Le 31 juillet, le concert qu’il donnera au MGI fera le trajet qui compose ses 45 ans de carrière. Des années Latanier à son émission télévisée Balad dan Vilaz, Ram Joganah a été témoin des évolutions culturelles et sociales vécues par le pays. Lui-même a été l’un des agents ayant encouragé la réflexion vers le changement. Apôtre de la pluralité, musicien du métissage, poète kreol, le chanteur a écrit une page de l’histoire.
Pour toile de fond il insiste : il faut que ce soit le Corps de Garde. L’immense rocher brun a été le terrain de jeux de son enfance. Aujourd’hui que Ram Joganah se prépare pour ses 64 ans (ndlr : il est né le 21 juillet 1951), la montagne qui s’élève à l’orée de Quatre-Bornes est le gardien de ses souvenirs. À la fin du mois il fêtera ses 45 ans de carrière musicale. “J’ai suivi l’évolution dans le domaine de la musique et au niveau social. Inn ena en pake bon kiksoz. Ena zafer inn mal passe ! Ces choses-là ont ralenti le navire. Mais à l’heure où il faut faire le bilan, bien que je ne sois pas satisfait à 100 %, j’entretiens l’espoir.” L’espoir que la musique évoluera à travers la richesse culturelle de Maurice, de ces mélodies qui viennent des îles, d’Inde, d’Afrique, d’Europe. L’espoir que l’acceptation du métissage permettra à “Later mama Moris” de se porter mieux. Ces 45 ans, l’artiste du légendaire Latanier se devait de les marquer pour lui-même, pour l’histoire et aussi pour “Bam Cuttayen, Siven Chinien, Rosemay Nelson et tous ces autres compagnons de route qui ne sont plus là aujourd’hui. Moi j’ai la chance d’être toujours en vie et je continue mon engagement vis-à-vis du peuple.”
Le Corps de Garde qui apparaît derrière pendant qu’il fait résonner sa ravanne a abrité ses frasques, nourri ses pensées et a contribué à le mettre sur sa voie. Les frères Joganah ont grandi à ses pieds à Palma, Quatre-Bornes, ville où leur engagement a pris un sens en ces temps où l’île Maurice post-indépendance était à la recherche de son identité. À cette époque où l’entraide prenait le dessus sur la misère, Ram et Nitish Joganah avaient été élevés par une mère dont les marmites bouillaient toujours pour tous ceux qui traversaient le pas de sa porte.