins 25 mètres, ce jour-là », dit le jeune Mauricien.
Lorsque Mandela quitte Maurice, fin janvier, après avoir suivi à la lettre le programme de rééducation établi sur mesure pour lui par le Mauricien, il laisse sa canne et emmène le jeune Prakash dans ses bagages. La famille de l’ex-Président a, en effet, sollicité ses services pour une quinzaine de jours, le programme de rééducation n’étant pas terminé. La direction de l’hôtel donne son aval et Prakash s’envole pour l’Afrique du Sud. Lorsque Mandela arrive dans son pays, il est applaudi par tous, étonnés de le voir sans sa canne. Félicitant le Président de ne plus marcher avec une canne, Shaun Johnson, Chief Executive de Mandela Rhodes Foundation à l’époque, s’enquiert de cette transformation auprès de Mandela, qui répond: « I met an arrogant young man who gave me all sorts of instructions. » Prakash Ramsurrun, lui, se dit persévérant. « Je crois que c’est ce que le Président a apprécié chez moi. Quand je sais que quelque chose est possible, je fais de sorte de le réaliser », dit-il.
Février 2006. Débute, pour le jeune Mauricien, une nouvelle aventure au-delà des frontières. Au lieu de deux semaines, Prakash Ramsurrun restera quatre mois aux côtés de Mandela, avec des allers-retours entre le Mozambique et Johannesbourg. Entre-temps, il aura initié Mbali, masseuse travaillant pour l’ex-Président, à la remise en forme. Mais à peine revient-il à Maurice que la famille Mandela sollicite à nouveau ses services. Et cette fois-ci, c’est pour de bon. « J’ai alors démissionné du St Géran. Une telle opportunité, je ne l’aurai jamais imaginée! », raconte-t-il, ajoutant qu’il a travaillé pour Mandela pendant quatre ans avec des allers-retours à Maurice. En 2010, il revient au pays, mais reste en contact avec les Mandela. Ces trois dernières années, il se rendait en Afrique du Sud au moins une fois par mois. Et ce n’était pas uniquement pour voir Mandela, mais des amis proches à lui également, dont pluisuers hautes personnalités africaines. Aujourd’hui, outre les personnalités d’Europe et d’Afrique, Prakash Ramsurrun travaille pour plus d’une trentaine de membres du Congrès national africain (ANC). « À travers Nelson Mandela, monn conne bocou kikzoz. C’est pas en quelques mots ki kapav décrire li. Pena mots pou décrire la sagesse humaine ki li incarné! », dit le jeune homme. Souvenirs qui ne se cantonnent pas qu’aux personnalités, précise-t-il, mais surtout aux précieux moments qu’il a eus avec l’ancien Président d’Afrique du Sud.
« Simple, humble et doté d’une extrême intelligence »
Et son regard s’illumine lorsqu’il pense aux longues conversations qu’il a très souvent eues avec Nelson Mandela. « Il était très simple et humble, doté d’une extrême intelligence. Jamais il n’oubliait un détail », se souvient Prakash Ramsurrun. Il confie que si, de temps à autre, pour taquiner Nelson Mandela, il lui donnait des détails erronés qu’il disait avoir pioché dans le livre Long Walk to Freedom, Mandela remettait toujours les pendules à l’heure. Ses discours étaient empreints de sagesse, dit-il. « Malgré son âge, il était conscient de chacune de ses paroles, de chacun de ses actes. Il savait tout ce qui se passait dans le monde. Il dévorait chaque matin les journaux… », dit le Mauricien. Si bien que lorsqu’un journal étranger approche Prakash Ramsurrun pour lui offrir un million d’euros afin d’obtenir des informations sur Mandela, et qu’il refuse, l’-ex-Président de l’Afrique du Sud se prend encore plus d’affection pour le jeune Mauricien.
« One day, the world will follow Africa »
Une amitié qui durera jusqu’aux dernières heures de Mandela et qui continuera avec les membres de la famille et autres personnalités africaines que Prakash Ramsurrun côtoie. La mort de Mandela représente, pour le jeune homme, « un gros chagrin, une grosse perte. » « But it’s God’s will », dit-il, se consolant qu’aujourd’hui, Mandela repose en paix. Si Prakash Ramsurrun, qui a côtoyé également les cours de sciences-politiques de Nelson Mandela aux enfants d’Afrique du Sud, ambitionne un jour de faire de la politique à Maurice, il dit que grâce à Mandela, il est sûr d’une chose: « One day, the world will follow Africa. »