Sa vie n’a pas toujours été facile. Fils unique, élevé par sa mère et sa grand-mère, il a dû faire face très tôt aux difficultés du quotidien. Pour s’en sortir, il a choisi le sport. Boucher de métier, Mohammad Dookun se distingue dans des courses de demi-fond, particulièrement au 1,500 mètres. Il est l’un des médaillés d’or des derniers Jeux des Îles de l’Océan.

Les clameurs qui l’ont accompagné vers la victoire sont gravés dans sa mémoire. Maintenant que la vie a retrouvé son rythme normal, le champion a retrouvé ses activités professionnelles. Mohammad Dookun travaille comme boucher avec un de ses oncles au bazar de Curepipe. Pour gagner sa vie, il pratique d’autres petits boulots : il est maçon et peintre selon les propositions. “J’ai grandi dans la rue. Je n’ai jamais connu mon père. Ma mère et ma grand-mère m’ont élevé. Nous avions peu de moyens et j’ai dû faire face aux fléaux de la cité. J’ai appris à ne pas céder aux tentations de la délinquance. Le sport m’a beaucoup aidé. Il m’a appris à prendre conscience des choses importantes”, confie Mohammad Dookun.

C’est presque par hasard que le jeune homme de 26 ans s’est tourné vers l’athlétisme. Ses premières amours sportives étaient consacrées au football. En 2011, à 18 ans, il est repéré sur le terrain par Frankie Lebon, l’entraîneur du club d’athlétisme de Curepipe. “Je joue toujours au football. Mais seulement à la console de jeux, car je suis obligé de me préserver pour la course.”

En ce moment, il passe les sélections pour faire partie de la force policière. Il ne lui reste qu’une épreuve avant les huit mois de classes. “Si je suis sélectionné, je vais devoir mettre la course de côté pendant une année au moins. Je dois penser à mon avenir et avoir un métier sûr.”

“Tout est une question de volonté”.

En 2012, alors qu’il ne connaissait pas grand-chose au monde de l’athlétisme et des courses de demi-fond, il participe au relais marathon de St-Benoît à La Réunion. Cette année-là, au cross-country de Maurice, à sa première tentative, il obtient la médaille de bronze. À force d’entraînements, il entre dans la cour des grands en 2013. “Beaucoup de gens m’ont soutenu et aidé. Dans ma vie de tous les jours et dans tous les domaines, j’essaie de rendre à ma façon l’aide que j’ai reçue. J’explique aux plus jeunes que même si l’on ne vient pas d’un milieu favorisé, on peut réussir. Tout est une question de volonté.”
Ayant grandi à Cité La Brasserie à Curepipe, le jeune homme a connu des moments difficiles. Il a poursuivi ses études secondaires au Curepipe College. “Le sport a joué un grand rôle dans mon existence. Il m’a apporté de la maturité, une ouverture d’esprit. Il m’a surtout permis de réaliser tous les sacrifices de ma mère, qui a toujours pris soin de moi.”
Mohammad Dookun, qui est croyant, tient aux valeurs religieuses. Il partage sa vie entre ses entraînements (qui, en pleine saison sportive, sont en moyenne de douze sessions par semaine) et ses proches. “Ma mère, ma grand-mère et ma copine, qui partage ma vie depuis huit ans, sont toujours là pour moi. Elles me soutiennent, m’encouragent dans tout ce que j’entreprends. Elles sont aussi très patientes.”

Apprendre l’humilité.

Le jeune sportif doit faire preuve de rigueur au quotidien pour assurer sur tous les fronts. Ce qui n’est pas toujours évident, car il consacre beaucoup de temps à sa passion. Il s’était inscrit en 2016 pour suivre des études de français, mais l’année suivante, il a dû faire l’impasse sur ses examens. Sélectionné pour les qualifications des Jeux de la Francophonie en 2017, il choisit le sport avant ses études. “Cette compétition a lieu tous les quatre ans, et quasiment aucun Mauricien ne reçoit de ticket d’entrée pour les Jeux de la Francophonie en demi-fond. Je me devais d’y aller, c’était très important. J’ai fini huitième. Je pense que j’aurais pu atteindre le podium, mais je manquais d’expérience.”

Les voyages font également partie de sa vie. Depuis cinq ans, il se rend au Kenya d’octobre à janvier pour s’entraîner. “J’ai percé dans le milieu en 2016 en Afrique, qui est la référence mondiale des coureurs de fond. Je ne m’y suis pas rendu en 2017, car j’ai subi un très grave accident de deux-roues. Ces stages sont devenus nécessaires pour moi. Il y a une autre philosophie de vie là-bas. On apprend l’humilité. J’ai de la chance d’apprendre avec eux.”

Depuis 2015, le médaillé d’or des JIOI de 2019 se rend également en France tous les étés pour continuer à s’entraîner rigoureusement et atteindre ses objectifs. “Je veux faire le maximum pour assouvir ma passion et faire briller mon pays. Mais je dois aussi penser à mon avenir et trouver des bases solides professionnellement.”
Mohammad Dookun a encore beaucoup des choses à accomplir dans sa vie…

PALMARÈS
2015 : Médaillé de bronze du 1,500 mètres aux JIOI
Médaillé d’argent du 800 mètres auxJIOI
2019 : Médaillé d’or du 1,500 mètres aux JIOI